Rhône Wiloo, jeune érudit du foot lyonnais

Avec sa chaîne Youtube, William a trouvé sa « fenêtre d’expression » : « Ça soulage mes démangeaisons de parler foot H24. »  Photo Progrès /Maxime JEGAT
Avec sa chaîne Youtube, William a trouvé sa « fenêtre d’expression » : « Ça soulage mes démangeaisons de parler foot H24. » Photo Progrès /Maxime JEGAT

Grâce à ses vidéos d’analyse pointues, soignées et fouillées sur le football, Wiloo s’est fait un nom sur Youtube. Un éclairage rafraîchissant et varié, loin du commentaire à chaud des plateaux télé.

Pourquoi le football pourrait mourir en 2024? Comment le toro a transformé le football? Pourquoi Frenkie de Jong est-il si fort?

Autant de questions auxquelles Wiloo (William) apporte des éléments de réponse, face caméra dans son salon, affublé d’un maillot vintage de la Roumanie, de l’Ajax ou du Floriana FC. Toujours après avoir longuement potassé des études tactiques, lu des tas d’articles, revues historiques et géopolitiques, ou écouté des podcasts, pour conserver cette prise de recul, nécessaire selon lui pour comprendre le football d’aujourd’hui.

Entre 20 et 50 heures de travail par vidéo

Depuis 2017, ce Lyonnais de 25 ans, expatrié à Paris, décortique le football sur sa chaîne Youtube. Tourne, monte et publie deux à trois vidéos d’une douzaine de minutes par semaine, visionnées des centaines de milliers de fois. En deux ans, Wiloo a produit plus de 340 vidéos, enregistré 46 millions de vues et séduit près de 320 000 abonnés sur sa plateforme. Et s’est fait un nom sur la toile, grâce à ses analyses footballistiques pointues et soignées (une analyse vidéo lui demande entre 20 et 50 heures de travail pour les plus affinées, entre la recherche documentaire, l’écriture, le montage et les visuels). Et vit désormais « très bien » de son travail de « laborantin » du foot.

«Pour moi, le football, ce n’est pas juste un péché mignon. C’est une belle discipline, riche intellectuellement, socialement et géographiquement, qui demande d’être traitée avec profondeur. Si la seule manière d’analyser un match, c’est de le commenter comme on le faisait il y a 30 ans : ‘‘passe, passe, corner, but’’, ça n’a pas d’intérêt. De la même façon, je regrette parfois les commentaires des consultants sur les plateaux télé, qui ont un avis sur tout, n’avouent jamais quand ils ne savent pas et ne raisonnent qu’en fonction des résultats. Leurs réponses sont souvent trop tranchées et manquent de nuance. On tend vers un appauvrissement du traitement footballistique en France», explique le jeune homme de 25 ans, de passage à Lyon pour les fêtes de fin d’année.

La voix est calme, l’élocution parfaite et le langage soutenu. Dans ses vidéos, pas de blagues, sketchs ou moqueries. Pareil dans la « vraie vie ». « Je ne suis pas un grand humoriste », confesse le gone, chaînette dorée et barbe blonde clairsemée.

Destiné à une carrière dans le recrutement après Sciences Po Paris

Loin des Youtubeurs stéréotypés, William ne cherche pas à forcer le trait. «J’aime bien ce côté profane du gars qui fait son truc dans son salon», raconte le jeune homme, pourtant tatillon sur le fond et la forme de ses vidéos, lui qui n’a suivi aucune formation de journaliste, designer ou monteur. Destiné à une carrière dans le recrutement après un cursus à Sciences Po Paris, William a bifurqué - «Ça ne me plaisait pas trop, je n’arrivais pas à me projeter.»

Et monté sa chaîne Youtube, inspiré du joueur français de jeux vidéo Bruce Grannec et de ses « streams » FIFA (parties retransmises en ligne sur les plateformes de streaming), à un moment idoine : la sortie de FIFA2018, en septembre 2017. «Je donnais des conseils aux joueurs pour qu’ils progressent rapidement dans le jeu, mais après 4-5 mois, je me suis un peu lassé », poursuit William. De nature réservée, il avoue s’être «fait violence », au départ, pour s’adresser à ses abonnés. La bascule vers un travail de recherche plus approfondi du football s’est vite opérée. «J’aime étudier la construction des mythes des clubs, leur histoire, comprendre pourquoi une équipe va bien ou mal à tel ou tel moment… J’ai trouvé ma tribune, ma fenêtre d’expression. Ça soulage mes démangeaisons de parler foot H24 », plaisante Wiloo. Qui malgré ce job à plein temps, trouve le temps d’aller au cinéma tous les samedis matin et jouer à Red Dead Redemption avec Marlène ou se replonger dans les bouquins.

L’ancien Bad Gone, dont le nom de son groupe de potes (The Players) figure sur l’allée des Lumières du Groupama Stadium, entre Grégory Coupet et Fleury di Nallo, n’est plus le mordu de l’OL d’il y a dix ans. « Je reste fan, mais c’est plus le football au sens large qui me fait rêver. » Et de le prouver : «Le nul contre Reims (1-1, le 21 décembre), ce n’était pas grave en soi, la planète foot continue de tourner. Supporter l’OL comme je le faisais avant, ce serait insupportable, surtout en ce moment.»

Marion SAIVE

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