Rhône Un Lyonnais vigneron du Domaine Croix-Rousse... dans le Var

Christophe Durdilly travaille en biodynamie dans le respect des éléments. Photo Progrès /DR
Christophe Durdilly travaille en biodynamie dans le respect des éléments. Photo Progrès /DR

À Puget-Ville, dans le Var, un jardin de 6 hectares est une ode à la Croix-Rousse, à l’indépendance, au respect des éléments. À sa tête, le Lyonnais Christophe Durdilly. Portrait.

Peut-être que la découverte de bons produits auprès de ses grands-parents agriculteurs, est à l’origine de tout. Lorsqu’il se raconte, Christophe Durdilly commence par là. Après, il y eut l’école hôtelière de Thonon. Une approche du métier, à Tarare, chez Jean Brouilly « qui avait un cœur énorme ». Puis, un prof qui l’envoie aux États-Unis . « Là-bas, tout me parle. Le basket, pour commencer, qui a beaucoup compté quand j’étais môme, entre la CRO basket au Clos-Jouve, Greg Beugnot… Le sentiment aussi que tout est possible. »

« Révéler l’endroit, le climat, le vin »

De retour des États-Unis, Christophe Durdilly dirige un restaurant en Angleterre. Puis, passe par Paris, revient à Lyon, du côté des Halles, avant de se poser au Sofitel de Marseille. « C’est là que mon histoire avec le vin commence. »

Pas tout à fait exact.  Elle a commencé chez Maréchal à Lyon, avec Cédric Calvet, qui officie désormais au restaurant L’Épicéa à Tence en Haute-Loire. « C’est un passionné de vin. À 15-16 ans, il collectionnait déjà des bouteilles. À cette époque, je suis marqué aussi par Emmanuel Reynaud, vigneron phare du châteauneuf-du-pape avec son Château Rayas. Au Sofitel Marseille, on rentre ses vins que je trouve prodigieux ».

Les étincelles de la vie

Suit un déménagement dans le Var. Dans ce paysage de vacances, Christophe Durdilly vend les vins qu’il aime. Jusqu’au jour où, cherchant une maison, il tombe sur une annonce « délirante ».

« La propriété est trop chère mais j’y vais quand même. Je ressens, alors, quelque chose d’exceptionnel. Il y a, là, des vignes dont les vignerons du coin, prioritaires, ne veulent pas car on est sur des schistes. Moi, je ne retiens que les qualités du lieu. Les végétaux plantés ont des années. Tout de suite, je décide de mettre le moins de produits possible et de vinifier sans produit ajouté - je n’aime pas le terme naturel - jusqu’en fin de fermentation alcoolique. C’est ce qui permet de révéler l’endroit, le climat, le vin ».

Christophe Durdilly y ajoute une agriculture biologique. Travaille aussi en biodynamie dans le respect des éléments.

« Savoir toucher la sensibilité des gens, c’est Jean Brouilly qui me l’a appris »

Ce fut encore le cas lors des dernières vendanges. Dans son domaine Croix-Rousse, l’artisan vigneron à l’écoute de la nature et de ses cycles, a récolté ses raisins à la demi-journée, toujours le matin.

« Lorsque la nature s’éveille, ouvre ses pores, je peux récupérer toute l’atmosphère, toute l’odeur de la campagne ». Et de croire aux « étincelles de la vie ». « 2007 fut, pour moi, un millésime d’exception. C’est l’année de naissance d’une de mes filles. La végétation commençait à sortir. Elle avait 1 ou 2 mois et ne dormait pas. Alors, je la mettais sur mon bras et je partais dans les vignes. On en faisait le tour et je lui parlais. Résultat, c’est le plus beau millésime que j’ai sorti jusqu’à présent ».

« Savoir toucher la sensibilité des gens, c’est Jean Brouilly qui me l’a appris », confie, encore, Christophe Durdilly. L’occasion d’une nouvelle anecdote liée à son autre fille. « Une dysphasie des hanches lui a été diagnostiquée bébé. On nous annonce qu’elle passera deux ans dans un corset. Elle n’a encore jamais marché. Je refuse. Et là, le médecin qui me fait face, se souvient de moi et surtout d’un vin que je lui ai servi, qui, selon lui, n’a jamais été aussi bon que ce jour-là. Moi, je sais pourquoi : j’avais utilisé des verres techniques. Résultat, ce médecin me dit qu’il s’occupera de ma fille. Deux mois après, avec de la kiné, elle était guérie. D’où l’importance de toucher les gens. »

> www.domainecroixrousse.com

«Je préfère mon Gros-Caillou»

Au moment de baptiser son vin du nom de Domaine Croix-Rousse, Christophe Durdilly a puisé dans ses racines.

«Mes origines sont à Lyon. Je suis né à la Croix-Rousse en 1970.»

Et d’expliquer l’enchaînement: «Lorsque j’ai acheté ces vignes dans le Var, j’ai pensé que ce serait dommage de ne pas faire mon propre vin, même si ça peut paraître un peu prétentieux. À partir de là, un vin, c’est d’abord une étiquette. J’ai cherché et, finalement, j’ai retenu mes origines. Je suis fier d’être né à la Croix-Rousse, de ce qu’ont représenté les Canuts. Ils étaient têtus et je suis comme ça aussi.» Le Gros-Caillou s’est, alors, imposé comme logo.

«D’ailleurs, je le préfère immortalisé sur mes bouteilles. Ils l’ont massacré en le bougeant», juge l’artisan vigneron. Qui ne triche pas. « Je me suis dit aussi que Lyon est la deuxième ville de France et qu’en matière de commerce, c’était porteur. »

Dominique MENVIELLE

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