Football - OL Féminin Selma Bacha: «Je suis la petite sœur du groupe»

Selma Bacha, « 100 % Lyonnaise ». Photo Progrès /Richard MOUILLAUD
Selma Bacha, « 100 % Lyonnaise ». Photo Progrès /Richard MOUILLAUD

La latérale gauche de 19 ans est la seule jeune de l’OL à évoluer parmi les pros. Consciencieuse sur le terrain, boule d’énergie en dehors, ce grand espoir du foot français a su se faire une place dans le meilleur club du monde. À Lyon, sa ville de naissance. Entretien.

Quand et comment avez-vous commencé à jouer au football ?

« J’ai débuté au FC Gerland à 5 ans grâce à mon grand frère Jessim qui m’a fait tester un entraînement avec des garçons. À 8 ans, alors que j’étais « débutante », on a affronté l’OL lors d’un cinq contre cinq. C’est là que j’ai été repérée et recrutée. Je me souviens qu’avec mes cheveux longs lâchés, ils m’avaient prise pour un garçon, j’avais même passé la détection avec eux. »

Votre technique leur avait tapé dans l’œil ?

« Peut-être, mais c’est surtout mon agressivité qui leur a plu et fait que j’en suis là aujourd’hui. J’ai toujours eu la niaque. Petite, je n’aimais pas perdre. Je voulais montrer aux garçons que les filles pouvaient jouer au foot. Je me rappelle d’un tournoi en salle, j’avais le meilleur garçon de l’équipe adverse au marquage : il a vu que j’étais agressive, il n’avait pas apprécié et m’avait mis une balayette par derrière. C’était un peu parti en vrille. »

Ma 1re finale de Ligue des Champions, un rêve d'enfant qui se réalisait

Quand avez-vous su que vous vouliez devenir joueuse professionnelle ?

« Au départ, jouer au foot, c’était juste du plaisir. Quand je suis montée en U19 vers 16-17 ans, j’ai senti que ça devenait sérieux. J’ai débarqué chez les pros avec Gérard Prêcheur et je me suis dit ‘’ok, on me donne une chance, pourquoi pas la saisir’’. Quand j’ai signé mon 1er contrat pro, on m’avait dit que je ferai une année blanche, c’est-à-dire que je m’entraînerai avec les pros mais que je ne jouerai pas avec elles mais en U19. Au final tout est allé très vite… »

Vous disputez votre 1er match avec les pros quelques mois après

« Oui, c’était un mercredi, en Ligue des Champions, avec Reynald Pedros. En 16e de finale de Ligue des Champions, au Grand Stade, contre une équipe polonaise (OL- Medyk Konin, 9-0 le 11 octobre 2017). Ça m’avait marqué, c’était une surprise. Une joueuse s’était blessée et j’avais pu faire partie du groupe. J’avais dit à mon papa ‘’viens, je suis sur le banc, on sait jamais si je rentre’’. Quand j’ai appris à la causerie que j’allais être titulaire, je ne m’y attendais pas du tout. J’étais un peu stressée, il y avait du public et je devais saisir ma chance. Mais ça a été, j’ai fait une passe décisive. »

À 17 ans, vous participez à votre 1re  finale de Ligue des champions, comment avez-vous géré ça ?

« J’étais titulaire contre Wolfsburg (victoire 1-4, 24 mai 2018). C’était un rêve d’enfant qui se réalisait. J’étais hyper stressée. Mais j’ai des rituels avant les matchs pour mieux gérer la pression : je vais dans un coin, je souffle trois fois et je me mets dans ma bulle. »

Selma Bacha : « Je suis fofolle. Je rigole beaucoup, j’anime le vestiaire, mais quand il faut travailler, je suis concentrée à 100 %. » Photo Progrès /Richard MOUILLAUD
Selma Bacha : « Je suis fofolle. Je rigole beaucoup, j’anime le vestiaire, mais quand il faut travailler, je suis concentrée à 100 %. » Photo Progrès /Richard MOUILLAUD
En dehors du terrain, on découvre une autre Selma…

« Oui (rires). Je suis fofolle. Je rigole beaucoup, j’anime le vestiaire. Mais quand il faut travailler, je suis concentrée à 100 %. Ici, tu n’as pas le droit de te rater. Surtout quand tu es jeune. Il faut être parfaite tout le temps. »

Après vous être blessée en demi-finale de l’Euro U19 cet été, vous avez raté la reprise avec l’OL, vous n'avez pas eu peur de rater le coche ?

« Ça a été dur et handicapant. J’avais une lésion de 10 cm, grade 4, mes muscles se sont décollés. J’ai pleuré parce que je voulais faire cette finale, mouiller le maillot pour mon pays. J’avais déjà eu une alerte à la cuisse. La veille, mon coach de Lyon (Jean-Luc Vasseur), que je n’avais pas encore rencontré, m’avait appelée pour me dire qu’il n’était pas pour que je dispute cette demi. J’avais pris le risque. Je me suis vite relevée, en deux mois c’était fini mais ça m’a paru super long. »

La reprise avec l'OL en août, après la blessure à l'Euro U19

Wendie me dit : si tu râles, c'est 2 euros

Qu’est-ce que ça fait d’évoluer parmi les pros?

« Quand on arrive dans le meilleur club du monde, c’est dur de s’imposer. Il faut se fixer des objectifs, ne jamais rien lâcher. Je suis entourée de grandes joueuses, ça me fait progresser dans mon comportement. Quand je ne joue pas, je boude un peu car j’ai tout le temps envie d’entrer sur le terrain… Mais je sais que la concurrence, ça peut être positif : Alex (Greenwood) est une très bonne joueuse, on s’entend super bien, on échange beaucoup et on se donne des conseils. Maintenant, quand je perds à l’entraînement, je râle, mais dans mon coin, parce que Wendie (Renard) me dit : ‘’si tu râles, c’est 2 euros’’ (rires). »

Justement, dans votre catégorie d’âge, vous êtes la seule rescapée chez les pros…

« Oui, j’ai perdu ma copine Melvine (Malard). Mais c’est bien pour elle, elle joue en D1 (à Fleury), elle marque, elle s’épanouit. Danielle (Roux) aussi, et Lorena (Azzaro). Moi j’ai de la chance, le club et le coach comptent sur moi ici. Si je ne suis pas partie en prêt, c’est qu’il y a une raison. Je ressens cette confiance et ça fait du bien. »

Selma Bacha : « Wendie est une grande sœur pour moi. » Photo Progrès /Richard MOUILLAUD
Selma Bacha : « Wendie est une grande sœur pour moi. » Photo Progrès /Richard MOUILLAUD
Quelle place occupez-vous dans ce groupe?

« Vu que je suis la seule jeune à être toujours dans le groupe, je suis la petite sœur (rires). Les filles sont toutes là pour moi. En ce moment, j’échange beaucoup avec Wendie, c’est une grande sœur pour moi. Elle me conseille, dans le foot et la vie en général. J’ai besoin de quelqu’un qui m’épaule car je manque de confiance en moi, et Wendie est toujours là pour me relever. »

Arrivez-vous à mener la vie d’une jeune fille de 19 ans?

« J’aime bien passer du temps en famille, aller au cinéma, faire du vélo, voir du basket pour sortir un peu de la bulle foot. Même si je n’ai pas eu trop de temps pour les loisirs cette année. C’était chargé mais j’ai atteint tous mes objectifs : le triplé avec mon club (championnat, Coupe de France, Ligue des Champions), le championnat d’Europe en équipe de France, j’ai passé le bac et le permis ! La totale. »

Selma Bacha, la «petite soeur» des filles de l'OL.   Photo Progrès /Richard MOUILLAUD
Selma Bacha, la «petite soeur» des filles de l'OL.   Photo Progrès /Richard MOUILLAUD
Selma Bacha avec sa copine Melvine Malard (en bas), fin avril 2019.   Photo Progrès /Stéphane GUIOCHON
Selma Bacha avec sa copine Melvine Malard (en bas), fin avril 2019.   Photo Progrès /Stéphane GUIOCHON
Selma Bacha et Amel Majri, une des joueuses de l'OL dont elle est la plus proche.   Photo Progrès /Richard MOUILLAUD
Selma Bacha et Amel Majri, une des joueuses de l'OL dont elle est la plus proche.   Photo Progrès /Richard MOUILLAUD
Avec Amel Majri et Griedge Mbock, Selma Bacha a l'habitude d'animer le vestiaire.   Photo Progrès /Stéphane GUIOCHON
Avec Amel Majri et Griedge Mbock, Selma Bacha a l'habitude d'animer le vestiaire.   Photo Progrès /Stéphane GUIOCHON
Selma Bacha, la «petite soeur» des filles de l'OL.   Photo Progrès /Richard MOUILLAUD Selma Bacha avec sa copine Melvine Malard (en bas), fin avril 2019.   Photo Progrès /Stéphane GUIOCHON Selma Bacha et Amel Majri, une des joueuses de l'OL dont elle est la plus proche.   Photo Progrès /Richard MOUILLAUD Avec Amel Majri et Griedge Mbock, Selma Bacha a l'habitude d'animer le vestiaire.   Photo Progrès /Stéphane GUIOCHON

Je suis la seule de la famille à avoir le bac

Et votre famille, qu’en pense-t-elle?

« Oui, ils me soutiennent, me font avancer. Mon père me dit tout le temps que je suis sa fierté. Je suis la seule de la famille à avoir le bac. Je suis heureuse de le rendre fier, mon papa a toujours été là pour moi. Un jour, il m’avait emmenée en tournoi U10 à Châteauroux. Il n’avait pas eu le temps de réserver d’hôtel et il avait dormi une nuit dans la voiture. J’avais été élue meilleure joueuse et meilleure buteuse du tournoi, comme quoi il n’avait pas fait le déplacement pour rien (rires). Je suis très contente aussi de donner l’exemple aux jeunes. Sonia (Bompastor) me l’a toujours dit : une carrière de footballeuse, ça ne dure qu’un temps, il faut avoir quelque chose derrière. Je vais bientôt faire une formation d’éducatrice pour aider les personnes en situation de handicap dans le sport. »

Pensez-vous intégrer l’équipe de France A un jour? 

« Toute joueuse en rêve. C’est dans un coin de ma tête, je travaille dur pour ça. L’Euro, c’est un objectif raisonnable, je vais tout faire pour l’atteindre. Mais je me consacre d’abord à mon club pour gagner ma place de titulaire, et à l’équipe de France U20 car il y a une coupe du monde à jouer (août 2020). Le reste, on verra après. »

On vous présente comme la future pépite du foot français, qu’en pensez-vous?

« Je suis timide. Quand j’entends ce genre de compliments, ça me fait chaud au cœur. Mais dans la vie il faut rester humble. Ce ne sont que des mots. À moi de le prouver sur le terrain. »

Recueilli par Marion SAIVE et Xavier BREUIL

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