LYON 5e Le Juge Renaud à jamais sur le parvis du Palais de justice de Lyon

L’esplanade devant le palais de justice, quai Romain Roland est désormais dénommé « François Renaud ». Photo Progrès /Maxime JEGAT
L’esplanade devant le palais de justice, quai Romain Roland est désormais dénommé « François Renaud ». Photo Progrès /Maxime JEGAT

L’emplacement choisi est symbolique. L’esplanade aménagée devant le palais de Justice de Lyon portera désormais le nom de François Renaud du nom de cet illustre magistrat lyonnais, assassiné en 1975 à Lyon. Il était « le shérif » du « Chicago sur Rhône » des années 1970.

Dans le public du conseil municipal de Lyon, on aperçoit un visage connu. C’est celui de Maitre Bismuth. Avocat du fils Renaud, il attend la délibération par laquelle l’esplanade du Palais de justice de Lyon prendra le nom du père assassiné. Jusque-là, aucune rue de Lyon n’avait été baptisée « François Renaud », cet illustre magistrat qui parmi les 15 000 affaires de droit commun qu’il avait traitées durant sa carrière au Palais, figure celle du gang des Lyonnais.

Un homme de poigne

Quai Romain-Roland, le lieu choisi est symbolique. Un symbole qui permet de redire l’histoire. Celle d’un « homme de poigne et obstiné, au courage trempé », selon les mots de Jean-Yves sécheresse qui porte la délibération. Celle d’une autre époque aussi où Lyon avait été surnommé « « Chicago sur Rhône ».

Né le 5 mars 1923, au Tonkin, dans le futur Vietnam, François Renaud fait ses études de droit à Lyon. Durant la Seconde Guerre Mondiale, il rejoint la Résistance et s’engage dans l’armée alsacienne. Dans les années 1950, il est nommé juge de paix dans les colonies, avant de revenir à Lyon en 1966 alors que le milieu du banditisme ronge la ville et que la frontière entre politique et criminalité est ténue.

Ses méthodes et son allure lui valent le surnom de «shérif» : les dossiers qu’il instruit lui valent de recevoir de nombreuses menaces de mort. À la prison de Saint-Paul, les mots «Renaud, on aura ta peau», résonne. C’est un incorruptible.

Dans les années 1970, il s’empare de sa dernière affaire, celle du gang des Lyonnais, à l’origine d’une trentaine de vols à main armée entre 1967 et 1977, parmi lequel le casse du siècle de l’Hôtel des postes de Strasbourg en 1971. Il ouvre une information judiciaire pour association de malfaiteurs en 1974 : les arrestations et les inculpations pleuvent.

Abattu le 3 juillet 1975

Le juge Renaud n’assistera pas au procès. Le 3 juillet 1975 vers deux heures du matin, montée de l’Observance, alors qu’il rentrait chez lui avec sa compagne, il est abattu de trois balles à bout portant. C’est la première fois depuis l’Occupation qu’un magistrat est assassiné en France.

 Dans la nuit du 3 au 4 juillet 1975, montée de l’Observance, le juge Renaud est abattu à bout portant. Photo Progrès /
Dans la nuit du 3 au 4 juillet 1975, montée de l’Observance, le juge Renaud est abattu à bout portant. Photo Progrès /

Six juges d’instruction, dix-sept ans d’enquête et des centaines d’auditions n’auront pas permis de démasquer les tueurs. En 1992, une ordonnance de non-lieu est rendue : le dossier est définitivement clos en 2004 quand la prescription est prononcée.

T.V.

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