URBANISME Les élus veulent démolir le Clip, place Gabriel-Péri

Le Clip est décrié depuis sa construction dans les années 1990. Selon une étude, améliorer la sécurité sur l’ensemble du territoire passe par «la démolition de cet objet ».  Photo archives Progrès /Philippe JUSTE
Le Clip est décrié depuis sa construction dans les années 1990. Selon une étude, améliorer la sécurité sur l’ensemble du territoire passe par «la démolition de cet objet ». Photo archives Progrès /Philippe JUSTE

Le conseil métropolitain a voté, ce lundi soir, la mise en place d’un droit de préemption urbain renforcé, prélude à la destruction de l’immeuble vitré emblématique du quartier de la Guillotière.

C’est en rachetant petit à petit commerces, bureaux et appartements que la Métropole, une fois propriétaire (1), pourra alors démolir le Clip constitué des deux immeubles vitrés situés place Gabriel-Péri à Lyon (3e). Pour y parvenir, il fallait d’abord à la collectivité, se doter d’un instrument juridique : le droit de préemption urbain renforcé, adopté au conseil métropolitain de lundi soir.

On n’y croyait plus.  Les élus répétaient à l’envi qu’il fallait se résoudre à détruire le Clip, un peu comme Caton l'Ancien voulait détruire Carthage à la fin de chacun de ses discours. « L’espoir d’une décision s’est désespérément fait attendre » rappelle Catherine Panassier, la maire centriste du 3e  arrondissement de Lyon, avant qu' « enfin David Kimelfeld et Michel Le Faou », respectivement président de la Métropole et vice-président à l’Urbanisme, ne s’emparent du sujet. Pour l’élue, le Clip , devenu « un mur, une séparation, une frontière », a « enfermé le quartier », contribuant à « un sentiment de relégation des habitants du quartier populaire de Moncey  ».

« Réparer l’erreur commise »

Anne Brugnera, la députée (LaRem) de la circonscription n’est pas plus tendre avec l’architecture de René Gages « qui a sévi à Lyon, hélas ». La démolition du Clip ? « Elle permettra de réparer l’erreur commise il y a 25 ans ! ». Mais pour la suite, « il faudra travailler le projet étroitement avec les riverains » prévient-elle. Le problème de la délinquance, des trafics et de la tranquillité publique sont pointés par François-Noël Buffet (LR). Fouziya Bouzerda (MoDem) n’élude pas non plus la question, estimant qu’il faut « sécuriser le quartier et lui donner de nouveaux usages tout en conservant son âme ».

 Et même si « l’urbanisme ne fait pas tout », Michel Le Faou considère qu’il faut « avancer sur la démolition du petit Clip même si cela nous en coûte sur le plan financier ». L’élu dévoile également que « la ville de Lyon a commandé une étude de la sécurité sur l’ensemble du territoire » et que, pour améliorer la situation, « cela passe par la démolition de cet objet ». Gageons, qu'en attendant la démolition, les vitres ne seront peut-être pas remplacées, enlevant une sacrée épingle du pied aux collectivités (Etat et ville de Lyon, via la SACVL, son aménageur) qui n'avaient pas activité la garantie décennale dans les temps, et les filets de protection des façades encore là pour un certain temps.

(1) Qui sont les propriétaires ? Clip 1 ou « Petit Clip » (bâtiment de droite) : Bailleur social SACVL (29 appartements), logement étudiant, État (protection judiciaire de la jeunesse), commerces. Clip 2 (bâtiment de gauche) : Métropole de Lyon, logement étudiant, commerces.

Au départ, du « haut standing »…

Coups de pioche en novembre 1990 pour détruire le Prisunic.  Photo archives Le Progrès /JUSTE PHILIPPE
Coups de pioche en novembre 1990 pour détruire le Prisunic. Photo archives Le Progrès /JUSTE PHILIPPE

Michel Noir avait souhaité faire du “Centre Liberté Péri (Clip)”, un immeuble signalant l’ancienne entrée de Lyon. À l’époque, le promoteur, HDI souhaite construire un « complexe hôtelier de haut standing, des logements chics et des commerces top niveau ». Associations et habitants crient à la ségrégation sociale, prenant la défense des « immigrés » qui ne pourront plus se loger si le quartier monte en gamme.

Une fois le Prisunic tombé en 1990, le promoteur ne parvient toutefois pas à commercialiser les surfaces. Et sans acquéreur, pas de construction ! HDI toque alors à la porte de la communauté urbaine de Lyon qui met 67 millions de francs sur la table pour y acheter des surfaces de bureaux pour ses services de l’eau et de la propreté. La Sacvl, bras armé de la ville de Lyon en matière d’aménagement urbain, y achète aussi 29 appartements pour du logement social.

En 1993, forts de ce coup de pouce des pouvoirs publics, les travaux peuvent enfin commencer, alors que des palissades sont restées en place pendant plus de deux longues années. Gérard Collomb, alors dans l’opposition, voit, dans cette aide financière à un promoteur « un détournement des tâches des organismes publics ».

Sophie MAJOU

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