SOLIDARITÉ Chantier solidaire au squat de la Croix-Rousse

Photo Progrès /Tatiana VAZQUEZ
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Un gros chantier de réhabilitation est mené au squat de la Croix-Rousse pour améliorer les conditions de vie qui s’étaient fortement dégradées dans ce lieu surpeuplé. A la manœuvre, des plombiers, charpentiers, bricoleurs ou néophytes. Tous bénévoles.

« Que voulez-vous que je vous dise ? Je n’y mettrais pas mes enfants pour y vivre. C’est un palliatif et c’est mieux que la rue. Alors, si on peut arranger un peu les lieux, faisons-le. » Ce samedi, devant son établi improvisé, Jean-Pierre, 65 ans, cuisinier à la retraite et Croix-Roussien, fabrique des porte-manteaux. Cela fait un an qu’il fait partie des soutiens aux habitants du squat de la Croix-Rousse. « Quand je vois cette situation, je me dis qu’il n’y a pas de quoi être fier. Je veux apporter ma pierre et aider ces gamins qui ne sont pas arrivés ici, par plaisir. »

Avec ses 450 occupants, l’ancien collège Maurice-Scève, occupé depuis plus d’un an, a connu à l’automne des heures très sombres. Les conditions de vie s’étaient fortement dégradées dans ce lieu surpeuplé. La réalité a un peu changé. En témoigne le préau qui, il y a un mois encore, était transformé en abri de fortune avec ses tentes alignées et ses matelas posés à même le sol, et a, aujourd’hui, été vidé.

Les 60 migrants qui y dormaient ont été relogés dans trois chambres nouvellement créées et deux pièces de vies transformées en dortoir. Des cloisons ont été montées. Et si la pièce n’est toujours pas chauffée, elle prend des airs de salle commune. C’est là que chaque dimanche, des temps collectifs sont organisés entre concerts, rencontres avec les voisins du quartier et « séances de cinéma ».

Bientôt, le lieu sera repeint. C’était la première phase d’un très gros chantier engagé, début novembre, quand tout le monde, ici, les référents du squat en tête, répétait qu’ils ne pourraient pas passer l’hiver comme ça. Aujourd’hui, les habitants parlent d’une « amélioration » dans le quotidien.

Réhabiliter les WC et créer des douches

Jusqu’au 15 novembre, les compagnons bâtisseurs, mandatés par l’Alpil menaient le chantier. Mais depuis cette date, les associations ont stoppé, à la demande de la Métropole leur aide humanitaire et logistique. Ne restent plus que des bénévoles sur le terrain, bien décidés à terminer le chantier d’ici quelques semaines. L’enjeu est de taille : il touche à la salubrité des lieux et à l’hygiène.

Et pour cause. Pour le moment, le squat ne compte que trois blocs sanitaires installés, il y a un an, par la Métropole, dans la cour. On y trouve 9 WC et 9 douches. Sauf que l’alimentation électrique ne suffit pas vraiment à chauffer l’eau. Et que depuis un an, la population, ici, a doublé… « L’objectif est de réhabiliter les anciens sanitaires des filles en douche et de remettre en service les WC des garçons », explique Lionel, prof de math et bricoleur, qui suit le chantier au squat depuis un an.

À la manœuvre, plombiers, charpentiers, retraités, bricoleurs connaisseurs, néophytes du métier… tous s’activent à la mesure de ce qu’ils peuvent faire. Ici, on coupe des planches. Là, on les peint. On crée la future pente inclinée de la douche. D’autres cimentent ou remettent en eau. On élabore des stratégies pour faire arriver l’eau chaude dans les salles de douche avec des bouilloires branchées en série.

Parmi eux, Clara, 19 ans et Hugo, 20 ans. Elle n’y connaît pas grand-chose mais le suit, lui, dans ses consignes. « J’ai fermé ce collège. J’y ai été jusqu’en 4e. Je trouve ça bien qu’il serve de squat », confie-t-il tout en branchant des fils électriques. Clara : « ça ne devrait pas exister des lieux comme ça. Heureusement que la solidarité pallie les défaillances de l’État ».

« C’est un pansement »

Il y a aussi Pascal. Lui fabrique, avec deux habitants, une rampe de distribution d’eau. Et Jean-François, 66 ans, plombier à la retraite qui découvre ce jour-là le chantier et s’attelle aux canalisations. « Je suis sensibilisé. Quand j’avais mon entreprise, je prenais des mineurs isolés, originaires de l’Afrique de l’Ouest, en apprentissage. »

Il y a aussi Bartholomé, 23 ans, charpentier qui œuvre avec Rodrigue qui était menuisier quand il était au Togo… « C’est un pansement que l’on met ici », estime le premier. Un pansement qui a permis au squat de redevenir un lieu de vie plus digne.

Négociations en cours avec la Métropole

Depuis le 15 novembre, la Métropole a cessé d’apporter l’aide humanitaire d’urgence apportée par Notre-Dame des Sans-abri et l’Alpil à la fois pour un soutien psychologique et un apport en denrées, aux occupants de l’ancien collège Maurice-Scève. Elle a en effet, mis fin au mandat des associations.

Cette aide pourra-t-elle être remise en route ? C’est tout l’enjeu des négociations qui ont cours entre le collectif Collège Sans-Frontière, la Métropole et la Préfecture. D’autres questions sont évidemment en débat. Alors qu’en septembre prochain, le squat de la Croix-Rousse sera évacué, comment faire d’ici là pour que la densité du lieu baisse ? Faut-il contrôler les entrées et les sorties ?

Tatiana VAZQUEZ

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