CULTURE Nouvelle expo "Drapé" au Musée des Beaux-arts: ce qui nous a emballés

À gauche, la grande sanguine sur toile de Picasso, une étude grand format pour « Trois femmes à la fontaine », de 1921.  Photo Progrès / Pierre DUBUIS
À gauche, la grande sanguine sur toile de Picasso, une étude grand format pour « Trois femmes à la fontaine », de 1921.  Photo Progrès / Pierre DUBUIS

Avec sa nouvelle exposition Drapé, le musée de la place des Terreaux s’intéresse au processus de création de ces cascades d’étoffes. À voir, au fil du parcours, une majorité de dessins sur papier, mais aussi des pépites, des grands maîtres, des plis et du mouvement. À découvrir jusqu'en mars.

Sylvie Ramond, directrice du Musée des Beaux-arts, la préparait depuis cinq ans. Depuis le 30 novembre, la nouvelle exposition « Drapé » présente, sans ordre chronologique, le processus de création de cette représentation d’étoffes, de la Renaissance à aujourd’hui.

« C’est le nu qui forme le drapé : avant de le représenter, on étudie le corps », rappelle Eric Pagliano, co-commissaire, conservateur au centre de recherche des musées de France.

Le parcours, érudit, privilégie le dessin sur papier. Il est jalonné de pépites et des grands maîtres qui se dévoilent sous un autre jour.

 Sylvie Ramond, directrice du Musée des Beaux-arts de Lyon, prépare cette exposition depuis cinq ans.   Photo Progrès /Pierre. DUBUIS
Sylvie Ramond, directrice du Musée des Beaux-arts de Lyon, prépare cette exposition depuis cinq ans.   Photo Progrès /Pierre. DUBUIS

L’introduction

Séduisante, l’ouverture de l’exposition pose cette thématique qui a existé à toutes les époques et dans toutes les civilisations, avec une poignée d’œuvres.

On va d’une statue de femme suppliante du Ve siècle avant J.-C. aux clichés de migrants sous leurs couvertures, immortalisés par le photographe Mathieu Pernot.

« Le paradoxe, souligne Eric Pagliano, c’est en masquant les signes pathétiques que la souffrance s’exprime. »

Michel-Ange, une étude de figure assise pour la chapelle Sixtine.   
Photo Progrès /The Trustees of the British Museum
Michel-Ange, une étude de figure assise pour la chapelle Sixtine.   Photo Progrès /The Trustees of the British Museum

Les pépites

Impossible d’envisager cette thématique sans un dessin de Michel-Ange. Sylvie Ramond a bataillé pour l’obtenir : voici une étude de figure assise pour la chapelle Sixtine, prêtée par le British Museum (1508).

C’est le seul croquis où l’on voit aussi le mannequin. Il faut aussi s’arrêter devant cette (petite) étude pour la Vierge de l’Annonciation (1512) de Matthias Grunewald (venue de Berlin), dont les boucles s’échappent sur les pans de la cape.

Enfin, signalons l’exceptionnel pan de draperie de Dürer qui appartient, lui, au musée.

Étude pour la Vierge de l’Annonciation (1512) de Matthias Grunewald.   
Photo Progrès /Isabelle BRIONE
Étude pour la Vierge de l’Annonciation (1512) de Matthias Grunewald.   Photo Progrès /Isabelle BRIONE

Picasso

Le maître espagnol a aussi touché au drapé. On le retrouve avec une sanguine sur toile, une étude grand format, proche de la toile « Trois femmes à la fontaine » de 1921.

Elle accompagne d’autres études en petit format. La composition est inspirée d’un tableau de Nicolas Poussin ; la forme cannelée des drapés emprunte à la statuaire antique grecque.

La salle Rodin.  
Photo Progrès /Isabelle BRIONE
La salle Rodin.   Photo Progrès /Isabelle BRIONE

Rodin

Les sculpteurs aussi ont étudié leurs figures nues avant de les couvrir. Démonstration avec Rodin et ses grands personnages. Mais on s’arrêtera devant le Torse de l’âge d’airain.

Une pratique d’atelier visait à protéger de la poussière les sculptures avec des textiles. Elle est devenue motif artistique, semble-t-il.

On peut imaginer que Rodin, saisi par la beauté du visage encadré par les pans du voile protecteur, ait éprouvé le besoin de transcrire cette vision.

Christo

Le public connaît Christo pour l’avoir vu empaqueter le Pont Neuf, en 1985. En attendant son intervention sur l’Arc de triomphe, en 2020, on le retrouve, tout jeune, en 1963, sur des vidéos : il emballe des statues sur le Trocadéro, des mannequins… et une jolie fille… Ce qui, à l’époque, n’avait pas déclenché de polémique.

Degas

Le musée souhaite acquérir, avec le soutien de mécènes particuliers, une étude d’Edgar Degas, qui provient d’une collection privée new-yorkaise (90 000 €).

Il s’agit d’un dessin de jeunesse réalisé durant un séjour en Italie. Il se rattache à un projet de composition demeuré inabouti sur le thème de Saint Jean-Baptiste et l’ange.

Ce dessin témoigne de l’enseignement reçu, dès 1854, auprès de son maître Louis Lamothe, disciple et principal collaborateur d’Hippolyte Flandrin.

 « Drapé » se termine en beauté avec une allégorie de la foi, d’Antonio Corradini, en marbre de Carrare. Saisissante. Photo Progrès /Celine BALLY
« Drapé » se termine en beauté avec une allégorie de la foi, d’Antonio Corradini, en marbre de Carrare. Saisissante. Photo Progrès /Celine BALLY

La danse

En partenariat avec la Maison de la danse, des captations chorégraphiques offrent des respirations bienvenues au fil du parcours. « Parades & Changes », les habillages et déshabillages d’Anna Halprin évoluent au-dessus des statues de Rodin. C’est grandiose. Ne manquez pas, non plus, les évolutions réglées par la Coréenne Eun Me Ahn, ainsi que la Lamentation de Martha Graham.

Le final

"Drapé" se termine en beauté avec une allégorie de la foi d’Antonio Corradini, une sculpture en marbre de Carrare qui paraît glisser vers les « autoportraits ou la Vierge Marie » de Zineb Sedira… Alors que Dali se drape -et se cache- devant l’objectif de Man Ray.

« Drapé » jusqu’au 8 mars, au Musée des Beaux-arts, 20, place des Terreaux, Lyon 1er. Ouvert de 10 à 18 heures, fermé le mardi et les jours fériés. Entrée : 12 €. Site : www.mba-lyon.fr

Isabelle BRIONE

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