RHÔNE «Mon mec d’extrême droite» : cette chanson lyonnaise qui fait causer sur les réseaux sociaux

Sarah Mikovski, chanteuse lyonnaise, a subi des commentaires insultants, moqueurs et agressifs depuis que le clip de sa chanson est en ligne. Photo Progrès / Richard MOUILLAUD
Sarah Mikovski, chanteuse lyonnaise, a subi des commentaires insultants, moqueurs et agressifs depuis que le clip de sa chanson est en ligne. Photo Progrès / Richard MOUILLAUD

Depuis la sortie du clip vidéo de sa chanson «Mon mec est d'extrême droite» mi-novembre, la Lyonnaise Sarah Mikovski fait les frais d'un déferlement de violences et de haine. Ce qui ne l’empêche pas de préparer la sortie de son album qui parlera des réseaux sociaux et de politique.

« Lorsque je suis en concert et que j’annonce au public que la prochaine chanson que je vais leur chanter s’appelle Mon mec d’extrême droite », la réaction est toujours la même, quelle que soit la ville : tout le monde éclate de rire ! »

Pour la chanteuse d’origine éthiopienne Sarah Mikovski , c’est réconfortant. Pourtant, la sortie du clip le 12 novembre dernier ne s’est pas faite avec autant de joie. Des commentaires insultants, moqueurs et agressifs, qui ont rapidement touché la jeune Lyonnaise de 33 ans.

« Au départ, ça m’a fait sourire, puis rapidement, les attaques n’étaient pas sur la chanson mais sur moi, sur mon physique. je ne suis pas naïve et je ne peux pas dire que je ne m’y attendais pas… mais pas à une telle agressivité ! Du coup, j’ai commencé à les supprimer. Et puis une vague de commentaires beaucoup plus bienveillante a commencé à arriver », se rappelle la chanteuse.

Parmi eux, celui-ci, qui s'adresse directement à elle : «Pardonne mes encouragements tardifs mais ô combien sincères. Alors figure-toi que j'ai observé pendant une semaine les commentaires haineux qui s'accumulaient, d'abord perplexe puis franchement inquiète, je me suis dit «non mais attend sérieusement on en est là, la majorité des gens pensent ça en fait?!» En fait non et loin de là. Ils confèrent à ta chanson toute sa raison d'être.»

Kamini le précurseur

Une drôle de chanson qui ne laisse personne indifférent puisque c’est en l’écoutant que le label régional 440 a décidé de produire son disque « Pôle Nord », qui devrait sortir le 14 février.

« Il n’y a rien d’autobiographique », explique Sarah en riant, « par contre ce sont des idées qui gagnent du terrain dans mon environnement ».

Née à Djibouti, elle est adoptée à l’âge de quatre mois et découvre la campagne altiligérienne. Après une maîtrise dans la Loire, elle débarque à Lyon pour intégrer le conservatoire, en chant et clavier.

« Lorsque j’étais petite, je sentais l’hostilité du premier abord : j’étais seule de la diversité dans ma campagne !

En 2006, Kamini a sorti son tube humoristique Marly-Gomont, qui traitait d’une personne de couleur qui vivait à la campagne : c’était tellement ce que je vivais ! Un sentiment fort différent à mon arrivée en ville. Désormais, avec internet et la télévision, la diversité est partout aujourd’hui. C’est plus au niveau de l’emploi ou dans certaines discussions que l’on sent toujours une forme de discrimination », ajoute-t-elle.

Légitime pour s’engager

En 2018, avec ses 70 chansons au compteur, elle se sent enfin légitime pour s’engager. « J’écris de la chanson française et je me suis toujours juré de ne jamais faire de la musique tiède. En ville ou à la campagne, la montée de l’extrême droite est terrorisante ! J’ai donc décidé d’écrire avec humour, même si le sujet est sérieux et de faire un clip pour sensibiliser le public (lira par ailleurs). Dans le même sens, la musique est légère et positive ».

Quinze jours après la sortie du titre, elle continue de recevoir des commentaires désobligeants. Ce qui ne l’empêche plus de préparer sereinement la sortie de son album qui parlera des réseaux sociaux et de politique. « Ces réactions me prouvent que ça touche le public… et c’est mon rôle d’artiste ! Je garde l’écologie pour plus tard, même si ça me préoccupe énormément », conclut la jeune femme qui sera le 22 mars sur les planches du Comédie Odéon, rue Grolée dans le 2e  arrondissement.

David TAPISSIER

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