THEATRE "Vivre sa vie parle de la mercantilisation des corps"

Charles Berling et Pauline Cheviller, l’inspiratrice du projet.  Photo Progrès /Jean-Louis Fernandez
Charles Berling et Pauline Cheviller, l’inspiratrice du projet.  Photo Progrès /Jean-Louis Fernandez

Jusqu’au 4 décembre, Charles Berling, metteur en scène et comédien livre sur la scène du théâtre Kantor sa version du film de Godard. Un film dans le lequel Anna Karina interprétait le rôle de Nana. Pourquoi cette adaptation? Il nous l’explique.

Comment est né ce projet?

"Sur un tournage, Pauline Cheviller m’a confié sa passion pour Vivre sa vie (1962) dont j’avais quelques vagues souvenirs. Après l’avoir revu, j’ai décidé de l’adapter à la scène. Mais comme Jean-Luc Godard l’a réalisé il y a plus de cinquante ans, il fallait actualiser son propos.

En 2019, je ne pouvais pas mettre en scène cette histoire en oubliant le féminisme et la prise de conscience de la place de la femme dans la société."

Comment ce regard se traduit-il?

"Avec Irène Bonnaud, ma dramaturge, nous avons choisi des textes de Virginie Despentes, Marguerite Duras et Simone Weil qui ont enrichi le scénario initial.

Par ailleurs, à l’exception du rôle de Nana, tenu par Pauline Cheviller, les autres personnages sont joués indistinctement de leur sexe par Hélène Alexandridis et Sébastien Depommier. Je suis convaincu que ce mélange ne dénature pas le propos de Godard. Anna Karina s’est reconnue dans ce spectacle qui l’a beaucoup émue."

Qu’est ce qui vous intéresse dans ce film?

"Vivre sa vie parle de la mercantilisation des êtres et de la prostitution. C’est un sujet d’actualité comme en témoignent les commentaires des jeunes qui ont vu ce spectacle."

Quel rôle joue le cinéma dans ce spectacle?

"Vivre sa vie date d’une période où le cinéma français avait des vertus littéraires. D’où ce rapport fondamental entre théâtre et cinéma, comme il l’était dans La Maman et la putain , pièce de Jean Eustache que j’ai jouée en 1990, à Lyon, dans l’adaptation de Jean-Louis Martinelli. Je dis bien cinéma, et non vidéo , souvent utilisée de façon opportuniste, naïve, finalement assez pauvre au théâtre.

Sur le plateau, l’utilisation de l’écran permet à la fois de diffuser des images mais aussi de raconter, en ombres chinoises, le sexe de manière violente."

Qu’est ce qui vous met en colère aujourd’hui ?

"La démission des pouvoirs publics vis-à-vis de la culture qui n’est pas considérée à sa juste valeur. Un peu comme Nana qui se fait détruire alors qu’elle n’est que grâce et beauté."

Avez-vous des projets?

"Oui. Beaucoup trop ! Jusqu’à la fin de l’année, je joue dans Art de Yasmina Reza et je fais des lectures de Lautréamont et de Stefan Zweig.

Au printemps, je vais faire un peu de cinéma avant d’aller en Afrique pour préparer La vierge de Djenné , la seule pièce de Jean Rouch, que je monterai en 2021. Je jouerai aussi dans Les Parents Terribles de Cocteau et la nouvelle création que Pascal Rambert a écrite pour Stanislas Nordey et moi-même."

Au cinéma ce soir

Vivre sa vie suit le parcours de Nana, vendeuse de magasin qui quitte tout pour devenir actrice.  Photo Progrès /Jean-Louis Fernandez
Vivre sa vie suit le parcours de Nana, vendeuse de magasin qui quitte tout pour devenir actrice. Photo Progrès /Jean-Louis Fernandez

Nana, une vendeuse de magasin quitte Paul et son enfant pour vivre sa vie et devenir actrice. Mais très vite, le rêve laisse place à la réalité et aux dessous violents de la prostitution.

Nana finit tuée par une balle perdue. Hélène Alexandridis et Sébastien Depommier, tour à tour homme ou femme, et Pauline Cheviller, dans le rôle tenu à l’écran par Anna Karina, jouent ce spectacle ponctué des riffs de guitare de Grégoire Léauté.

Pour Charles Berling, cette adaptation d’un film réalisé en 1962 « parle des bas salaires, des professions méprisées, réservées à un genre plutôt qu’à l’autre, de la perception de la prostitution, de notre relation au corps, à l’argent, au sexe, à l’intimité, aux rapports de domination et à l’inconscient ».

Jusqu’au 4 décembre. Théâtre Kantor, l’École Normale Supérieure de Lyon, 15 Parvis René-Descartes, Lyon 7e. Tarifs : 13 à 24 €. Tél. 04 72 77 40 00

Propos recueillis par Antonio MAFRA

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