LYON Féminicides : derrière les chiffres, l’hommage en BD

Fanny Vella, autrice-illustratrice. Son premier portrait pour la série « Derrière les chiffres » était dédié à Hilal.  Photo Progrès /DR
Fanny Vella, autrice-illustratrice. Son premier portrait pour la série « Derrière les chiffres » était dédié à Hilal.  Photo Progrès /DR
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Fanny Vella, autrice-illustratrice. Son premier portrait pour la série « Derrière les chiffres » était dédié à Hilal.  Photo Progrès /DR Photo Progrès /DR Photo Progrès /DR Photo Progrès /DR Photo Progrès /DR

En collaboration avec le collectif Nous Toutes Lyon, l’autrice-illustratrice lyonnaise, Fanny Vella, rend hommage aux victimes de féminicides. Ses portraits, à voir, sur Instagram, rappellent que derrière les chiffres, il y a des femmes, des filles, des amies. Et qu’elles avaient une vie.

Elle ressemble à son profil dessiné sur Instagram. Jeune femme aux yeux pétillants, grande frange brune qui barre le front, sourire sincère, lunettes sur le nez. Fanny Vella s’est justement croquée, le stylet à la main. Comme 74.000 followers, on la suit sur ses comptes ( @fannyvella et @fannyvellabds ) où cette jeune autrice-illustratrice partage ses dessins. Des planches dans laquelle elle interroge la maternité, la parentalité, l’éducation des enfants.

C’est drôle. Souvent touchant. Parfois cela fait mal. Elle alterne en BD sujets sérieux et anecdotes rigolotes. À chaque fois, cela fait mouche. Encore plus lorsqu’elle aborde un autre thème, celui de la violence conjugale dont, on devine entre les cases, qu’elle a été victime.

Depuis un mois, en lien avec le collectif Nous Toutes Lyon, d’autres dessins ont fait leur apparition sur son feed. Ce sont des portraits de femmes en noir et blanc, victimes de féminicides. La série s’appelle « Derrière les chiffres ». Le premier est dédié à Hilal, 30 ans , poignardée à mort par son ex-compagnon dans son appartement de Vaulx-en Velin, le 20 février dernier. À cette époque, c’était le 27e féminicide recensé en France depuis le début de l’année (1).

Elle a aussi dessiné Céline, violée et séquestrée par son compagnon, décédée le 15 mars 2015 à l’âge de 36 ans. Léa, 14 ans, qui, battue par son copain, a mis fin à ses jours le 15 octobre 2019. Et Alexia, 29 ans, décédée par strangulation, dans la nuit du 27 au 28 octobre 2017. Son corps avait été retrouvé le 30 octobre calciné. Elle a été tuée par son mari.

« Des personnes uniques avec des qualités et même des défauts qui manquent à leurs proches »

« Parce que les victimes de violences conjugales ne sont pas que des personnes qui se cachent dans un coin de leur maison en appréhendant les coups ou courbant le dos devant les propos malveillants de la personne avec qui elles vivent, ce sont aussi des gens qui sortent en bande le samedi soir, sourient, font des blagues drôles et parfois font un bide, adorent le cinéma, dansent, cuisinent à la perfection les lasagnes où ratent toutes leurs pâtisseries, aiment décorer leur maison, sont délégués des parents d’élèves, parlent fort, crient parfois, ont un rire gras ou cristallin, sont bordéliques, sont vivantes. Ou étaient. En tout cas elles méritent que nous rappelions que derrière les chiffres il y a des personnes uniques avec des qualités et même des défauts qui manquent à leur entourage», explique Fanny Vella.

Il y en aura d’autres, au gré des témoignages qu’elle recueillera auprès des proches de victimes. Sur les réseaux, elle lance un appel : « N’hésitez pas à nous contacter si vous souhaitez témoigner pour quelqu’un. #noustoutes #noustouteslyon #feminicides #derriereleschiffres #violencesconjugales ».

Dessiner pour les autres

« Cela donne du sens à ce que je fais, confie encore la jeune femme. Je dessine mais pour les autres. Je veux en quelque sorte, rendre hommage à toutes ces femmes », confie encore l’artiste.

Avec son manteau rouge et sa fille, Ellie, glissée tout contre elle, dans un porte-bébé, elle veut marcher pour construire un autre monde plus égalitaire, pour son enfant. Un monde dans lequel il n’y aurait plus ni violences sexistes, ni sexuelles. La préparer déjà aussi, à être la féministe de demain.

1- Selon le décompte effectué par un collectif féministe qui recense les féminicides, 134 femmes ont été tuées en 2019 par leur conjoint ou leur ex.

Tatiana VAZQUEZ

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