LOISIRS Quand l'artiste lyonnais Kent dessine la vie d'Elvis Presley

Kent : « Elvis était quelqu’un de très curieux, de très ouvert. » .  Photo Progrès  /Frank Loriou
Kent : « Elvis était quelqu’un de très curieux, de très ouvert. » .  Photo Progrès  /Frank Loriou

Le musicien lyonnais retrouve son crayon de dessinateur pour raconter la vie d’Elvis, avec la complicité de Patrick Mahé. Une histoire baptisée « Elvis, ombre et lumière » précise comme une biographie et vivante comme une BD.

C’est une BD, mais c’est aussi une biographie très exégétique sur Elvis Presley. Vous êtes allé très loin dans le détail…

Oui, je savais que j’allais être lu par des fans, et je ne voulais surtout pas qu’ils relèvent la moindre approximation. Je suis aussi quelqu’un de très maniaque. J’ai passé beaucoup de temps à faire la part de la légende et de la vérité. J’ai passé deux ans à travailler sur cette histoire.

Vous êtes allés à Memphis, à Las Vegas ?

Non, je raconte une histoire qui s’est terminée en 1977, année de la mort d’Elvis. Je ne voulais pas voir ce que les Américains avaient fait de ces sites. Ils les ont souvent transformés en Luna-Park. J’ai préféré travailler avec des documents d’époque.

C’est ironique de penser que vous avez commencé la musique dans un mouvement qui reniait Elvis, entre autres…

Oui, mais j’ai fait mon mea culpa. À vrai dire, j’étais plutôt fan de Gene Vincent et Eddie Cochran, qui étaient vraiment punks. Elvis faisait partie de la variété, du vieux monde qu’on voulait renverser. Du coup, c’était très intéressant de remonter le fil de sa carrière et de comprendre comment il en est arrivé là, comment il était passé de Memphis à Las Vegas.

Qu’est-ce que vous avez appris sur Elvis en réalisant ce livre ?

C’est Elvis la personne qui m’a intéressé. Comment ce type qui venait d’un milieu très pauvre, dans un sud encore très raciste et tellement cloisonné, a pu autant chambouler la musique de son époque. Elvis était quelqu’un de très curieux, de très ouvert. Il n’était pas du tout dans un discours ou une attitude politique, il s’intéressait à la musique noire, il voulait se l’approprier. S’il avait vécu dans un milieu bourgeois, il aurait peut-être joué de la musique expérimentale.

Son entourage l’a confiné dans un genre très précis…

Oui, notamment son manager le Colonel Parker. Elvis aimait la country, le gospel, il a même voulu chanter du lyrique quand il a découvert Caruso. Mais le Colonel a mis le holà. Il l’a même empêché de travailler avec le fameux duo Leiber and Stoller.

En tant que chanteur, vous avez du reconnaître tous les pièges qui se présentent dans une carrière de musicien…

Oui, il a inventé la rock’n’roll attitude, la rock star moderne. Tout ce qui est un poncif aujourd’hui, c’est lui qui l’a créé. À part les drogues dures, auxquelles il était farouchement opposé. Même s’il s’est abîmé la santé avec une addiction à certains médicaments…

On apprend aussi qu’Elvis était très spirituel, presque mystique. Ça vous a surpris ?

L’Amérique est un pays dévot, il ne faut pas l’oublier. Dieu est présent même chez les pires rebelles. Et Elvis ne se vivait pas comme un rebelle. Il a été élevé dans l’idée de dieu. Sa voix était pour lui un don de Dieu, ce qui lui conférait une forme de responsabilité. L’adoration des fans, la haine de certains, c’est presque messianique, ça met dans une position impossible.

Il est difficile à dessiner, Elvis ?

Oui, parce qu’il est beau, avec un profil grec impeccable et un regard intense et sombre. Je voulais qu’il soit aussi beau dans le livre et c’est difficile quand on raconte une histoire. Du coup, j’ai dessiné un personnage qui n’est pas vraiment Elvis, mais qui joue à être Elvis.

Elvis, ombre et lumière, par Kent et Patrick Mahé, éditions Seuil-Delcourt, 112 pages, 19,99 €.

Propos recueillis par Thierry Meissirel

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