ENVIRONNEMENT Isabelle Autissier: «Être éco-responsable, c’est aujourd’hui une obligation absolue»

Première femme à avoir accompli un tour du monde à la voile, Isabelle Autissier milite aujourd’hui pour l’environnement. Photo PQR OUEST FRANCE/Jérôme FOUQUET
Première femme à avoir accompli un tour du monde à la voile, Isabelle Autissier milite aujourd’hui pour l’environnement. Photo PQR OUEST FRANCE/Jérôme FOUQUET

Navigatrice, écrivain, Isabelle Autissier est aujourd’hui présidente de la fondation WWF France. Elle interviendra vendredi 15 novembre aux Entretiens de Valpré à Ecully autour de la question «Que veut dire être éco-responsable en 2019?». Entretien.

Qui du citoyen ou de l’État doit montrer l’exemple ?

"Quelle drôle de question. Être éco-responsable, c’est aujourd’hui une obligation absolue. Compte tenu de ce que l’on sait (écroulement de la biodiversité, pollution, climat) je ne vois pas comment on pourrait encore dire que l’on s’en fiche. C’est dans tous les compartiments que ça se joue. Tout le monde doit s’y mettre. Les citoyens dans leur façon de se comporter, les collectivités dans leur façon d’aménager la vie en commun, les entreprises dans leur façon de produire et dans leur chaîne de valeurs, les États dans leurs lois et leurs impôts. C’est partout. Sinon, ça ne peut pas marcher."

Être éco-responsable, à mon niveau, ça peut faire bouger les choses ? En quoi trier mes déchets va sauver la planète?

"Il n’y a pas que ça à faire ! Et je vous renvoie à l’excellente appli du WWF qui vous propose 50 choses à faire par jour : des solutions faciles et pas chères à mettre en place. Il n’y a pas que les actions individuelles mais elles comptent, car lorsque nous sommes suffisamment nombreux à les faire, elles influent sur les entreprises et sur les États. Regardez comme les grandes surfaces ouvrent des rayons bio. Pourquoi ? Car ce secteur a une croissance à deux chiffres."

Que pensez-vous de ce nouvel activisme écologiste ? Décrocher les portraits du président, c’est la bonne méthode?

"Je ne sais pas, mais ça dénote d’un désespoir, d’une angoisse. Cela, il faut le traiter, l’entendre. Les gens font ça parce qu’ils trouvent que le changement n’est pas assez rapide. On peut ne pas être d’accord et trouver ça excessif. Mais ces actions tant qu’elles sont non violentes sont à mon sens légitimes."

Nos océans croulent sous le plastique. Les solutions aujourd’hui envisagées sont-elles à la hauteur?

"Non. La pollution au plastique est énorme. Cela représente un camion-benne à la minute qui se déverse dans les océans. Ça contamine la chaîne alimentaire et les êtres humains. 50 % des merlans de la Manche ont du plastique dans leur estomac ! Là encore, il n’y a pas de bouton magique. Et ça ne servira à rien de passer au peigne fin les océans pour ramasser ces déchets. La première des choses à faire est de limiter notre consommation des matières plastiques, notamment ceux à usage unique. On s’en sert quelques secondes alors que leur durée de vie est de plusieurs centaines d’années. Les entreprises doivent aussi travailler sur ces questions-là, notamment avec des matériaux réutilisables et recyclables. On ne sera efficace que si l’on agit à la source."

À Valpré, à Ecully,vous allez rencontrer des patrons, des décideurs. Quel message allez-vous porter?

"Je vais dire ce que je pense, je vais les inciter à ! Mais je ne suis pas l’État, juste la représentante d’une ONG. Les entreprises peuvent comprendre ce message. Car ne pas traiter ces questions-là, c’est se mettre en danger à moyenne échéance. Il y a un lien direct entre les questions environnementales et les conflits. Ce n’est pas dans l’intérêt des entreprises. Elles doivent prendre leur part. Mieux vaut qu’elles le fassent aujourd’hui sereinement, ce qui leur donnera d’ailleurs un avantage compétitif, que dans l’avenir, sous la contrainte, à cause d’une situation dégradée."

Les entretiens de Valpré

Bruno Le Maire. Photo AFP/Georges GOBET
Bruno Le Maire. Photo AFP/Georges GOBET

Société à responsabilité illimitée? Nouveaux engagements pour un meilleur équilibre». C’est le thème de cette nouvelle édition des Entretiens de Valpré qui s’ouvrent à Écully vendredi 15 et samedi 16 novembre.

Organisé depuis 2002 par la congrégation des Augustins de l’Assomption, l’événement qui réunit le gratin politico-économique de l’agglomération se déroule au centre de congrès et de séminaires de Valpré. Patrons, cadres, entrepreneurs, étudiants font le point sur les enjeux du moment « à la lumière de la pensée sociale chrétienne ».

On attend cette année le ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, pour l’ouverture vendredi. Geoffroy Roux de Bézieux (président du Medef), l’économiste Nicolas Bouzou, Serge Papin (ancien PDG de Système U) font partie des intervenants invités.

Propos recueillis par Marien TROMPETTE

Votre opinion ?

Connectez-vous pour commenter

Vous n’avez pas encore de compte ?