Histoire Ce Lyonnais a été le premier à peindre sur le mur de Berlin

Thierry Noir devant une de ses œuvres sur l’East Side Gallery, avant sa rénovation il y a dix ans.  Photo d’archives Katya  VALENTINI/F3PRESS/MAXPPP
Thierry Noir devant une de ses œuvres sur l’East Side Gallery, avant sa rénovation il y a dix ans. Photo d’archives Katya VALENTINI/F3PRESS/MAXPPP

On dit qu’il est le premier graffeur du mur de la honte. Il est l’un des pionniers du street art. À l’occasion du 30e anniversaire de la chute du mur de Berlin Thierry Noir se souvient.

Après le bac et divers échecs professionnels, Thierry Noir, 23 ans, vit une période de remise en question. « Je me faisais virer de tous mes petits boulots. Je me suis dit qu’il fallait changer quelque chose dans ma vie. » Lors de la Saint-Sylvestre, une amie lui conseille d’aller à Berlin ouest.

« Pour les Allemands, c’était un tabou ce mur »

« À l’époque, il y avait des manifestations. Le nouveau maire, Richard von Weizsäcker, avait décidé de fermer les squats. On entendait beaucoup parler de la ville à la télévision. Tous les groupes de la nouvelle vague s’installaient à Berlin. Il y avait aussi David Bowie, Iggy Pop… Je voulais savoir pourquoi ils étaient là-bas et pas à Lyon. »

Le 22 janvier 1982, il prend le train direction Berlin ouest, sans billet de retour. Hébergé d’abord chez une connaissance, il doit rapidement trouver un logement. « Je me suis dit que j’allais faire comme dans la chanson de Lou Reed , marcher le long du mur et c’est comme ça que j’ai trouvé ma maison. »

Il rejoint un centre de jeunes Georg von Rauch Haus, situé dans un ancien hôpital. « En vingt ans à Lyon, j’ai dû croiser un artiste. Quand je suis arrivé à Berlin, tous les gens que je rencontrais l’étaient. »

Deux photos publiées sur le compte Instagram de l'artiste

Thierry Noir ressent, comme beaucoup de Berlinois, la pression exercée par l’ouvrage. « Voir tous les jours ce mur m’a provoqué. Pendant deux ans, j’ai eu cette vue pleine de mélancolie. » En avril 1984, avec un autre artiste français, Christophe-Emmanuel Bouchet, ils sont les premiers à peindre le mur de haut en bas. Pour eux, c’est un symbole de liberté. « Au début, je faisais des œuvres trop compliquées. Je passais plus de temps à répondre aux questions des gens. Ils me demandaient qui me payait, pourquoi je faisais ces fresques… Pour les Allemands, c’était un tabou ce mur. »

Des œuvres simples et rapides pour échapper aux gardes

Pour ne pas se faire attraper par les soldats qui gardent les lieux jour et nuit, Thierry Noir crée de nouvelles fresques qu’il peut réaliser rapidement. Ainsi naissent ces drôles de têtes de profil, avec de grosses bouches et d’énormes yeux, qui sont devenues sa marque de fabrique et rendent le mur moins triste.

Son souvenir de la chute du mur ? « J’étais à Checkpoint Charlie [un poste frontière entre Berlin est et Berlin ouest]. Je suis resté là, à regarder la foule, les gens pleurer. » Puis, il continue son œuvre à l’Est.

« C’était une revanche après la souffrance que nous avaient infligée les gardes. » Aujourd’hui, il regrette que de nouvelles frontières se dressent partout dans le monde. « Il y a trente ans, on pensait que la liberté nous était tombée dessus, que tout irait mieux, mais il y a de plus en plus de murs et d’exclusion. »

Anne-Laure WYNAR

Votre opinion ?

Connectez-vous pour commenter

Vous n’avez pas encore de compte ?