Lyon Dans un marché de l’immobilier tendu, des logements poussent sur les toits

Rue Thibaudière (Lyon 7e) : une dent creuse surélevée a permis de créer 14 logements supplémentaires.  Photo Progrès /Sylvie SILVESTRE
Rue Thibaudière (Lyon 7e) : une dent creuse surélevée a permis de créer 14 logements supplémentaires.  Photo Progrès /Sylvie SILVESTRE

Gagner par le haut quand le foncier vient à manquer… A Lyon, à l’heure d’un marché immobilier au plus haut, plusieurs projets de surélévation de petits immeubles ont vu le jour, bouchant du même coup les dents creuses de la ville. Une manière d’augmenter l’offre en logements et de favoriser la rénovation des copropriétés.

Entre manque de foncier, crise du logement et envolée des prix au mètre carré , Lyon n’est pas épargnée par ces problématiques inhérentes à l’évolution des marchés immobiliers qui touchent toutes les grandes agglomérations.

Où construire ? Comment mettre fin à l’étalement urbain ? Et si l’une des solutions, même partielle, pouvait venir de la surélévation d’immeuble. Un concept, encore innovant en France mais déjà présent dans des grandes villes occidentales, qui vise à densifier les secteurs les plus tendus.

« Boucher les creux en ville entre peu à peu dans les mentalités »

« En créant des logements supplémentaires dans les zones d’activités existantes, la surélévation permet aussi de limiter les déplacements et d’épargner les périphéries vertes », annonce Mickaël Teboul, le président d’Adamia qui vient de s’installer à Caluire. Cette société d’ingénierie créée dans les années 1990 s’est développée dans le secteur immobilier par le spectre technique. Parmi ses 150 collaborateurs, le département Mon Toit et Moi est désormais dédié à ces « métiers complexes » de la surélévation.

Pour l’instant, les deux tiers de leur activité se situent à Paris, mais d’autres projets voient le jour à Nice et à Lyon. La première surélévation de Mon Toit et Moi est ainsi visible au 27 rue Raoul-Servant dans le 7e arrondissement. Au 53 rue Thibaudière, toujours dans le 7e, 14 logements ont aussi été créés sur deux niveaux pour combler une « dent creuse » entre deux immeubles.

Au 76 rue Tronchet, dans le 6e arrondissement, quatre étages, soit 850 m² et 9 appartements, sont ajoutés à un petit immeuble ancien. Les logements seront hors d’eau et hors d’air fin octobre.

Un projet de rehaussement est enfin en cours au 32 rue Duguesclin. D’autres surélévations ont vu le jour à Lyon 8e, Villeurbanne, la Mulatière ou encore Caluire. « La nouveauté bouscule, mais boucher les creux en ville entre peu à peu dans les mentalités », continue Mickaël Teboul.

LE CHIFFRE

90%

Neuf acquéreurs sur dix des parties surélevées sont des propriétaires occupants de l'immeuble concerné.

Des projets reçus positivement par 75 % des copropriétés

D’autant que la réglementation est aujourd’hui plutôt incitative. « En 2014, la loi Alur (Accès au logement et urbanisme rénové) a changé la donne, souligne Laurent Billirat, directeur commercial France. Il suffit d’une majorité qualifiée, ou absolue en zone tendue ; nos projets sont reçus positivement par 75 % des copropriétés, qui vendent leur droit à surélever exonéré de plus-value. Le projet génère en outre une rénovation globale de l’immeuble, y compris sur le plan énergétique. Les biens sont valorisés jusqu’à 20 %, les charges davantage divisées, baissent. L’ensemble de la copropriété voit ses charges de travaux libérées pour 15 à 20 ans. 90 % des acquéreurs sont des propriétaires occupants. »

Chaque dossier est néanmoins complexe : les sites éligibles sont repérés, étudiés, et font l’objet de réunions d’information. Deux types de contraintes se présentent, administratives, autour du PLU et de ses dérogations, mais également techniques avec la typicité des sols, la sismicité à Nice, les carrières souterraines à Paris, l’eau partout présente à Lyon… Un important travail est engagé avec des bureaux d’études.

Surélever est plus coûteux

« Surélever est deux à trois fois plus onéreux que construire au sol, reprend M. Teboul. Cela n’est possible que dans des secteurs cotés, où le prix au m² justifie l’investissement. La politique sociale actuelle en ville est de consolider les quartiers d’affaire pour y loger les salariés. »

Depuis 2014, Mon Toit et Moi totalise une vingtaine de projets de surélévations à Paris, Nice et Lyon. La société ne compte pas s’arrêter là. « Idéalement, notre objectif est de créer 20 000 m² par an, soit 150 logements supplémentaires, confie Laurent Billirat. À ce jour, une dizaine de projets sont encore à l’étude ou en cours de réalisation. On compte environ 12 à 18 mois préalables avant le démarrage des travaux : études de faisabilité et budgétaire, validation par la copropriété, acquisition des droits à surélever, dépôt, instruction, obtention et purge du permis de construire… »

De notre correspondante, Sylvie SILVESTRE

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