Portrait Lyon : Jhon Rachid, le drôle de gone à la vie pas si drôle

Jhon Rachid. Photo Progrès /Joël PHILIPPON
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Jhon Rachid. Photo Progrès /Joël PHILIPPON Photo Progrès /Joël PHILIPPON Photo Progrès /Joël PHILIPPON Photo Progrès /Joël PHILIPPON

Avec 1,4 million d'abonnés à sa chaîne, John Rachid fait aujourd'hui partie des youtubeurs « référence » en France. A l'occasion de la sortie de son album en bande dessinée, il est de passage à Lyon où il a vécu et revient sur son quartier, sa jeunesse difficile entre foyer et famille d'accueil mais aussi sur son engagement...

Setif

« Je suis né à Setif, en Algérie, en 1984. Je suis parti pour Lyon avec ma famille à l’âge d’un an. Direction Lyon, pour y retrouver mon arrière-grand-mère qui travaillait là-bas. C’était une immigration liée au travail… »

La pauvreté

Quand on est môme, on ne se rend pas compte de la misère et de la pauvreté, des conditions dans lesquelles on vit. Petit, je voyais que c’était plus grand chez les autres, mais je n’ai jamais manqué de rien. Ma mère faisait des crédits pour me payer ma Nintendo… ».

Perrache

« Perrache, c’est le meilleur quartier de Lyon ! C’est aussi le plus cosmopolite : on y trouve des immigrés, mais aussi de familles populaires, bobo, hyper catho, même si l’aménagement de Confluence a un peu changé les choses. Comme pour mes copains avec qui je traînais à l’époque : juif, arabe, noir, un portugais, des blancs… Ça a forgé mon état d’esprit et mes valeurs ».

Le foyer

« Se retrouver en foyer et en famille d’accueil, c’est beaucoup de tristesse. Ma famille d’accueil a subi mon ras-le-bol : je ne voulais pas être placé, ni géré. Avec le recul, foyer et famille m’ont été bénéfiques  : ils m’ont apporté la découverte de la culture, les livres, mais aussi la richesse des apprentissages pendant les vacances… »

Le rap

« Je n’avais pas la TV et je n’avais que la radio dans ma chambre ! Le rap particulièrement m’a aidé… Je me sentais compris en écoutant les paroles d’IAM ou d’Oxmo Puccino. J’en ai d’ailleurs fait plusieurs chapitres en vidéo ! Kery James a dit que le rap a commencé à marcher quand il ne disait plus rien… Je suis d’accord. C’est devenu commercial et ça ne raconte plus grand-chose… »

La BD

« À l’époque, tout était prétexte à évasion… et les BD particulièrement. Au travers de ma BD, je souhaite aider les enfants comme moi, en foyer, leur dire que la solitude qu’ils ressentent est normale. J’aurai adoré lire un tel livre… »

Bêtises

« Pfff… on en a fait des bêtises ! On a même libéré une péniche sur la Saône. Ce n’était pas malin, on volait, on cassait, on se tapait dessus… Mais pas de drogue. En fait, le tome I de ma BD, c’est en fait, « Comme on peut », subir car on est jeune, vie en foyer. Le tome II, ce sera… « Comme on veut… » sur le fait de prendre sa vie en main ».

La débrouille

« Petit, on me disait que j’étais débrouillard… et c’est ce que j’ai fait pour prendre ma vie en main. J’ai commencé par travailler dans différentes boutiques Orange comme vendeur. Avec le recul, c’est un peu un métier de comédien : on joue des rôles… et ça m’allait bien ».

L’humour

« Ma mère était très drôle, Jean-Marc, mon éducateur référent aussi… Ça m’a nourri. J’avais une cassette VHS qui ne me quittait pas, c’était celle des Inconnus. C’est un humour qui m’a fait toujours rire, beaucoup plus engagé et intelligent qu’on pourrait le croire au premier abord. Avec les Rap-tout , ils avaient tout compris ! ».

La vidéo

« Le déclencheur, c’est ma famille d’accueil : mon premier jeu d’acteur, la première fois que j’ai tenu une caméra. A 20 ans je faisais de la vidéo pour amuser mes copains… Une expérience dans le cinéma m’a permis de comprendre que je devais me prendre en main différemment. J’ai fait une vidéo d’actu à l’époque, pour me moquer de la tecktonic et tout a démarré… Aujourd’hui, j’essaye de faire de grosses choses et je mets plus de temps. »

Le cinéma

« Un peu par hasard je me suis retrouvé sur un casting à Lyon à 20 ans. J’y étais très détendu et sans pression et j’ai été retenu sur le film « Le 3e jour ». J’ai découvert un monde bienveillant, tout le monde m’a aidé… Et j’ai décidé de faire ce métier et d’arrêter d’être vendeur chez Orange ! »

L’engagement

« J’en parle souvent avec mon ami Norman. L’engagement, ça ne paye pas ! Plus tu prends position, plus tu divises. On ne peut pas plaire à tout le monde ! Par contre, ceux qui me suivent m’apprécient vraiment».

La notoriété

« J’étais un dingue de TV dans ma jeunesse : j’ai pu rencontrer mes idoles de l’époque comme Bernard Minet ou Jean-Claude Van Hamme et tourner avec Pascal Legitimus ! Ça peut paraître ridicule mais dans mon parcours, ils ont joué un vrai rôle : ils m’ont aidé à passer le temps plus vite. Aujourd’hui, être proche de Karim Benzema ou Alexandre Lacazette, qui me soutiennent sur les réseaux sociaux pour ma BD, c’est une vraie chance ! »

Lyon et l’OL

« J’aime dire que je suis Lyonnais, puis algérien et français. Je suis très fier de ma ville, de mon équipe de foot, même si c’est un peu dur depuis trois ans pour cette dernière… Souvent à Lyon, on me voit dans la rue et on me dit : que fais-tu là ? Ben.. je suis d’ici ! Je ne l’ai quittée que lorsque j’ai été obligé pour des raisons professionnelles. Aujourd’hui j’habite à Paris mais je reviens une fois par mois, pour retrouver ma famille ».

L’avenir

« J’ai des envies artistiques… mais des films engagés. Ma BD, par exemple, si elle marche pourrait faire un film !

Je n’ai pas envie d’être en haut de l’affiche, ce qui m’intéresse, c’est que l’histoire passe avant moi. Que reste-t-il lorsque les hommes disparaissent ? Pas grand-chose… Par contre les œuvres survivent au temps».

Chaîne YouTube Jhon Rachid

Une BD déjà en tête des ventes en France

Comme on peut . T1 : grandir au foyer (Ed Michel Lafon) Michel Lafon
Comme on peut . T1 : grandir au foyer (Ed Michel Lafon) Michel Lafon

À peine sortie le 10 octobre que Comme on peut de Jhon Rachid et L.Kim (Ed. Michel Lafon) est déjà meilleure vente des livres ! Un ouvrage qui raconte la vie du Youtubeur, de l’âge de 5 ans à 13 ans. Son quartier, sa famille, le foyer, les potes, il raconte un pan de sa vie… pas si drôle que ça.

Après des avant-premières à Paris, Marseille ou Lille, c’est à Lyon que Jhon Rachid a présenté officiellement son ouvrage le 12 octobre. Un premier tome qui devrait être suivi par deux autres dans lesquels il racontera son adolescence et sa vie d’adulte.

Propos recueillis par David TAPISSIER

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