Stationnement Des vélos en fourrière pour le Run in Lyon: y a-t-il eu excès de zèle ?

Comme chaque année, la Ville de Lyon a pris un arrêté pour réglementer le stationnement et gérer le bon déroulement du Run In Lyon, ce dimanche 6 octobre. Sauf que son interprétation a entraîné plusieurs gros désagréments pour des riverains furieux d’aller chercher leur véhicule à la fourrière. Explications.

Place Bellecour, côté sud, ce lundi matin du 7 octobre. Le Run in Lyon est passé et la vie reprend son cours. Sauf pour un certain nombre de riverains furieux d’avoir à récupérer vélo, scooter, motos et voitures à la fourrière en ce début de semaine. Furieux surtout de ne pas en comprendre la raison. La faute à une interprétation de l’arrêté n°11210 en date du 30 septembre 2019 qui dit : « pour assurer le bon fonctionnement du Run In Lyon, le stationnement des véhicules gênants sera interdit ».

« Depuis quand un vélo garé sur une zone dédiée est-il gênant ? »

Parmi les « victimes » de l’arrêté, Blandine. Celle dernière est inscrite au club La Bulle Yoga, au n°30 de la place. Et samedi matin, vers 9 h 30, elle a tranquillement garé sa bicyclette, à sa place habituelle, au sein d’un emplacement réservé, situé devant la librairie Decitre. Sauf qu’en revenant, à 11 heures, celle-ci avait disparu. « J’ai pété les plombs. Les panneaux parlaient de stationnement gênant, mais depuis quand un vélo, garé sur une zone dédiée, est-il gênant ? Je me suis arrêtée deux heures et la course était le lendemain ! J’ai appelé la fourrière dans le 7e arrondissement et m’y suis rendue. Au total, j’ai perdu 2 h 30, sans compter mon antivol d’une valeur de 45 €. Heureusement, récupérer un vélo là-bas est gratuit. »

Motos, vélos mais pas trottinettes !

Pour Philippe, qui a constaté l’enlèvement au niveau du 26 place Bellecour, le zèle est évident. Photo Progrès /David TAPISSIER
Pour Philippe, qui a constaté l’enlèvement au niveau du 26 place Bellecour, le zèle est évident. Photo Progrès /David TAPISSIER

Même son de cloche un peu plus loin. Philippe travaille à l’ Espace Brasserie au n° 26. Il se souvient très bien de l’intervention de la police, le samedi vers 10 heures. « Je leur ai dit que c’était abusé de couper le cadenas pour enlever bicyclettes et motos. Elles étaient bien garées et ne gênaient personne. D’ailleurs les barrières ont été mises le long de la route… Avec ou sans deux roues, c’était pareil ! Mais le plus drôle, c’est qu’ils n’ont pas ramassé les trottinettes qui étaient en vrac sur le trottoir ! »

Une vingtaine de voitures à la fourrière… par erreur !

Toute la partie du quai Fulchiron en direction du sud et jusqu’au pont Kitchener-Marchand n’était pas concernée par l’arrêté. Photo Progrès /David TAPISSIER
Toute la partie du quai Fulchiron en direction du sud et jusqu’au pont Kitchener-Marchand n’était pas concernée par l’arrêté. Photo Progrès /David TAPISSIER

Quai Fulchiron, de l’autre côté de la Saône, Kevin ne décolère pas. Dimanche, jour de la course, il est allé récupérer sa voiture… mise par erreur en fourrière. « En fait, le soir, je m’étais garé au 36 quai Fulchiron, volontairement en amont de la zone réservée. Il était précisé que seule la partie qui correspondait à la course, entre la voie d’accès de la rue de la Quarantaine et le quai Romain-Rolland, était interdite. Sauf que des panneaux donnant ces informations étaient installés sur tout le quai Fulchiron et que la police a vidé entièrement le quai ! J’ai compté, ça fait plusieurs dizaines de voitures ! » raconte Kevin. Le jeune juriste vérifie l’information sur l’arrêté, qui lui donne raison. « Je déménageais ce week-end. J’ai commencé par chercher ma voiture. Et j’ai appelé la fourrière. Leur réponse était incroyable « On ne sait pas si on a votre voiture mais on en a beaucoup : vous n’avez qu’à passer ! ». J’ai perdu ma journée, et ça m’a coûté 136 € de fourrière et 130 € de procès-verbal ».

Le mot de la fin ? « C’est l’arrêté qui fait foi… et il donne raison aux propriétaires des véhicules comme moi ! » précise Kevin. « La police n’a pas vérifié et a enlevé par erreur beaucoup de véhicules. Je conseille à toutes les personnes dans mon cas de ne pas payer l’amende et de porter réclamation avec, comme preuve, l’arrêté du 30 septembre (page 2684). Vous pourrez aussi, du même coup, vous faire rembourser la fourrière. »

« La communication n’a peut-être pas été assez précise »

Tout est une question d’interprétation. Pour le service de Jean-Yves Sécheresse, adjoint à la sécurité de la ville de Lyon, l’arrêté a été suivi à la lettre. « Notre problématique est l’application stricte du plan vigipirate. La place Bellecour était la zone d’arrivée de la course et dans ce cadre précis, c’est une zone à risque qui doit être vide de toute occupation, c’est-à-dire de tous véhicules. La communication n’a peut-être pas été assez précise en la matière et nous allons probablement préciser à l’avenir la terminologie « véhicule ». C’est vrai que désormais, vélos, scooters, motos, trottinettes et évidemment voitures sont concernés ».

150 voitures, 8 vélos et 6 trottinettes mis en fourrière

Ce sont principalement les autos qui ont été enlevées sur le parcours : en tout 150 voitures, 8 vélos et 6 trottinettes ont été mis en fourrière le samedi, 8 automobiles de plus le dimanche. « Les vélos étaient attachés et avaient des sacoches… à ce titre, ils ont été enlevés. Pour les trottinettes, le chiffre est faible car elles sont souvent déplacées par les forces de l’ordre. Dans les deux cas, ces véhicules de mobilité urbaine peuvent être retirés gratuitement à la fourrière ».

Enfin concernant le couac quai Fulchiron, une trentaine de voitures ont été enlevées en tout le samedi. « En cas d’erreur, par rapport à l’arrêté, les propriétaires des véhicules pourront évidemment faire opposition au procès-verbal ».

David TAPISSIER

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