SOCIÉTÉ Publicités au sol: pourquoi y en a-t-il encore sur les trottoirs lyonnais?

Ici, c’est une salle de sport, basée à Caluire, qui fait sa pub sur les pavés du 3e arrondissement. On la retrouve, rue de Belfort, à la Croix-Rousse. Photo Progrès /TV
Ici, c’est une salle de sport, basée à Caluire, qui fait sa pub sur les pavés du 3e arrondissement. On la retrouve, rue de Belfort, à la Croix-Rousse. Photo Progrès /TV

Un an après sa suspension, la question de la publicité éphémère au sol reste posée à Lyon. Pour BioDégrAD, la société qui les appose en « nettoyant » le bitume par projection d’eau à travers un pochoir, il existe un vide juridique autour de cette nouvelle activité qui leur profite.

« C’est interdit, on ne devrait pas les voir », râle Chloé, militante du collectif « Plein la vue », qui lorsqu’elle baisse les yeux au sol pour ne pas voir les panneaux publicitaires se retrouve encore nez à nez avec des slogans marketing. Il n’y a pas qu’elle que cela agace, sur les réseaux sociaux, des Lyonnais se disent aussi gênés par ce matraquage jusque sous leur pied…

Un an après sa suspension, la question de la publicité éphémère au sol reste posée à Lyon.

Il suffit de se promener les yeux rivés sur le trottoir pour être interpellé par des marquages noirs sur gris. Ici, c’est une salle de sport, basée à Caluire, qui fait sa pub sur les pavés du 3e arrondissement. On la retrouve, rue de Belfort, à la Croix-Rousse… Une pub propre, au demeurant, nous dira-t-on, parce qu’elle utilise un dispositif sans peinture.

Cela s’appelle du «cleantag» : il s’agit de marquages au sol monochromes et éphémères réalisés par projection d’eau à travers un pochoir. La pub, sculptée dans la crasse du trottoir, apparaît alors par contraste.

Elles sont signées BioDégrAD, du nom de cette société lyonnaise qui avait conçu, en 2012, le procédé de marquage temporaire au sol utilisant un pochoir et de la peinture à l’eau et à la craie. En 2016, la petite société avait déposé un dossier au ministère de l’Économie dans le cadre de « France Expérimentation » afin d’obtenir des dérogations à certaines normes juridiques pour tester son innovation.

Expérimentation suspendue

C’est à elle, notamment, que l’on devait la promulgation du décret 22 décembre 2017 qui permettait, à titre expérimental, de déroger aux dispositions des codes de la Route et de l’Environnement lesquelles interdisaient jusque-là d’apposer des marquages publicitaires sur les trottoirs. Le décret prévoyait un cadre strict : surface unitaire maximale de 2,5 m², durée de persistance maximale de dix jours, pas de remise en cause des caractéristiques d’adhérence du trottoir, au moins 80 mètres entre deux marquages au sol…

Durant 10 mois, on avait ainsi vu fleurir des publicités appliquées avec des peintures biodégradables sur le bitume lyonnais. Et puis, l’expérience avait été brusquement interrompue, sans plus d’explications. Selon nos informations, la Métropole de Lyon aurait considéré, à l’époque, que l’entreprise ne respectait pas les conditions et aurait donc demandé l’abandon de l’expérimentation aux ministères de l’Intérieur, de la Transition écologique et solidaire, de la Justice et de l’Économie et des Finances.

Dans la foulée, l’arrêté du 22 octobre 2018 relatif à la suspension à l’intérieur de l’agglomération de Lyon de l’expérimentation des marquages sur les trottoirs à des fins publicitaires était publié au journal officiel. Il mettait un terme aux dispositions prévues par le décret du 22 décembre qui prévoyait alors que le marquage soit « réalisé directement au sol par projection ou application, à travers un pochoir, d’eau ou de peintures biodégradables à base aqueuse ou à base de craie comportant un traitement antidérapant ».

« On ne fait plus de marquage à base de craie à des fins publicitaires »

« Aujourd’hui, on ne fait plus de marquage à base de craie à des fins publicitaires. C’est proscrit pour tout ce qui est privé. La réglementation est hyper draconienne. C’est une vraie pollution visuelle et les usagers ne l’apprécient pas. Cela va même parfois à l’encontre des messages de sensibilisation que l’on peut apposer sur les trottoirs à la demande des bailleurs sociaux ou des collectivités… », affirme Guillaume Paris de Bollardière, gérant de BioDégrAD.

Reste que pour lui, le marquage par projection d’eau profite encore d’un vide juridique et ne serait pas concerné par une quelconque interdiction. « Il s’agit, dit-il, d’une activité nouvelle qui n’est pas encore traitée par les différentes réglementations, y compris locales, qui régissent l’affichage de la publicité extérieure. Pour le clean tag, il n’y a donc pas de règle. » Elles seraient autorisées à défaut d’être interdites.

Et dans les faits, les publicités apposées sur les trottoirs lyonnais en « nettoyant » le sol semblent tolérées… Alors que depuis 2017, la Métropole travaille sur son nouveau Règlement Local de Publicité Métropolitain, celui-ci, une fois définitivement créé et appliqué d’ici 2020, pourrait changer la donne et clarifier la situation.

T. V.

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