Biennale d’art contemporain Deux jeunes artistes emportent l'adhésion à la Fondation Bullukian

Andrea Mastrovito et sa marqueterie « Le monde est une invention sans futur », en référence à la phrase prononcée par Louis Lumière : « Le cinéma est une invention sans futur ». Photo  Fondation Bullukian/Pauline Roset
Andrea Mastrovito et sa marqueterie « Le monde est une invention sans futur », en référence à la phrase prononcée par Louis Lumière : « Le cinéma est une invention sans futur ». Photo Fondation Bullukian/Pauline Roset

Place Bellecour, ce centre d’art accueille Andrea Mastrovito et Jérémy Gobé. Voici pourquoi il faut absolument découvrir le travail de ces deux artistes, présenté en accès libre, dans le cadre de la biennale d’art contemporain de Lyon.

C’est beau

Pour profiter de la Biennale d’art contemporain, il y a les Usines Fagor de Gerland. Mais pas seulement. Parmi les lieux à découvrir absolument, on vous conseille de foncer dans le quartier Bellecour, à la Fondation Bullukian, qui accueille le travail de deux artistes épatants.

Dès l’entrée, on est happé par la beauté et l’originalité de la démarche d’Andrea Mastrovito.

Cet artiste italien présente une marqueterie de 110 m² qui revisite sept scènes des films des Frères Lumière. De l’autre côté, on découvre des vitraux lumineux constitués de règles en plastique et des massifs de fleurs élaborés à partir d’ouvrages usagés sur la faune et la flore. C’est génial !

 « L’Île du Dr. Mastrovito », constituée d’environ 1 200 livres épuisés, découpés et empilés, compose un parterre d’animaux et de fleurs en 3D. Photo Andrea Mastrovito
« L’Île du Dr. Mastrovito », constituée d’environ 1 200 livres épuisés, découpés et empilés, compose un parterre d’animaux et de fleurs en 3D. Photo Andrea Mastrovito

Dans la cour, on croise quatre sculptures et une œuvre monumentale (pérenne sur une façade) de Jérémy Gobé.

Les motifs s’inspirent des pierres vermiculées (dont le dessin reproduit le parcours d’un ver) et de coraux, matériau vivant aux couleurs changeantes. Justement, ils sont recouverts d’une peinture composée de micropigments, dont les effets varient des teintes rosées à bleutées, selon le mouvement des yeux et l’orientation de la lumière. Regardez bien…

 Le détail d’une sculpture de Jérémy Gobé.   Photo Fondation Bullukian/Pauline Roset
Le détail d’une sculpture de Jérémy Gobé.   Photo Fondation Bullukian/Pauline Roset

C’est réfléchi

Né en 1978, à Bergame et diplômé des Beaux–arts de cette cité, Andrea Mastrovito travaille entre l’Italie et New‑York. Il a envisagé sa collaboration comme une œuvre de cathédrale.

Avec des murs en vitraux (à voir dans la salle du fond) et un sol en marqueterie. Ce dernier est inspiré des marbres de Sienne. Intitulé « Le monde est une invention sans futur », il fait référence à la phrase prononcée par Louis Lumière : « Le cinéma est une invention sans futur ».

Réalisé par des artisans italiens de Bergame, cet assemblage a nécessité un an de travail. On marche dessus avec des chaussons (prêtés à l’entrée). Les scènes sont revisitées sous l’angle de notre histoire contemporaine avec une vision plus sombre de notre société, entre villes modernes en ruines et révoltes populaires.

 Les vitraux d’Andrea Mastrovito constitués de réglettes en plastique. Photo Fondation Bullukian/Pauline Roset
Les vitraux d’Andrea Mastrovito constitués de réglettes en plastique. Photo Fondation Bullukian/Pauline Roset

« L’Île du Dr. Mastrovito » poursuit la réflexion sur les modes de consommation et le gaspillage. L’installation, constituée d’environ 1 200 livres épuisés, découpés et empilés, fait pénétrer le visiteur dans une nouvelle forêt, composée d’animaux et de fleurs. Le symbole d’un cycle de vie : fleurs, arbres, bois, papier, livres, où l’enchantement d’une vie naît de sa propre destruction.

 Jérémy Gobé a travaillé en résidence, à Servas, dans l’Ain, au sein de l’entreprise Saint-Gobain Weber. Photo Jérémy Gobé
Jérémy Gobé a travaillé en résidence, à Servas, dans l’Ain, au sein de l’entreprise Saint-Gobain Weber. Photo Jérémy Gobé

C’est écolo

Né en 1986, à Cambrai, Jérémy Gobé travaille à Paris. Diplômé de l’École de design de Nancy et de l’École des Arts Décoratifs de Paris, il s’intéresse aux enjeux sociaux et environnementaux et à la transmission des savoir-faire.

D’octobre 2018 à août 2019, il s’est installé en résidence, à Servas, dans l’Ain, au sein de l’entreprise Saint-Gobain Weber, leader mondial des mortiers industriels, impliqué dans le développement durable.

Il a créé une œuvre monumentale, « Anthropocène », qui traite de l’influence de l’être humain sur son milieu et sur le climat.

Les sculptures et la façade sont recouvertes d’un enduit qui ne comporte que 8 % de ciment.

 La façade de la Fondation Bullukian traitée par Jérémy Gobé. Fondation Bullukian/Pauline Roset
La façade de la Fondation Bullukian traitée par Jérémy Gobé. Fondation Bullukian/Pauline Roset

C’est gratuit

Il y a beaucoup à voir. La fondation Bullukian s’est agrandie d’espaces accessibles par la cour, côté rue Boissac. Les visiteurs peuvent aussi visionner les interviews des deux artistes qui expliquent leur démarche (durée 20 minutes).

À voir aussi le film NYsferatu (durée : une heure) réalisé par Andrea Mastrovito. Projeté pour la première fois en France, il est une reproduction du film Nosferatu (de 1922), inspiré d’une adaptation du roman Dracula.

Pendant plus de trois ans, accompagné d’une équipe de 12 artistes, l’artiste a redessiné chaque séquence pour un total de 35 000 dessins, avec New York en toile de fond.

En conséquence, il faut bien prévoir une bonne heure pour vous immerger dans cette parenthèse artistique, étape incontournable de la Biennale d’art contemporain. Et en plus, vous savez quoi ? C’est gratuit !

 Le film « NYsferatu » a été réalisé par Andrea Mastrovito à partir du film « Nosferatu » (1922) de Murnau. Photo Andrea Mastrovito
Le film « NYsferatu » a été réalisé par Andrea Mastrovito à partir du film « Nosferatu » (1922) de Murnau. Photo Andrea Mastrovito

Dans le cadre de la Biennale d’art contemporain, jusqu’au 5 janvier à la Fondation Bullukian, 26 place Bellecour, Lyon 2e. Ouvert du mardi au vendredi de 14 h à 18 h 30 et le samedi de 13 h à 19 h. Accès libre. Visite accompagnée tous les samedis à 16 h, gratuit, sans réservation. Rendez-vous à l’accueil. Plus d’infos sur les sites : www.bullukian.com, www.jeremygobe.info et www.andreamastrovito.com.

Isabelle BRIONE

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