Ils font la ville Alexis Nesme : « J’ai découvert Lyon en montant sur les toits »

Alexis Nesme, montée des Chazeaux : « Une montée que j’ai prise des dizaines de fois avec mes enfants, pour leurs activités. D’abord tu pestes et tu vois la vue à couper le souffle. » Photo Progrès /David TAPISSIER
Alexis Nesme, montée des Chazeaux : « Une montée que j’ai prise des dizaines de fois avec mes enfants, pour leurs activités. D’abord tu pestes et tu vois la vue à couper le souffle. » Photo Progrès /David TAPISSIER
Mickey et Dingo devant la montée du Gourguillon. Dessin Alexis Nesme
Mickey et Dingo devant la montée du Gourguillon. Dessin Alexis Nesme
Alexis Nesme, montée des Chazeaux : « Une montée que j’ai prise des dizaines de fois avec mes enfants, pour leurs activités. D’abord tu pestes et tu vois la vue à couper le souffle. » Photo Progrès /David TAPISSIER Mickey et Dingo devant la montée du Gourguillon. Dessin Alexis Nesme

À 45 ans, le Lyonnais Alexis Nesme surfe sur le succès de son dernier album, où il a dessiné Mickey. L’occasion d’évoquer Lyon, une ville qu’il aime profondément.

Mes premiers pas

« Je suis né dans le Beaujolais, à Lantignié, près de Beaujeu. J’y ai passé toute ma jeunesse, avant de partir pour Lyon pour préparer un Bac en Art appliqués. »

La BD

« Depuis tout petit, je dessine. J’ai dû faire ma première planche à l’âge de 10 ans : j’inventais mes histoires. J’adorais Rubrique-à-brac de Gotlib et je racontais des histoires d’animaux. On n’avait pas beaucoup de BD mais je lisais les grands classiques : Tintin, Gaston, Astérix… Ce sont des albums fantastiques : on les lit quand on ne sait pas lire, puis pour apprendre à lire puis pour le second degré. J’ai aussi lu Fmur, qui, dans son style, me faisait beaucoup rire. Ce sont tous ces auteurs qui m’ont donné envie de faire comme eux. »

Mes études

« Après mon bac, je suis parti à Strasbourg pour faire les arts appliqués. J’ai suivi mes copains, Jérôme Jouvray et Yann Degruel, dans cette ville magnifique. Ce qui est intéressant, c’est que l’on apprend à travailler le dessin sous toutes ses formes pendant cinq ans. »

Angoulême

« Ma chance, c’est d’avoir gagné l’Alph’art Graine de Pro à Angoulême, en 1996. Je me suis retrouvé invité au festival, au milieu des dessinateurs et des membres du jury. J’y ai rencontré Guy Delcourt. »

La jeunesse

« En BD, j’avais des projets plutôt tournés vers les adultes, alors que j’ai très rapidement travaillé pour la jeunesse : je faisais beaucoup de presse, des planches chez Bayard, Milan des J’aime lire. Ça me plaisait et je gagnais ma vie ! Pendant une dizaine d’années, j’ai fait une centaine de livres pour enfants, comme les Petits Garçons ou Bébé Koala avec ma femme. »

Grabouillon

« J’ai commencé en BD par Les Gamins, puis j’ai proposé Grabouillon. C’était la première BD en 3D, un peu pop et rond et le concept a plu à Guy Delcourt. C’était un peu du Pixar degré 0. Le problème, c’est que la technique était longue. La BD a eu du mal à trouver son public, par contre, en animation, elle a très bien marché ! Cinq saisons. J’ai créé quelques personnages puis ils assuraient très bien sans moi par la suite. »

Ex-libris

« J’avais un projet de Frankenstein mais il a traîné et un autre album est sorti dans la collection Ex-libris. J’ai mis un pied dedans et j’ai proposé les Enfants du Capitaine Grant avec un esprit jeunesse qui correspondait bien à Jules Verne, pour moi. »

La pub

« Pendant quelques années, j’avais un agent à Paris et je faisais pas mal de pubs : des timbres, des cartes téléphoniques et même les décorations du Printemps boulevard Hausmann ! En 2010, la crise de la pub me fait modifier ma manière de travailler. J’essaye de trouver un équilibre entre 50 % de BD et 50 % de livres jeunesse. »

Les Enfants du Capitaine Grant

« C’était une série qui me plaisait, une sorte de voyage autour du monde ! Les univers étaient nombreux, un vrai plaisir pour un dessinateur. Je voulais m’inspirer de la peinture classique, italienne et flamande, notamment de leur lumière et de leurs ambiances. »

Cinéma

« Comme tous les dessinateurs, je suis très inspiré par le cinéma ! Évidemment Tim Burton, mais aussi Guillermo Del Toro pour le graphisme de ses films mais aussi évidemment Miyasaki. Ses fonds peints à la gouache, ses lumières, ses arbres et ses forêts sont incroyables. Tout comme les dessins d’animations de Disney avant 1937 : je trouve que ce sont les Disney les plus aboutis. »

Disney

« Encore des animaux ! Lewis Tronheim venait de faire un Mickey à travers le temps et il savait que mes dessins étaient lourds. Il a eu l’idée d’un parc d’attractions dans l’esprit Halloween. Ça a mis du temps car Disney est très lent pour valider. Ça coinçait un peu sur le cimetière mais on a enlevé les croix, le cigare de Pat’et une cervelle dans un bocal qui est devenue une grenouille. »

Ma première fois à Lyon

« J’ai débarqué en seconde. Je suis passé par le foyer des jeunes travailleurs, puis en colloc’. C’était la liberté. J’ai découvert Lyon en montant sur les toits, en me baladant la nuit. Le Lyon insolite quoi ! D’où mon intérêt pour les toits, les cheminées, qui permettent de sortir des façades et des rues. Aujourd’hui, j’aime cette ville qui a fait, comme Strasbourg dans les années 2000, en aménageant ses berges et en s’ouvrant aux transports alternatifs. »

Mon Lyon

« Depuis dix ans, c’est le quartier Saint-Jean, entre colline et un quai. Derrière les boutiques et les restaurants à touristes, il y a une vraie vie de quartiers : les commerçants sont souvent là depuis 20 à 30 ans et sont des parents du quartier ! Je vais déménager à Saint-Georges, mais je ne vais pas changer mes habitudes. »

Horrifikland : une terrifiante histoire pour Mickey

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Depuis trois ans, Mickey a pris des couleurs et des formes. Glénat a racheté les droits de la petite souris en BD et en accord avec le géant américain, et a ouvert la porte à des projets de scénaristes et dessinateurs européens. Après Loisel, Tébo ou Cosey ou encore Keramidas, place à un des plus talentueux dessinateurs de sa génération : Alexis Nesme. Et Lewis Tronheim ne s’est pas trompé. Il lui a concocté un petit scénario des familles autour d’un parc d’attractions hanté. On y retrouve Mickey, Donald et Dingo en détectives, mais aussi Pat Hibulaire en ennemi juré. Si le scénario peut paraître facile, l’humour est omniprésent. Et que dire des dessins ? Magnifique… Indiscutablement le plus beau de la série !

Horrifikland par Tronheim et Nesme (Éditions Glénat)

Propos recueillis par David TAPISSIER

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