Portrait Vincent Verzat : le youtubeur lyonnais qui veut sauver la planète

Vincent Verzat, 29 ans, milite pour l’environnement via des vidéos qui suscitent l’adhésion. Progrès/Muriel FLORIN
Vincent Verzat, 29 ans, milite pour l’environnement via des vidéos qui suscitent l’adhésion. Progrès/Muriel FLORIN

Depuis avril 2017, le youtubeur lyonnais Vincent Verzat cherche à susciter l’envie d’agir grâce à des vidéos qui totalisent plus de 70 millions de vues.

La casquette vissée sur le crâne, la « tchatche » facile et le sourire généreux, Vincent Verzat, 29 ans, ressemble à bien des jeunes youtubeurs. Comme la plupart, il se met en scène, en embarquant la caméra ou en endossant la peau d’un personnage de sketch. Son ton est direct ponctué d’humour et de petits effets, la réalisation est soignée, rythmée, moderne.

Mais c’est sans musique tapageuse, sans publicité. Surtout pas de publicité. Sous la bannière « Partager c’est sympa » le jeune lyonnais ne fait pas la promo de la dernière paire de baskets à la mode. Au contraire. Il va à la rencontre de ceux qui « veulent changer le monde » et veut « inciter les gens à passer à l’action pour construire un avenir juste et durable pour tous ». Et selon lui, cela passe par une autre façon de consommer, un changement de société.

« Je suis de la génération YouTube et je voyais bien que la vidéo pouvait être un outil au service des militants. Je trouvais qu’il y avait beaucoup d’exposés sur les problèmes, mais peu de choses sur ce qui pouvait permettre d’agir. Je me disais aussi qu’il fallait faire des choses que les gens aimaient bien ».

Dans des associations militantes, le jeune homme apporte son œil et sa caméra. Rapidement, les vidéos trouvent écho et il commence à se faire un nom. En avril 2017, lorsqu’il poste « 5 trucs pour parler avec un raciste, homophobe, macho, et climato-sceptique » il récolte 2 millions de vues. Depuis, le succès ne se dément pas.

A ce jour Vincent Verzat compte 172 000 abonnés et 70 millions de vues sur Facebook et 58 000 abonnés et 2,5 millions de vues sur YouTube. En cumul, ses vidéos militantes ont engrangé plusieurs millions de vues sur Facebook.

« On s’oriente vers la bataille des idées en proposant des manières de s’engager »

Ses messages sont sérieux, mais n’ont rien de pontifiants. Sympas. Comme lui. Cela suscite l’adhésion. Les vidéos se succèdent, l’équipe s’étoffe, jusqu’à quatre personnes aujourd’hui.

Selon le vidéaste engagé, des subventions récoltées auprès de fondations apportent de quoi se salarier. Toutefois, il se tourne désormais un financement contributif de la communauté qui s’est formée autour de son travail. « Avec une pinte par mois, c’est-à-dire 5 euros, on peut devenir totalement indépendant à Noël » espère-t-il d’après les premières réactions à son appel.

Nulle légèreté dans le parcours et la démarche. Titulaire d’un master de relations internationales, le jeune Lyonnais se destinait d’abord à travailler sur la paix dans le monde. Il s’est orienté vers l’environnement après avoir assisté à Rio de Janeiro au sommet-bilan consacré au développement durable, 20 ans après le Sommet de la Terre.

« J’ai compris que les états allaient nous tuer, parce qu’ils sont incapables de prendre les décisions nécessaires ». Aujourd’hui, Vincent Verzat assure « qu’on n’a plus le temps ». « Il faut agir vite pour bloquer ce qui est en train de détruire la planète […] ».

« On s’oriente vers la bataille des idées en proposant des manières de s’engager » martèle-t-il. Le pari est politique. Pas question de « développement durable » selon les lois du marché. Pas question de se contenter d’être écolo à titre individuel.

« Oui, je suis végétarien, je n’ai pas de voiture, je ne prends pas l’avion, mais je n’insiste pas trop là-dessus. Même si on devient tous des héros sur le plan écologique, on parviendra notre empreinte carbone de 25 %. Tout le reste relève de décisions politiques ».

« Notre économie repose sur les énergies fossiles, il faut passer à autre chose, avec forcément des ruptures. Alors oui, il faut réfléchir à tout ce dont on peut se passer. La décroissance, c’est désagréable pour la majorité de la population. Mais les faits sont là. »

Photo DR
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Jugé pour avoir filmé le décrochage du portrait du président

Dans ses propos, revient un vocabulaire guerrier. Par exemple « la lutte » qui devient difficile « face à un État de plus en plus répressif ». Il évoque à ce titre sa convocation devant la chambre antiterroriste du tribunal de Paris.

Après avoir réalisé une vidéo à 15 millions de vues pour soutenir « L’affaire du siècle » , une action en justice qui attaque l’État pour inaction climatique, Vincent Verzat a filmé, en mai 2019, la « réquisition » du portrait d’Emmanuel Macron à la mairie du 5e arrondissement de Paris, qui s’inscrit dans la même dynamique : « faire du vide dans la mairie pour illustrer le vide de la politique gouvernementale en matière d’environnement ».

Poursuivi avec une dizaine d’autres personnes par le Procureur de la République, il sera jugé le 11 septembre pour « vol en réunion » et risque à ce titre 75 000 euros d’amende et 3 ans d’emprisonnement.

« C’est un procès politique » estime-t-il. Qu’importe. Vincent Verzat ne lâchera ni ses convictions, ni son sourire. « Je suis joyeux […] Certes, je mets en permanence le nez dans la m…, mais c’est plus facile de lutter que de savoir sans rien faire ». Il gardera aussi espoir : « On a des capacités de champignons. Quand on nous marche dessus, on se reproduit et on devient plus fort ».

Muriel FLORIN

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