Culture urbaine Avec sa mosaïque, Ememem fait son nid sur le bitume lyonnais

À “Cœur patchwork”, en bord de Saône, 2 quai Maréchal-Joffre, Lyon 2 e. Photo Progrès /Florence FOURNIER
À “Cœur patchwork”, en bord de Saône, 2 quai Maréchal-Joffre, Lyon 2 e. Photo Progrès /Florence FOURNIER
Sur le pont Wilson. Photo Progrès /Florence FOURNIER
Sur le pont Wilson. Photo Progrès /Florence FOURNIER
À “Cœur patchwork”, en bord de Saône, 2 quai Maréchal-Joffre, Lyon 2 e. Photo Progrès /Florence FOURNIER Sur le pont Wilson. Photo Progrès /Florence FOURNIER

Soigner les plaies du macadam avec des pansements en mosaïque qui colorent la ville et l’embellissent, c’est devenu l’obsession du street artiste lyonnais Ememem. Le créateur de ces flaques de carrelage a même, il y a trois ans, donné un nom à ce travail : le flacking.

Les street artistes l’ont d’abord accrochée aux murs de la ville, dans le sillage des pixels du Français mondialement connu Invader. La céramique s’allonge désormais aussi sur nos trottoirs où elle vient combler nids-de-poule, fissures et autres trous. Un rafistolage artistique que l’on doit, à Lyon, a un carreleur fou qui signe ses œuvres Ememem.

À deux lettres près, il a le même pseudonyme que l’un des plus grands rappeurs américains. Et il est aussi mystérieux que les Daft Punk sous leurs casques. Pourtant, avec Ememem, ce n’est pas tout à fait la même musique. S’il joue parfois sur sa véritable identité -homme, femme, collectif ou artiste solo-, il affirme ne pas vouloir se construire un personnage à la Banksy, le street artiste britannique anonyme le plus influent du XXIe  siècle.

Une fois la nuit tombée, il se rend au chevet du bitume

L’origine de son pseudo qui désormais lui colle à la peau ? « Ma mob fait vraiment ememem ! Sinon, c’est aussi un petit conseil désintéressé : aime, aime, aime », lance celui qui met en avant sa timidité.

N’empêche qu’il aime le mystère : « Peut-être une fascination pour les super-héros : Zorro, Spiderman, les Pyjamasques ». Et comme les justiciers, c’est souvent une fois la nuit tombée qu’il se rend au chevet du bitume.

Ememem intrigue autant que ses pansements sur la ville interpellent. Pour tenter de le cerner un peu, il faut arpenter rues, places et traboules lyonnaises. « Le premier flacking est né à Lyon, un jour de février de l’année 2016 », se souvient-il. Et de préciser, poète : « Il pèse 3,5 kg et jouit toujours d’une bonne santé, malgré le camion poubelle qui passe dessus tous les matins ».

Je cherchais, je ne savais pas quoi, mais je cherchais dans les matières et les formes et puis, j’ai découvert le flacking. Il était là, à portée de main : mon premier trou.

Ememem

C’est sur le plateau de la Croix-Rousse que l’on trouve ses premiers jets de carrelage. Et dans la cour du Complexe du rire, sur les pentes, là où celui qui travaillait déjà la mosaïque avait son atelier.

« Je cherchais, je ne savais pas quoi, mais je cherchais dans les matières et les formes et puis, j’ai découvert le flacking. Il était là, à portée de main : mon premier trou. C’était un éclair, une explosion, la naissance d’une merveilleuse obsession ».

En trois ans, celui qui manie l’art de la truelle aussi bien que le langage imagé a soigné plus d’une centaine de plaies du bitume à Lyon. « C’est simple, je marche, je regarde et j’écoute les trottoirs. J’aime que la dynamique soit dictée par la poésie et l’émotion. Certains trous vibrent, d’autres pas ».

Après la Croix-Rousse et Guillotière, Monplaisir

Ces trous qui murmurent à son oreille contribuent à faire évoluer son travail. Car d’évolution, il est bien question ces derniers mois dans les œuvres de l’artiste. Ses réparations sont plus complexes et plus colorées.

Sa mob l’a également mené au-delà de ses quartiers de prédilection de la Croix-Rousse ou de la Guillotière. Ememem a ainsi récemment mis de la couleur à Monplaisir. Et que ses flaques de carrelage se révèlent comme un rayon de soleil sous les pieds des passants, le touche particulièrement : « Ça fait love ! », conclut Ememem.

Une sorte de juste retour des choses car, même dans le plus simple des flackings, il y a toujours une symbolique de base : celle de l’acte de réparation et d’amour.

Florence FOURNIER

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