ENVIRONNEMENT Cantines scolaires : donner les restes au lieu de les jeter

Des associations d’aide alimentaires habilitées pourront récupérer les denrées ou plats préparés encore consommables et non servis au sein des restaurants scolaires ou de la cuisine centrale. Photo Progrès /Yves LE-FLEM
Des associations d’aide alimentaires habilitées pourront récupérer les denrées ou plats préparés encore consommables et non servis au sein des restaurants scolaires ou de la cuisine centrale. Photo Progrès /Yves LE-FLEM

Pour lutter contre le gaspillage dans les cantines scolaires de Lyon, la mairie a décidé que certaines denrées non consommées seraient redistribuées à des associations relevant de l’urgence alimentaire. Un premier pas qui en appellerait d’autres, à en croire Émeline Baume, d’Europe Écologie Les Verts.

Fruits, produits laitiers, compotes, plats cuisinés… Plus d’une tonne de denrées récupérables est jetée chaque jour à la cantine d’une école du 4e arrondissement de Lyon. Ce chiffre qui donne le tournis était le résultat des pesées que des parents d’élèves avaient effectuées dans le groupe scolaire Joseph-Cornier à l’occasion de la Semaine Européenne de la Réduction des Déchets. Cela avait été pour eux, l’un des éléments déclencheurs de la pétition mise en ligne pour dire « stop aux plastiques et gaspillage alimentaire dans les écoles de Lyon ».

Adressée à Guy Corazzol, adjoint à l’Éducation, Gérard Collomb, maire de Lyon et Florian Geslin, responsable régional Elior, elle a depuis trois mois, recueilli plus de 3 000 signatures.

Les parents d’élèves auraient-ils été entendus ? Toujours est-il que la Ville de Lyon vient de prendre la décision de signer une convention avec des associations d’aide alimentaires habilitées pour leur permettre de collecter et de distribuer des denrées ou plats préparés encore consommables et non servis au sein des restaurants scolaires ou de la cuisine centrale. Concrètement, les Restos du cœur du Rhône, le chaînon manquant, la fondation de l’armée du salut arche de Noé seront sollicitées lors d’un épisode de surplus de production et viendront retirer le don à cuisine centrale ou directement dans le restaurant scolaire concerné. Jusque-là, les déchets, non différenciés, partaient tous à la poubelle.

« Distinguer petites et grosses faims en fonction de l’âge »

Un premier pas qui va dans le bon sens pour Dominique Nachury (groupe Les républicains et apparentés). « Dans le cadre de la restauration scolaire, le premier pilier de la lutte contre le gaspillage est l’adéquation entre la commande et la fabrication de repas. Il faudra améliorer le système d’inscription, désinscription. » Et d’ajouter : « les initiatives sont nombreuses dans les écoles : ainsi l’expérimentation du stockage des aliments non préparés, comme les fruits, pour usage dans le cadre du périscolaire. Les idées remontent du terrain : ajuster la quantité de pain en fonction du menu, ne pas imposer les sauces avec les entrées, distinguer petites et grosses faims en fonction de l’âge, notamment. »

Et pourquoi pas de la compote avec les fruits non utilisés ?

C’est un peu ce que dit aussi Émeline Baume, au nom des élus Europe Écologie Les Verts, quand elle suggère « d’apprendre aux enfants à manger sans gaspiller ». D’ailleurs, pour sa part, l’élue, également conseillère déléguée à la Métropole de Lyon en charge de la prévention des déchets, a encore plus d’idées à suggérer.

« Donner au lieu de jeter est de bon sens. Mais, on peut aller plus loin que le simple don. Certains produits peuvent et doivent être transformés en compote, confiture ou fruits séchés ou bien en coulis, panure et autres. Des entrepreneurs engagés localement font ceci. Je pense à l’atelier de transformation de Récup et Gamelle, au séchage de fruits proposés par Rezo 1901, mais aussi à la conserverie solidaire chez Alynea. Ce sont des démarches accompagnées par la politique « zéro déchet, zéro gaspillage » de la Métropole de Lyon. L’objectif du zéro gaspillage à la cantine doit être un cap à tenir pour améliorer l’approvisionnement en produits biologiques et locaux, et, aller vers un vrai repas végétarien par semaine. »

Un tiers des denrées livrées jetées chaque jour

D’après les relevés effectués par les parents d’élèves de l’école Cornier, dans une cantine scolaire fréquentée par 480 élèves en moyenne par jour, les quantités jetées représentent 16,1 tonnes de biodéchets, 2,7 tonnes de plastique et 1,5 tonne de denrées récupérables. En tout, estiment-ils, c’est un tiers des denrées livrées qui sont jetées chaque jour.

D’après eux, « ces constats sont encore plus alarmants quand on les projette à l’échelle de la ville de Lyon, soit 24 600 repas servis en moyenne par jour ». Ce sont, ont-ils estimé, 1 040 tonnes de déchets qui sont jetés au total dont 77 tonnes de fruits, produits laitiers, compotes… non touchés. Soit 2,342 millions d’euros de gaspillage, d’après l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), qui en 2016, estimait à 0,68 euro par jour, et par personne le coût du gaspillage alimentaire dans les cantines.

T.V.

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