Rhône Cour de récréation anti-canicule à Villeurbanne: 10°C de différence!

En août 2018, une quinzaine d’employés d’Eiffage a travaillé sur la pose de l’enrobé. Dans les angles, sur les bords, les finitions  se font manuellement.  Archives Le Progrès/ Émilie CHAUMET
En août 2018, une quinzaine d’employés d’Eiffage a travaillé sur la pose de l’enrobé. Dans les angles, sur les bords, les finitions se font manuellement. Archives Le Progrès/ Émilie CHAUMET
Vendredi 3 août 2018, l’enrobé de couleur beige recouvre le sol de l’ancienne cour de l’école Edouard-Herriot après plusieurs heures de travail pour les équipes d’Eiffage. Le même matériau a aussi été posé, dans les cours des écoles Lakanal et Louis-Armand à Villeurbanne. Archives Le Progrès/ Émilie CHAUMET
Vendredi 3 août 2018, l’enrobé de couleur beige recouvre le sol de l’ancienne cour de l’école Edouard-Herriot après plusieurs heures de travail pour les équipes d’Eiffage. Le même matériau a aussi été posé, dans les cours des écoles Lakanal et Louis-Armand à Villeurbanne. Archives Le Progrès/ Émilie CHAUMET
Depuis 2018, la cour de l’école Édouard-Herriot affiche davantage de végétation et un nouveau revêtement beige, qui réfléchit plus les rayons du soleil.  Archives Le Progrès /Dominique CAIRON
Depuis 2018, la cour de l’école Édouard-Herriot affiche davantage de végétation et un nouveau revêtement beige, qui réfléchit plus les rayons du soleil.  Archives Le Progrès /Dominique CAIRON
En août 2018, une quinzaine d’employés d’Eiffage a travaillé sur la pose de l’enrobé. Dans les angles, sur les bords, les finitions  se font manuellement.  Archives Le Progrès/ Émilie CHAUMET Vendredi 3 août 2018, l’enrobé de couleur beige recouvre le sol de l’ancienne cour de l’école Edouard-Herriot après plusieurs heures de travail pour les équipes d’Eiffage. Le même matériau a aussi été posé, dans les cours des écoles Lakanal et Louis-Armand à Villeurbanne. Archives Le Progrès/ Émilie CHAUMET Depuis 2018, la cour de l’école Édouard-Herriot affiche davantage de végétation et un nouveau revêtement beige, qui réfléchit plus les rayons du soleil.  Archives Le Progrès /Dominique CAIRON

Une expérience scientifique est en cours dans trois écoles de la Ville, pour mesurer l’impact de l’enrobé clair, censé réduire l’effet d’îlot de chaleur. Avec deux canicules depuis le début de l’été, les premiers résultats sont exploitables. Et on mesure un réel impact!

Douze capteurs ont été installés ces dernières semaines dans trois écoles de Villeurbanne, pour une expérience inédite. « Nous voulons valider, d’un point de vue scientifique, la démarche de la mairie pour atténuer les effets de chaleur dans les cours des écoles, précise Hervé Rivano, professeur à l’Insa (Institut national des sciences appliquées). Ça donnera des arguments plus précis, pour faire des choix politiques derrière. Nous avons choisi le groupe scolaire Édouard-Herriot parce qu’il y a déjà eu un aménagement de la moitié de la cour d’école [à l’été 2018], en changeant le revêtement, plus clair et en mettant plus de végétation. » Les capteurs ont été posés début juin. Instrumenter l’école Louis-Armand, qui bénéficiera d’ici à la rentrée des classes d’un enrobé gris clair, « permettra d’avoir un avant-après. Le groupe scolaire Jules-Guesde, dont la cour n’a pas été refaite, sera un cas témoin. » Sur ces deux derniers établissements, les capteurs sont opérationnels depuis la fin juillet.

Le bitume noir était à 68°, contre 58° pour le sol clair

« Nous allons poursuivre les mesures tout le mois d’août. On verra si on continue en septembre. À la rentrée, nous aurons une semaine de travail pour traiter les données », quantifie le chercheur. Mais déjà, des premiers résultats sont exploitables à Édouard-Herriot. En règle générale, « la température de l’air est relativement homogène la journée. Mais dès que le soleil chauffe, on observe des différences » entre les deux cours. Fin juin, « on a mesuré, à la frontière entre les deux revêtements, une différence de température du sol de 10 degrés au plus chaud. Le bitume noir était à 68 °C contre 58 °C pour le revêtement neuf. On n’est pas loin de la frontière entre la brûlure et l’absence de brûlure » au contact. Il faut dire que la teinte beige réfléchit davantage les rayons du soleil.

Nouveau revêtement gris dans la cour de l’école Antonin-Perrin réalisé cette année.   Photo Progrès /DR
Nouveau revêtement gris dans la cour de l’école Antonin-Perrin réalisé cette année.   Photo Progrès /DR
L’enrobé noir a été sablé, pour lui donner cette teinte plus claire.   Photo Progrès /DR
L’enrobé noir a été sablé, pour lui donner cette teinte plus claire.   Photo Progrès /DR
Revêtement beige dans la cour de l’école Louis-Armand, réalisé en 2018.   Photo Progrès /DR
Revêtement beige dans la cour de l’école Louis-Armand, réalisé en 2018.   Photo Progrès /DR
Nouveau revêtement gris dans la cour de l’école Antonin-Perrin réalisé cette année.   Photo Progrès /DR L’enrobé noir a été sablé, pour lui donner cette teinte plus claire.   Photo Progrès /DR Revêtement beige dans la cour de l’école Louis-Armand, réalisé en 2018.   Photo Progrès /DR

Une fois le soleil couché, le nouvel enrobé libère également moins de chaleur. Lors d’une nuit caniculaire, dans la partie réaménagée, il fait « trois à quatre degrés de moins que dans l’autre. Il y a plus d’humidité sur les capteurs. C’est lié à l’évapotranspiration, quand la végétation, la nuit, émet de l’humidité et consomme de la chaleur. C’est ça qui permet de lutter contre l’îlot de chaleur », vulgarise Hervé Rivano.

« Quand la végétation meurt, elle ne fait plus son travail »

Et l’îlot de chaleur est très prononcé autour de l’école Édouard-Herriot : « On voyait déjà, via des données satellites historiques moins précises que les capteurs installés, qu’il y a beaucoup de bâti, de béton, de goudron, de garages automobiles autour de l’école, qui stockent beaucoup de chaleur. La nuit, elle se rediffuse », augmentant de fait la température.

Et d’ajouter : « Je ne pense pas que l’aménagement de la cour soit suffisant pour contrebalancer l’effet îlot de chaleur du quartier. D’autant que l’impact de l’humidité risque à terme de s’estomper, du fait de la sécheresse. Quand la végétation meurt, elle ne fait plus son travail. » Cela renvoie aussi à « un autre débat, qui a lieu en ce moment, sur l’utilité des forêts urbaines. Le parc de la Tête d’Or a un effet qui se limite à 200 mètres autour. Les observations satellites laissent penser qu’il vaudrait mieux un peu de végétalisation partout, pour lutter contre les îlots de chaleur. »

Deux types d'enrobés

À Édouard-Herriot et à Louis-Armand, une partie de la cour a viré au beige, en 2018. « Les matériaux provenaient du Roussillon. Le bitume translucide contenait du "lait", issu de la transformation du papier, lui donnant un caractère bio », précise Jérôme Dalla Libera, directeur d’agence Eiffage route.

Cette année, c’est au tour des écoles Antonin-Perrin, Nigritelle-noire, Louis-Pasteur et Louis-Armand pour sa deuxième phase, de subir un lifting. Avec un procédé différent : « Les gravillons viennent de la région de Grenoble. On vient sabler l’enrobé noir, en finition, pour lui donner une couleur grise. »

De quoi comparer l’albédo, c’est-à-dire le pouvoir réfléchissant des surfaces, « entre un gris, un beige et peut-être l’année prochaine une autre teinte. L’enrobé noir rejette environ 5 % des rayonnements du soleil. Ici, on espère 25 % », chiffre Jérôme Dalla Libera.

« Ce sera peut-être la norme demain »

Le dispositif fonctionne aussi avec « trois systèmes de récupération de l’eau : jusque dans les espaces verts des écoles [qui sont renforcés], dans un puits perdu aménagé et relié à la nappe phréatique et directement dans les enrobés, qui sont drainants », détaille le directeur d’agence. 

« Ce qu’on fait à Villeurbanne sera peut-être la norme demain », se félicite Damien Berthilier, adjoint en charge de l’Éducation. Un tel projet a un coût : quelque 382 000 € par exemple pour les cours de Louis-Armand, de la Nigritelle-noire et d’Antonin-Perrin cette année.

Jérôme MORIN

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