Se déplacer Piétonnisation: ces quartiers de Lyon qui ont déjà tenté l’expérience dans le passé

Dorothée Leiseing, Jeune Chambre Économique de Lyon, directrice de l’opération "Lyon en marche" revient sur cette piétonnisation plébiscitée en 2013 autour de la rue Paul-Chenavard. Photo Progrès /Nadine MICHOLIN
Dorothée Leiseing, Jeune Chambre Économique de Lyon, directrice de l’opération "Lyon en marche" revient sur cette piétonnisation plébiscitée en 2013 autour de la rue Paul-Chenavard. Photo Progrès /Nadine MICHOLIN

A compter du 21 septembre, la Métropole de Lyon va expérimenter la piétonnisation de la Presqu’île. Pas de voiture, dans le centre de Lyon, un samedi par mois. Une expérimentation qui avait déjà été testée par le passé, dans le 1er arrondissement. Retour sur des expériences plébiscitées.

À l’heure où la piétonnisation de la Presqu’île, projet lancé par la Métropole, va être mise en place, Dorothée Leiseing évoque un projet précurseur à Lyon, initié en 2011 et lancé en 2013 dans le 1er arrondissement.

L’événement se prénommait "Lyon en marche". Membre de la Jeune chambre économique de Lyon, elle avait dirigé l’opération Lyon en marche durant deux samedis en avril 2013 dans le quartier de la rue Paul-Chenavard.

« J’étais membre de la Jeune chambre économique de Lyon (JCE) qui regroupe environ 200 000 membres dans le monde âgés de 18 à 40 ans. En débarquant à Lyon en 2007, elle dit qu’elle avait été « étonnée de voir des voitures partout à Lyon. À Nantes, le centre-ville était déjà, à l’époque, fermé les samedis après-midi. »

Mettre en valeur le savoir-faire du quartier et l’écomobilité

Avec la bénédiction de la mairie du 1er et de la mairie centrale, Dorothée Leiseing, directrice de l’opération Lyon en marche, motive une équipe d’une cinquantaine de bénévoles investis.

160 commerces autour de la rue Paul-Chenavard sont concernés, de la place des Terreaux jusqu’à la rue Grenette.

« Au début, on pensait agrandir le périmètre jusqu’à la rue Romarin et puis cela ne s’est pas fait. L’idée c’était de mettre en place une boucle piétonne et rejoindre la rue Mercière. Nous voulions mettre en valeur le quartier riche en commerces et en savoir-faire, voir ce qui pouvait fonctionner, essayer de gagner en qualité. L’idée étant de faire son shopping autrement. On avait aussi utilisé cet événement pour promouvoir l’écomobilité : les vélos et trottinettes électriques, le segway, les rollers et même la C Zen Courb, voiture 100 % électrique fabriquée à Saint-Priest, le cyclopolitain, le covoiturage… Excepté une dizaine de commerçants opposés à cette initiative, les autres étaient plutôt favorables ou mitigés », admet Dorothée Leiseing.

C’est ainsi que deux samedis d’affilée, les 6 et 13 avril 2013 de 10 heures à 18 heures, le quartier a été rendu aux piétons. « Nous étions autonomes dans l’organisation et la gestion avec nos propres agents de sécurité (N.D.L.R. : un agent présent par rue fermée) grâce au soutien d’une dizaine de partenaires financiers et à un budget de 15 000 €. Au final, les commerçants étaient contents. On leur a vendu le maintien de leur activité et ce fut le cas. Ces journées piétonnes ont animé le quartier. Les retours ont été positifs. Les participants et institutionnels ont plébiscité ces deux samedis et 99 % des riverains questionnés ont apprécié l’absence de voitures. »

Le bilan et l’évaluation de l’événement Lyon en Marche les 6 et 13 avril 2013 sont disponibles sur le site internet de la Jeune chambre économique de Lyon.

En 2016 et 2017, 5 000 personnes par samedi dans le bas des pentes piéton

Dans la foulée de la rue Paul-Chenavard en 2013, les Bas des Pentes, à l’instigation d’une association d’habitants, ont fait l’objet en 2016 et 2017, d’un test de piétonnisation. Six samedis, de 13 à 20 heures en 2016 et 2017, soit trois événements par an déployés sur dix rues entre la place des Terreaux et la rue Leynaud, c’est le défi que s’était lancée l’association des habitants du quartier des Capucins-Lyon-Les-Pentes autour des rues Romarin, Capucins, Sainte-Catherine, Désirée, Griffon et rues adjacentes.

Présidente de 2012 à 2017, Sidonie Verjat revient sur cette expérimentation. Outre les pouvoirs publics, le collectif de riverains a beaucoup œuvré avec le soutien des deux conseils de quartiers et des associations de commerçants du secteur Carré Romarin, rue Capucins, Village des Créateurs et My Presqu’île. « On sortait d’un plan de redynamisation du quartier. Ces piétonnisations ont recréé des liens. L’idée était de faire connaître les commerces, de faciliter leur accès dans un contexte événementiel d’animations. On a gagné en sérénité. Les gens se sont approprié l’espace. Les riverains ont apprécié de nouveau leur cadre de vie, la qualité du commerce différencié », analyse Sidonie Verjat.

« Nous avions un service de sécurité pour apaiser la circulation sur sept points de contrôle. Les véhicules de riverains et de secours étaient autorisés à circuler et les places de stationnement sont restées occupées. Ce service d’agents était financé par le budget local de la mairie du 1er. Notre piétonnisation fut l’un des spots forts de Re-Trouvailles, l’événement phare de My Presqu’île, notre partenaire. La mise en place d’une piétonnisation nécessite de la pédagogie, une bonne connaissance du contexte et de la configuration des lieux. Ainsi on avait exempté les clients d’un commerce qui vend du matériel lourd. Il faut également songer à gérer les éventuels déménagements », admet l’ex présidente, remplacée depuis janvier 2017 par Caroline Coste. Moyennant un coût de 5 000 € par an, la piétonnisation des Bas des Pentes fut un succès avec des flux de 5 000 personnes enregistrées par samedi. Pour les riverains, l’opération a apaisé leur quartier aux rues étroites qui font caisse de résonance. « C’était festif et bon enfant ! »

Sidonie Verjat : « Maîtriser l’espace qu’on libère »

Sidonie Verjat, habitante depuis quinze ans du 1er arrondissement, ajoute un bémol en cas de pérennisation de piétonnisation : « Nous avons montré que la piétonnisation en Presqu’île, ça marche. Notre crainte, c’est de ne pas être inclus dans le périmètre de l’expérimentation de la Métropole et que le flux de voitures se reporte sur la rue des Capucins. D’autre part, il y a un risque de population qui stagne, de déploiement de terrasses à outrance qui génèrent des nuisances pour les riverains. J’en veux pour preuve la rue de la République. Il faut faire en sorte que le quartier ne perde pas son identité, qu’il ne devienne pas un quartier vitrine comme le Vieux-Lyon par exemple. Il faut maîtriser l’espace qu’on libère. La question à se poser c’est par quoi on remplace les places de stationnement ? La piétonnisation est légitime si le but poursuivi est d’améliorer le cadre de vie des Lyonnais et ne pas se laisser déposséder. »

Nadine Micholin

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