CONFLIT Hôtels lyonnais ciblés sur Internet: les taxis assument

Le collectif à l’origine des attaques en ligne se fait appeler Front de défense des taxis.    Photo illustration Progrès   /Joël PHILIPPON
Le collectif à l’origine des attaques en ligne se fait appeler Front de défense des taxis. Photo illustration Progrès /Joël PHILIPPON

Au moins deux hôtels lyonnais ont été victimes d’une vague de commentaires péjoratifs sur Internet. Une opération initiée par des chauffeurs de taxi qui les soupçonnent d’orienter leur clientèle vers des VTC.

« Ce sont des méthodes de voyou ! » Ce patron d’un hôtel du 2e arrondissement de Lyon, qui souhaite rester anonyme, a eu une mauvaise surprise en allant travailler il y a une semaine. Dans la nuit du 22 au 23 juillet, une soixantaine de commentaires extrêmement négatifs – « établissement sale », « accueil détestable », etc. – ont été laissés sur les pages Google et Trip Advisor de son hôtel. « Assez maladroitement écrits », précise-t-il. La note de son établissement a plongé de 4,5 à 3,2, une catastrophe en période estivale, vis-à-vis des touristes étrangers notamment.

« L’attaque » a été menée par un collectif de chauffeurs de taxi indépendants, regroupé sous le nom de Front de défense des taxis , qui revendique de s’en être pris, via les notes TripAdvisor de leurs cibles, à un autre établissement lyonnais, le Campanile de la place Carnot (1) , dans le 2e arrondissement, et en avoir menacé plusieurs autres.

Leur porte-parole est un chauffeur de taxi et conseiller municipal de Vaulx-en-Velin , Mourad Ben Driss, qui ne se cache pas du tout d’être à la manœuvre. Le motif de la discorde : selon lui, plusieurs hôtels lyonnais dirigent leur clientèle vers des VTC plutôt que des taxis et se prennent une marge sur la course, via des commissions pour les réceptionnistes. « Certains établissements facturent environ 70 € la course pour l’aéroport Saint-Exupéry, contre 55 € en taxi », accuse-t-il.

Le parquet a ouvert une enquête

Le Front de défense des taxis, qui revendique une centaine de sympathisants, a commencé à menacer mi-juillet, et a ciblé le Campanile en premier. « On les a prévenus à propos des VTC, ils n’ont pas voulu écouter. Donc on a mis notre plan à exécution et on leur a fait mal. On a attaqué leurs notes en ligne, on les a un peu… charcutés », reconnaît Mourad Ben Driss. Finalement, le Campanile lui a promis de ne pas avoir recours à des VTC pour sa clientèle, et en échange, Mourad Ben Driss et ses amis du Front de défense des taxis ont fait remonter la note.

Même schéma, une semaine plus tard, avec un autre établissement du 2e arrondissement. Cette fois, le patron de l’hôtel a porté plainte, et rejette catégoriquement les accusations de ces chauffeurs de taxi : « On travaille avec un seul VTC, Michel, depuis dix ans, qui prend à peu près 5 % de nos courses. Sinon, que des taxis, et en moyenne, on fait appel à 200 courses par mois. Et quand bien même je ne ferais bosser que des VTC, je ne serais pas dans l’illégalité ! »

« Qu’il porte plainte !, répond Mourad Ben Driss. Je suis le porte-parole des 1 400 taxis de Lyon et les 60 000 taxis de France qui n’en peuvent plus de se faire voler. » La justice n’a pas pris l’affaire à la rigolade. Une enquête a été ouverte par le parquet et un commissaire est chargé de centraliser les plaintes d’hôteliers. Pour l’instant, il n’y en a qu’une. Google et TripAdvisor ont supprimé les avis frauduleux et les comptes liés, et les notes des deux établissements touchés sont revenues à la normale.

(1) L’établissement n’a pas souhaité répondre aux questions du Progrès.

« Ces méthodes sont détestables »

Laurent DUC président UMIH Hôtellerie française. Photo Le Progrès/ S. de C./UMIH
Laurent DUC président UMIH Hôtellerie française. Photo Le Progrès/ S. de C./UMIH

Laurent Duc , président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih), a reçu plusieurs messages sur Facebook de la part du collectif de taxi, qui estime qu’il favorise un recours des hôteliers aux VTC.

Une plainte collective va-t-elle être déposée par l’Umih?
« Les hôteliers déposent leurs plaintes s’ils le souhaitent. J’ai écrit au préfet et au président de la Métropole pour demander que ces gens soient suspendus pour leur chantage. C’est scandaleux de s’attaquer aux avis en ligne. Heureusement, il y a des lois qui permettent de supprimer ces faux commentaires. Google a été super réactif, et TripAdvisor a mis un peu plus de temps. »

Ils vous accusent de privilégier les VTC, est-ce vrai?
« Dans mon hôtel à Villeurbanne, je ne fais pas appel aux VTC. Nos clients, oui, certes, mais nous n’en appelons pas nous-mêmes. Je les laisse dire des inepties. Soi-disant que nous fermons les yeux pour laisser nos réceptionnistes toucher des commissions de la part des VTC… Ces méthodes sont détestables et délétères. »

Olivier PHILIPPE-VIELA

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