Mobilité "En bridant nos trottinettes Tier à 20 km/h, nous privilégions la sécurité"

Alex Souter, DG France de Tier. Photo Progrès /David TAPISSIER
Alex Souter, DG France de Tier. Photo Progrès /David TAPISSIER
Photo Progrès/David TAPISSIER
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Alex Souter, DG France de Tier. Photo Progrès /David TAPISSIER Photo Progrès/David TAPISSIER

En déployant sa nouvelle flotte à Lyon, le spécialiste allemand de la location de trottinettes électriques mise avant tout sur la sécurité et la durabilité, avec comme objectif de s’imposer en France, comme ils l’ont fait en Allemagne. Explication d’Alex Souter, directeur général France de Tier.

Les trottinettes Tier sont de retour à Lyon. La semaine dernière, elles avaient pourtant disparu. Que s’est-il passé ?

« Elles n’ont pas disparu très longtemps : nous les avons toutes collectées pour les remplacer ! Un modèle, plus solide était déjà en place à Paris et Marseille. Son arrivée ici est du coup assez logique. »

Vous êtes arrivé à Lyon en mars dernier. Qu’avez-vous appris en si peu de temps et qui vous a poussé à changer de modèle ?

« Nous sommes une toute jeune entreprise, fondée il y a tout juste un an ! Imaginez, notre première ville, c’était Vienne, en Autriche en octobre 2018 et depuis nous sommes présents en Europe dans 12 pays et 33 villes ! Notre objectif, c’est de gérer au mieux l’opérationnel. Nous avons fait le choix de la durabilité des engins car les habitudes en France et spécifiquement à Lyon ne sont pas les mêmes que dans d’autres pays. »

Quelles sont ces spécificités ?

« À partir de nos statistiques, nous avons constaté qu’à Lyon en particulier, les trottinettes étaient plus utilisées et que les trajets étaient plus longs que dans d’autres pays. Du coup, nos véhicules s’abîmaient plus vite. Nos premières trottinettes avaient une durée de vie de sept mois. Pour celles qui viennent de les remplacer, ce sera d’un ou deux ans. Durabilité rime avec adaptabilité et les anciens véhicules sur de Lyon, une fois réparés et reconditionnés, vont être placés dans une ville qui correspond plus à leurs usages. »

Justement, comment vous organisez-vous pour toute cette partie liée à réparation ?

« C’est un peu dans l’ADN de l’entreprise ! Notre PDG, Lawrence Leuschner, a été un des leaders européens du reconditionnement de produits. Du coup, l’opérationnel passe par une capacité de réparer et nous avons installé un atelier près de Lyon, avec cinq mécaniciens... Lorsque nous avons mis la première trottinette sur le marché, nous savions intégralement la réparer et par exemple, sur les 10 mois de présence à Lyon, aucune d’entre elles n’a été jetée. Elles ont toutes été réparées et/ou ont servi à la réparation d’autres trottinettes. Du coup, notre rentabilité est meilleure. »

Les utilisateurs des trottinettes sont souvent jeunes et de nombreux comptes créés semblent illégaux puisqu’il faut une carte bancaire. Qu’en est-il ?

« La fraude existe, nous le savons. Mais nous avons une équipe dédiée. Nous vérifions tous les numéros de téléphone et en général, une fois identifié le propriétaire du compte identifié, il pose en général moins de problèmes. D’ailleurs notre taux de fraude est très bas. »

Bon nombre de trottinettes ont terminé leur course dans l’eau à Lyon les premiers mois. Comment faire pour éviter que cela se produise ?

« Nous avons pris le parti de ne pas empêcher les utilisateurs de rouler près des cours d’eau mais par contre, ils ne peuvent pas se garer à proximité du Rhône ou de la Saône. L’engin ralentit et ne peut être rendu et c’est assez dissuasif. De plus, la nouvelle trottinette est plus lourde et n’est pas facile à porter et à jeter… »

Lyon a anticipé la loi LOM (1) avec sa charte. Quelle position avez-vous au sujet de cette dernière ?

« Chez Tier, nous aimons ce qui est encadré et on a bien aimé la vision à long terme proposée par la ville. La sécurité, la réparation durable mais aussi la mise en place de parkings dédiés, nous sommes pour. Nous voyons même plus loin en bridant nos trottinettes à 20 km/h, chiffre préconisé par le projet de la loi LOM. »

Le marché de la trottinette électrique est-il porteur ?

« Oui, il suffit de voir nos chiffres. Nous sommes aujourd’hui à 5 millions de trajets, le 1er million a été atteint en 190 jours, le 2e en 40, le 3e en 20 et désormais il nous faut 10jours… Nous sommes convaincus de la durabilité de nos engins et de notre modèle économique. Pour y parvenir, nous développons en parallèle des partenariats locaux comme avec Jazz à Vienne avec des véhicules à la sortie des trains à Lyon. Nous sommes les mieux placés en Europe et les marchés à prendre sont importants. »

Et l’avenir ? Quelles seront les prochaines innovations d’ici la fin de l’année ?

« Nous sommes une société de mobilité et de transport, et nous faisons évoluer nos véhicules en permanence… Un nouveau modèle est prévu en septembre et devrait arriver à Lyon d’ici l’automne. Quand aux tarifs, nous nous adaptons aux pays, plus cher dans les pays scandinaves, moins au Portugal. Ce qui est certain, c’est qu’ils ne bougeront pas d’ici septembre. »

(1) Le projet de loi d’orientation des mobilités (LOM) est un projet de loi français de 50 articles déposé en novembre 2018 et qui devrait poser les bases des nouveaux modes de circulation.

La nouvelle trott' de Tier vient d’arriver à Lyon

Photo Le Progrès/David TAPISSIER
Photo Le Progrès/David TAPISSIER

Les utilisateurs l’ont constaté… En fin de semaine dernière, les trottinettes vertes avaient disparu des rues de Lyon. Le départ de Tier de la capitale rhodanienne ? Pas du tout ! Il s’agissait simplement de récupérer l’ensemble de la flotte pour dispatcher les nouveaux modèles depuis le 21 juillet.

Terminé les ES4, le petit modèle que l’on retrouvait également chez VOI à Lyon. C’est une base semblable au véhicule des Européens de Dott : lourde (20 kg soit 30 % de plus que la précédente), des grosses roues, poignée de frein et klaxon dans le poignet. Le conducteur est plus haut, mais pour le confort, le rapport planche-guidon est le même.

Quelques différences toutefois, notamment au niveau de la partie électronique et GPS qui est en partie intégrée au tube central. De même pour le câble de frein qui n’est pas apparent. L’engin est également équipé d’un frein magnétique qui limite la trottinette à 20 km/h dans les descentes. Pourquoi ? Parce que Tier mise avant tout sur la sécurité : la vitesse augmente progressivement et surtout le véhicule est bridé à 20 km/h.

À noter que c’est un modèle qui est présent dans toutes les villes européennes où Tier est installé… à l’exception de l’Allemagne, où le cahier des charges est plus exigeant.

Propos recueillis par David TAPISSIER

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