ENVIRONNEMENT L’association Les jardins suspendus préserve son potager sur les toits de Perrache

En novembre 2017, l’association Les jardins suspendus a inauguré des bacs de compostage utilisés par une trentaine de foyers à proximité des jardins partagés.  Photo Progrès /Nadine MICHOLIN
En novembre 2017, l’association Les jardins suspendus a inauguré des bacs de compostage utilisés par une trentaine de foyers à proximité des jardins partagés.  Photo Progrès /Nadine MICHOLIN

Au 4e étage sur le toit terrasse côté Rhône du centre d’échanges, ouvert au public mais peu connu, l’association Les jardins suspendus de Perrache gère 26 parcelles de jardins partagés. L'occasion de créer du lien social toutes générations confondues.

Il faut avoir l’œil aiguisé pour repérer au 2e étage du centre d’échanges Lyon-Perrache (CELP), le logo lumineux proche de l’escalator et de l’ascenseur, qui indique la présence d’un jardin au 4e étage.

La découverte de ce lieu improbable est surprenante. Le toit terrasse végétalisé conçu en 1974, l’un côté Saône géré par la MJC Presqu’île Confluence et l’autre côté Rhône par l’association Les jardins suspendus de Perrache créé en 2011 (1) , fut l’un des premiers en Europe. Des arbres y sont plantés depuis 45 ans. Une brise légère agite les herbes folles. Le calme ambiant tranche avec le bruyant centre-ville en dessous, à proximité de la place Carnot et des rails de chemins de fer.

L’association Les jardins suspendus qui redonne vie à 1 000m2 d’espaces verts compte 40 adhésions soit environ 80 et 100 personnes. Des couples, des familles, des jeunes actifs, des étudiants, des retraités, tous les publics, principalement des locaux pour un tiers de Lyonnais provenant des 5e, 7e et 8e arrondissements. Les membres disposent de 26 parcelles personnalisables.

Le président Raphaël Desfontaines, successeur de Bruno Savi, en 2017 a obtenu que l’horaire de fermeture soit prolongé. Ainsi depuis octobre 2018 et toute cette année, le toit terrasse ouvre tous les jours à 6 h 30 le matin et ferme désormais à 21 h au lieu de 18 h 30.

Un lieu d’éducation à l’environnement et au développement durable

Ce jardin des relations humaines du centre de Lyon tel que le définit Daniel Boulens, ancien directeur des espaces verts de la Ville de Lyon, fait preuve d’écologie participative. Sous la houlette de l’association, le potager coloré et parfumé, dévoile quantité de fruits et légumes  : framboisiers, plantes aromatiques (romarin, thym, sauge), courgettes, aubergines, poivrons, tomates, choux, maïs, pommes de terre, lavande, rosiers… des arbres fruitiers (poiriers, péchés, abricotiers, kiwis…). Le tout bénéficiant d’un système d’arrosage automatique.

Les jardiniers en herbe disposent depuis 2016 d’une cabane en bois, projet élaboré avec l’école d’architecture de Lyon qui sert d’espace de stockage de matériaux. Et, en novembre 2017, l’association a également inauguré des bacs de compostage utilisés par une trentaine de foyers.

«  Notre association favorise le lien social et la responsabilité citoyenne. Elle développe des actions de pédagogie » souligne Raphaël Desfontaines, jeune père qui amène régulièrement ses trois enfants sur le site. « En marge de nos séances collectives de jardinage deux samedis après-midi par mois, on pratique des visites pour les écoles, les crèches, les étudiants en urbanisme. On a noué un partenariat avec le CRBA (centre de recherche botanique appliquée). En juin dernier, le festival Lyon City Demain a investi le quartier de Perrache. On contribue à la biodiversité avec la présence d’abeilles sauvages, bourdons, différentes espèces d’oiseaux, scarabées… » se réjouit le président, fier d’avoir 600 personnes qui suivent l’association sur Facebook.

(1) Deux jardins et aires de jeux suspendus de 12 000 m2 dont 4 000m3 de terre végétale jusqu’à 1,40 m d’épaisseur.

Quel avenir pour le toit terrasse ?

Sur le toit terrasse côté Rhône (6 000m2), les bassins d’eau délabrés ne fonctionnent plus depuis plus de vingt ans en raison de l’étanchéité défectueuse sous la dalle de la terrasse et les jeux pour enfants ont disparu. Seul subsiste le sol rouge très abîmé. Sécurité oblige, la terrasse ne peut accueillir qu’une vingtaine de personnes en raison d’un seul accès. Photo Progrès /Nadine MICHOLIN
Sur le toit terrasse côté Rhône (6 000m2), les bassins d’eau délabrés ne fonctionnent plus depuis plus de vingt ans en raison de l’étanchéité défectueuse sous la dalle de la terrasse et les jeux pour enfants ont disparu. Seul subsiste le sol rouge très abîmé. Sécurité oblige, la terrasse ne peut accueillir qu’une vingtaine de personnes en raison d’un seul accès. Photo Progrès /Nadine MICHOLIN

« Nous aimerions être acteurs du projet de réhabilitation du centre d’échanges et être consultés afin que nos jardins soient préservés. Nous avons une crainte, que la gestion du lieu soit transférée ou privatisée » mentionne Raphaël Desfontaines. Comme ses adhérents, le président de l’association Les jardins suspendus s’inquiète qu’une éventuelle rénovation du toit terrasse ne lui échappe, au sein de ce bâtiment propriété de la Métropole mais dont les espaces verts sont gérés par la Ville de Lyon. Il veut faire entendre sa voix auprès des deux collectivités afin que cette terrasse demeure végétale.

À l’heure où le conseil municipal du 1er juillet a approuvé de nouvelles conventions de mise à disposition à titre gratuit des terrasses, uniquement sur une durée d’un an, pour les deux associations Les jardins suspendus de Perrache côté Rhône (valeur locative estimée à 3 700 €) et la MJC Presqu’île Confluence côté Saône (valeur locative estimée à 2 400 €), le maintien de ces jardins est aussi une priorité pour la mairie du 2e et son adjoint aux espaces verts, Xavier Calmard;

« On se bat pour préserver les seuls jardins partagés du nord de la Presqu’île et protéger cet espace vert avec les arbres. Nous avons obtenu un an de sursis avec une convention qui court jusqu’en 2020. Après on ne sait pas ce qui va se passer. Quand on voit ce qui a été réalisé sur le parking des Halles-de-Paul-Bocuse , on peut craindre pour l'avenir une transformation en rooftop » estime l’élu.

Maigre consolation, la crèche du centre échanges Lyon-Perrache qui devait déménager à l’étage inférieur, est maintenue sur le toit terrasse jusqu’en 2 023. Ce qui laisse un peu de répit et une lueur d’espoir...

Nadine MICHOLIN

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