TRANSPORTS Métropole de Lyon : trop chère la gratuité des TCL

278 communes sont desservies par le réseau TCL sur un territoire de 1,8 million d’habitants. 480 millions de voyages ont été enregistrés en 2018. Photo Progrès/Joël PHILIPPON
278 communes sont desservies par le réseau TCL sur un territoire de 1,8 million d’habitants. 480 millions de voyages ont été enregistrés en 2018. Photo Progrès/Joël PHILIPPON

Alors que le débat pourrait resurgir lors des municipales, le Sytral a commandé une étude d’impact de la mise en place d’une gratuité de son réseau. Résultat : celle-ci compromettrait le développement du réseau et générerait des millions d’euros de déficit. Explications.

Selon l’équipe de chercheurs du Laboratoire aménagement économie transport (LAET), aucun réseau de l’importance de celui des TCL n’a mis en place la gratuité des transports. L’étude s’appuie, donc, sur des modèles de réseaux français gratuits, mais plus réduits.

Une gratuité « plus chère » à Lyon

Premier constat, les conséquences de la gratuité sont moins importantes pour les villes moyennes où la fréquentation était initialement faible et l’impact financier réduit de par la taille de leurs réseaux. L’abandon du transport payant, dans ces villes, visait d’ailleurs à redynamiser leur centre et à accroître la fréquentation des transports en commun.

Le scénario est différent à Lyon. Entre 2001 et 2018, l’offre des TCL a progressé de 42 % et sa fréquentation de 58 %, passant de 303 millions à 480 millions de voyages.

Ainsi, chaque jour, l’exploitation du réseau TCL représente 1,2 million d’euros pour le Sytral, soit des coûts d’exploitation cinq fois supérieurs, comparés aux dix plus grands réseaux (dont Aubagne, Dunkerque et Niort) qui ont opté pour la gratuité.

Pas moins d’automobilistes

La gratuité pourrait accroître la fréquentation du réseau lyonnais de 15 à 30 %. Positif. Sauf que le gain de fréquentation proviendrait davantage de la marche à pied et du vélo, que d’un report de la voiture vers les transports en commun, révèle l’étude. A Lyon et Villeurbanne, cela se traduirait par une baisse de 7 % des déplacements à pied et 15 % des déplacements à vélo.

Un déficit annuel triplé

Une augmentation de la fréquentation liée à la gratuité, conduirait à adapter l’offre et générerait des coûts supplémentaires. Selon le LAET, le déficit annuel du Sytral serait triplé à court terme et pourrait atteindre plus de 500 millions d’euros par an en 2030. Car, certes, la gratuité réduit certaines dépenses d’exploitation - la distribution des titres de transport et les contrôles (20 millions d’euros) seraient supprimés - mais celles-ci ne représentent que 5 % du coût d’exploitation du réseau.

Ainsi, selon les chercheurs consultés, « la gratuité compromettrait le développement du réseau TCL sur le long terme et stopperait la dynamique vertueuse mise en place depuis plus de quinze ans par le Sytral en matière de financement et de maîtrise des charges ».

Vers une tarification plus « solidaire » ?

En attendant, le Sytral s’oriente d’autant moins vers la gratuité que les tarifs TCL continuent, eux, d’augmenter (+1,7 % depuis 2017). « Pour suivre le rythme d’évolution des charges de fonctionnement, notamment de l’énergie », justifie l’autorité organisatrice des transports.

L’étude réalisée pointe, cependant, un chantier à ouvrir : celui d’une amélioration de la « tarification solidaire » au travers d’un « quotient familial métropolitain » instaurant une gamme de réduction prenant mieux en compte la diversité des revenus des personnes.

D. MENVIELLE

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