LOISIRS Oumou, une femme chef d’entreprise, dans la nuit lyonnaise

Accompagnée par son fils Bakary, Oumou aimerait ouvrir une galerie d’art africain, un domaine qu’elle connaît bien. Photo Progrès /Éric BAULE
Accompagnée par son fils Bakary, Oumou aimerait ouvrir une galerie d’art africain, un domaine qu’elle connaît bien. Photo Progrès /Éric BAULE

Oumou a toujours été surnommé Prune dans son établissement. Elle dirige la discothèque le Black & White depuis dix-huit ans, dans le Vieux Lyon. Rencontre.

Oumou, yeux pétillants, élégante et voix douce, telle est la propriétaire du Black and White, petite boîte chic sur les quais de Saône, dans le Vieux Lyon.

Oumou, est d’origine malienne et possède un surnom tout en poésie : “Prune”.

«Cette discothèque a été créée en 1992 par Madou, mon mari, parce que les gens de couleur avaient du mal à rentrer dans les boîtes de nuit. Madou avait créé auparavant l’Ebony, le Dogon, le New Bloom et la Canne à sucre, avant d’ouvrir le Madness, devenu le Black & White.»

On venait de Genève ou de Paris

Avant d’être une patronne dans le business de la nuit, Oumou a fait des études de coiffure à Carita Paris dans les années 1980 puis elle a travaillé dans un salon du 6e arrondissement de Lyon. «On accueillait les “people”, le gratin du sentier lyonnais et les stars de passage comme Mourousi», rappelle-t-elle.

Le Black & White a acquis, sous l’ère de son époux, une renommée auprès d’une clientèle afro européenne qui « devait assurer » sur la tenue pour rentrer.

Défilé de mode, exposition de photos, concours et show divers, les gens venaient de Genève ou de Paris, le lieu étant aussi agrémenté de rares statues Dogons que Madou, amateur d’art, avait collectionnées.

De mère à cheffe d'entreprise

Mais à l’orée de l’été 2001, Madou, malade d’un cancer, s’éteint. Sa femme s’accroche et s’appuie sur un personnel expérimenté.

« Ma stature de femme qui élevait ses deux adolescents, s’est transformée en dirigeante d’entreprise du jour au lendemain. Il fallait survivre », assure-t-elle avant d'ajouter : « J’ai dû apprendre vite mais il m’a fallu m’adapter, mes enfants étaient trop jeunes à l’époque. »

2008 est l’année de la transformation. De gros travaux modernisent le lieu et une fresque du visage de Madou est réalisée par Frank Deust, designer et architecte.

Son fils, Bakary, se charge de la programmation et de la communication. « Nous passons une musique tendance de qualité, comme les tubes d’Aya Nakamura que j’adore, notre clientèle est au top, nos produits haut de gamme, la décoration est tendance. C’est une petite maison mais une grande famille où le savoir-vivre respire. »

« On me surnomme Tantine ou Mama »

Puis elle est récompensée de l’Ordre national du mérite pour le melting-pot de sa clientèle. « C’est une reconnaissance. »

Quand on lui demande si ça change quelque chose d’être une femme dans le milieu de la nuit, elle répond qu’elle est très respectée.

« On me surnomme Tantine ou Mama. Ce métier doit suivre le proverbe cher à mon mari : “Vivons heureux, vivons cachés.” » Prune en a fait sien. Et mûrit dans un coin de sa tête, un rêve cher: « Je souhaite ouvrir une galerie d’art africain. Mon mari me soutiendrait ».

De notre correspondant Éric BAULE

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