TRANSPORTS Piétonnisation de la Presqu’île : comment le lobby du vélo fait entendre sa voix

La rue Édouard-Herriot.  Photo Le Progrès
La rue Édouard-Herriot. Photo Le Progrès
La rue Édouard-Herriot comme envisagée dans le plan de végétalisation présenté par Gérard Collomb.
La rue Édouard-Herriot comme envisagée dans le plan de végétalisation présenté par Gérard Collomb.
La rue Édouard-Herriot.  Photo Le Progrès La rue Édouard-Herriot comme envisagée dans le plan de végétalisation présenté par Gérard Collomb.

Le collectif de la Ville à Vélo distribue bons et mauvais points aux candidats Collomb et Kimelfeld sur leurs projets politiques de mobilité et d’aménagement urbain pour la Presqu’île. Mieux, il entend être force de proposition et peser dans le débat.

Il y a eu la conférence de presse de Gérard Collomb annonçant son plan de végétalisation pour la Presqu’île et la levée de bouclier presque immédiate, sur les réseaux sociaux, de la part de la communauté cycliste lyonnaise. Quelques jours plus tard, il y a eu la conférence de presse de David Kimelfeld, pour proposer la piétonnisation de la Presqu’île et cette fois-ci, dans la foulée, sur les réseaux, cette même communauté cycliste a applaudi des deux mains.

Une distribution de bons points et de mauvais points dont ne se cache pas, par exemple Fabien Bagnon, de la Ville à Vélo , cette association qui milite pour développer et améliorer les aménagements cyclables afin de permettre à tous les grands lyonnais qui le souhaitent de se déplacer à vélo dans de bonnes conditions. Et qui, avec ses 1 500 adhérents, ne souhaite pas seulement jouer les arbitres.

Bien au contraire. Echanges de SMS avec Alain Giordano, adjoint aux espaces verts à la ville de Lyon, réunion en vue avec Gérard Collomb, discussions plus soutenues avec David Kimelfeld, le collectif entend peser, être force de proposition dans le débat. Le Vélo en ville intensifie son lobby et ne s’en cache pas. « Nous avons une posture apartisane. Nous ne roulons pour personne mais nous affichons nos positions d’influenceur très publiquement et de manière très prononcée. Quand cela ne nous plaît pas ou que c’est un peu fort de café, on le dit. »

Quitte à le dire de manière très ironique voire cynique, à l’image du croquis que l’association a fait circuler après les annonces du maire de Lyon. On y voyait l’entrée de la rue Édouard-Herriot. Des espaces végétalisés sur une partie de la chaussée. Le reste étant occupé et partagé entre la voie de bus et la piste cyclable. Interdit aux voitures.

« Le maire de Lyon fait une erreur d’appréciation sur ce qu’attendent les Lyonnais »

« Ce n’est pas qu’on soit contre la végétalisation de la Presqu’île, bien au contraire. Personne ne peut être contre et c’est une bonne idée en soi. Mais quand même, l’annonce de Gérard Collomb était maladroite. Sur les esquisses qu’il présente, il installe les bacs sur la voie de bus et la piste cyclable », explique le militant vélo et d’ajouter : « On avait essayé de l’alerter sur ce sujet quand on l’avait vu, le maire de Lyon fait une erreur d’appréciation sur ce qu’attendent les Lyonnais. À cause, ou en raison des Gilets jaunes, il a une lecture très nationale des déplacements. Sans doute a-t-il l’impression que la mobilité se trouve du côté des voitures. Mais cette grille de lecture ne peut s’appliquer à la Métropole et encore moins à la Presqu’île où 15 % seulement des déplacements se font en voiture. Cela veut dire que 85 % des gens se déplacent autrement dans ce secteur. »

Les commentaires laissés sur le site de la concertation lacé par la ville de Lyon semblent le laisser croire puisqu’une grande majorité des contributions écrites sur la plateforme collaborative s’avèrent être contre la suppression des voies de bus et vélo… « Nous-même, on a été surpris par l’ampleur de la contestation. »

À l’exact opposé, l’expérimentation proposée par David Kimelfeld a reçu un vif succès. Sur les réseaux, les émojis ont des étoiles dans les yeux, on échange sur les villes européennes qui ont déjà sauté le pas et on sent venir « le vent du changement ».

« On est content car après les Marches pour le climat, on lui avait demandé qu’une expérience de genre soit menée avant la fin du mandat. Pour nous c’est même une victoire. Car la piétonnisation de la Presqu’île était une de nos préoccupations majeures en vue des élections de 2020. On pensait l’agiter en septembre avec nos propres propositions. Mais le sujet arrive alors que l’on est seulement en pré-campagne. Cela va être un enjeu. »

« Nous sommes favorables à pérenniser la piétonnisation tous les jours de l’année »

Testée à partir de septembre, l’expérimentation pourrait devenir pérenne. La perspective est celle de 2021. « Nous sommes favorables à pérenniser la piétonnisation tous les jours de l’année. C’est ce que nous allons demander en participant à la discussion. »

Le collectif ne compte pas s’arrêter là. Dans leur ligne de mire, les quais du Rhône pour lesquels ils imaginent une large piste cyclable à double sens, à créer pourquoi pas sur le terre-plein de stationnement. A l’image de ce qui est en train de voir le jour, dans le 4e arrondissement, sur le cours d’Herbouville. Mais ceci est une autre histoire.

Tatiana VAZQUEZ

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