EVENEMENT Refugee food festival: les cuisines lyonnaises s’ouvrent sur le monde

Ravigote participe pour la 3e fois : Armand (à droite) en 2017 et Sadia en 2018 (au centre) ont été accueillis par le chef Xavier Radojewski au sein de son établissement.  Photo Progrès/David TAPISSIER
Ravigote participe pour la 3e fois : Armand (à droite) en 2017 et Sadia en 2018 (au centre) ont été accueillis par le chef Xavier Radojewski au sein de son établissement.  Photo Progrès/David TAPISSIER

Du 13 au 23 juin, huit restaurants lyonnais ouvriront leurs cuisines à des chefs réfugiés. L’objectif ? Faire évoluer les regards et découvrir à travers différents établissements, la richesse des cuisines du monde. Gros plan sur Ravigote, qui y participe pour la troisième fois.

Lyon, Capitale de la gastronomie. Un titre qui colle à la peau de la capitale rhodanienne, riche de spécialités, de tables de qualité mais également d’une richesse impressionnante de goûts et de saveurs. Rien de bien surprenant de voir la ville participer à ce qui se fait de mieux comme festival en la matière.

Parmi eux, le Refugee Food Festival, pour sa 3e édition. Et parmi les restaurants ayant répondu présent dès 2017 à Lyon,Ravigote , situé rue Mazenod dans le 3e arrondissement. Une évidence pour le chef Xavier Radojewski. « J’ai vu la première édition en 2016 à Paris et j’ai été emballé par le concept : mettre à l’honneur des réfugiés, des personnes pétries de talent mais sur lesquelles on ne mise pas. J’ai évidemment adhéré dès 2017… et j’ai eu la chance de faire deux belles rencontres ».

À ses côtés, Armand Hasanpapaj et Sadia Hessabi. Le premier est Albanais et a œuvré en 2017, la seconde, Afghane, était derrière les fourneaux en 2018. Une expérience incroyable pour les trois chefs mais surtout une main tendue synonyme d’opportunité et de travail, pour les deux réfugiés.

Danseur professionnel en Albanie

Aujourd’hui âgé de 22 ans, Armand débarque en France en 2012. En Albanie, il vit de la danse. À son arrivée, il est en terre inconnue. Sans papier. Il ne parle pas un mot de français. Il commence par apprendre la langue de Molière puis décide de suivre la passion de sa mère qui était pâtissière en Albanie. « Pour moi, la danse et la cuisine ont un côté artistique. En plus d’être bon, une assiette doit être belle » explique-t-il. Et comme un danseur étoile, il brille : il se forme et enchaîne les concours avec succès. Actuellement en 2e année de BTS, il reconnaît que sa formation l’aide à s’intégrer. « Chez Ravigote, j’ai adoré montrer nos spécialités le temps du festival… ».

Cette année, ce sera dans la soirée du vendredi 21 juin, au Bistrot du Potager, à Gerland qu’il officiera.

Arrive seule d’Afghanistan

C’est à 14 ans en juin 1991 que Sadia débarque en France. La jeune fille a perdu sa famille en Afghanistan. Elle apprend le français en trois mois… La suite ? Lyon en 1998, et vingt ans à travailler au centre hospitalier du Vinatier… Et la cuisine dans tout ça ? « Ma mère cuisinait tout le temps. Mais le goût, les odeurs… tout est revenu lorsque je suis tombée enceinte. J’ai commencé par monter un site internet avec toutes les recettes. Depuis deux ans, je suis en disponibilité et j’ai monté mon auto-entreprise, un traiteur afghan, «Kaboul Lyon». La cuisine, c’est du partage et l’expérience du festival est extraordinaire. Imaginez, je vais cuisiner cette année  au Central, le restaurant à Roanne ! ». La cuisinière s'installera en effet les 13 et 14 juin, à midi dans le célèbre établissement des frères TroisGros.

Deux exemples, deux sources d’inspiration, qui souhaitent par leurs actions, révéler de nouvelles vocations parmi les réfugiés…

Les plats sont de savants mélanges  ici une crème de cosses de petits pois et Pekora (une galette Afghane aux légumes)  Photo Progrès /David TAPISSIER
Les plats sont de savants mélanges ici une crème de cosses de petits pois et Pekora (une galette Afghane aux légumes) Photo Progrès /David TAPISSIER

Le Refugee Food Festival est un festival culinaire né d’une initiative populaire, à Paris en 2016, qui se déroule autour du 20 juin, journée mondiale des réfugiés.

Dès l’édition suivante, le nombre de villes qui participe au festival s’élargit : 13 villes notamment Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Paris et Strasbourg en France — et sept pays d’Europe en 2017, puis 14 villes et huit pays dont les États-Unis et l’Afrique du Sud en 2018.

Pour la 4e édition, 15 villes participeront et sur Lyon pas moins de huit établissements. L’objectif, c’est de proposer des lieux allant de la cantine de quartier à l’étoilé. On retrouvera Les Muses de l’Opéra, les Petites Cantines, le Bistrot du potager et même Le Central à Roanne.

Comment ça marche ? Ce sont des collectifs locaux qui organisent le festival dans chaque ville. Le principe est d’inviter un chef cuisinier réfugié statutaire ou ancien réfugié à cuisiner dans un restaurant, afin qu’il y prépare des recettes de son pays d’origine ou des recettes créées en collaboration avec l’équipe du restaurant qui l’accueille.

L’objectif est de permettre l’échange et la rencontre, le temps d’un festival gourmand et solidaire, d’aider les chefs réfugiés dans leur insertion professionnelle et leur recherche d’emploi, mais aussi de permettre au public de changer de regard face aux réfugiés.

Refugee Food Festival, du 13 au 23 juin à Lyon.

David TAPISSIER

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