HISTOIRE Lyon sous l’Occupation, les photos inédites prises par les Allemands

Cours Gambetta photographié par l'occupant allemand.  Photo Progrès /DR/Collection Nicolas Andry
Cours Gambetta photographié par l'occupant allemand. Photo Progrès /DR/Collection Nicolas Andry
Lyon, place des Terreaux photographié par l'occupant allemand. Progrès/DR/Collection Nicolas Andry
Lyon, place des Terreaux photographié par l'occupant allemand. Progrès/DR/Collection Nicolas Andry
On se photographie aux Gratte-Ciel à Villeurbanne. Progrès/DR/Collection Nicolas Andry
On se photographie aux Gratte-Ciel à Villeurbanne. Progrès/DR/Collection Nicolas Andry
Les Tirailleurs Sénégalais aux Terreaux. Progrès/DR/Collection Nicolas Andry
Les Tirailleurs Sénégalais aux Terreaux. Progrès/DR/Collection Nicolas Andry
Devant le café du Moulin à Vent, place Bellecour. C'est ici que sera installée en 1948, la statue du Veilleur de pierre. Progrès/DR/Collection Nicolas Andry
Devant le café du Moulin à Vent, place Bellecour. C'est ici que sera installée en 1948, la statue du Veilleur de pierre. Progrès/DR/Collection Nicolas Andry
L'ouvrage a été publié à compte d'auteur.  Progrès/Photo Nicolas Andry
L'ouvrage a été publié à compte d'auteur. Progrès/Photo Nicolas Andry
Cours Gambetta photographié par l'occupant allemand.  Photo Progrès /DR/Collection Nicolas Andry Lyon, place des Terreaux photographié par l'occupant allemand. Progrès/DR/Collection Nicolas Andry On se photographie aux Gratte-Ciel à Villeurbanne. Progrès/DR/Collection Nicolas Andry Les Tirailleurs Sénégalais aux Terreaux. Progrès/DR/Collection Nicolas Andry Devant le café du Moulin à Vent, place Bellecour. C'est ici que sera installée en 1948, la statue du Veilleur de pierre. Progrès/DR/Collection Nicolas Andry L'ouvrage a été publié à compte d'auteur.  Progrès/Photo Nicolas Andry

Passionné d’histoire, Nicolas Andry est un collectionneur. Au fil des années, il a acquis des photos rares et inédites sur Lyon prises par l’occupant en juin 1940 qu’il a publiées dans un petit ouvrage «Objectif Lyon !».

Les photos sont en 24x36. On peut y voir Lyon comme jamais, à un de ses moments les plus sombres de sa longue existence. Il y en aura d’autres. Mais en juin 1940, les Lyonnais l’ignorent encore. Pour l’instant, ils encaissent.

L’arrivée des Allemands par le Nord les stupéfie, sans doute, eux qui, en ces premiers jours de défaite sont pris sur le vif, photographiés à Bellecour, aux Terreaux ou rue de la République par… l’occupant allemand. C’est bien là toute la spécificité du petit ouvrage que vient de publier Nicolas Andry à compte d’auteur. « Objectif Lyon, c’est l’histoire d’un soldat allemand qui, en amateur, photographie Lyon occupé ». Des documents rares, voire inédits qu’il a trouvés, rassemblés patiemment comme un petit trésor. Nicolas Andry est collectionneur.

Ils bazardent les « souvenirs de guerre »

À 53 ans, ce natif des Ardennes cultive les passions. Des études lyonnaises d’art graphiques à La Martinière puis à l’école Emile-Cohl lui permettent d’entrer dans le monde de la pub, du jeu vidéo et du dessin. Tandis que son passé familial le conduit dans les couloirs du temps. Son goût pour l’histoire, prend racine dans ses terres du Nord-Est où il « dessine des petits soldats et fait un peu de BD », mais surtout via sa « collection de vieilles images allemandes ». Un père prof d’allemand le fait s’intéresser aux voisins d’outre-Rhin.

Il met la main sur des archives incroyables. « Une partie de la jeunesse allemande s’est débarrassée de son passé » Certains vendent leur album de photos de famille, bazardent les « souvenirs de guerre » de leurs parents. Ces photos qu’il a dégotées via internet racontent l’histoire de l’Allemagne et de l’occupation allemande en Pologne, en Russie et en France surtout. Certaines ont été arrachées des albums et on devine au dos des annotations en allemand. Leur prix varie, selon le document, de 1 à 500 €. Aujourd’hui, il a dans ses cartons environ 200 photos. Une cinquantaine a été prise à Lyon ou dans l’agglomération.

« Ma vision a changé, à cause de ces images-là »

« En arrivant à Lyon, déclarée Ville ouverte, les Allemands font presque du tourisme, appareil photo portable en main », explique l’auteur. Ils se photographient, souvent entre eux, parfois au milieu des Lyonnais.

Ce qui l’a marqué ? Le regard droit dans l’objectif comme par défi, d’une partie du bataillon des tirailleurs sénégalais du 25e RTS. Mais aussi « la vie quotidienne. J’ai eu la sensation que cette place Bellecour, ces Terreaux, ces quais de Saône avaient vraiment une histoire très chargée. Ma vision a changé depuis, à cause de ces images-là ».

« Objectif Lyon ! » Nicolas Andry. 23 €. Ouvrage disponible : contact@nicoandry.com

Lyon, en juin 1940…

Dans la nuit du 17 au 18 juin
Le préfet du Rhône donne l’alerte : « Les Allemands arrivent sur Lyon, la ville va être bombardée et nous n’avons rien pour nous défendre »… Lyon doit être déclarée ville ouverte et elle le sera le 18 juin 1940. Les dépôts d’essence de Collonges-au Mont-d’Or et du port Edouard-Herriot sont incendiés.

Le 19 juin
Villefranche est occupée. Deux bataillons de tirailleurs sénégalais (25e RTS) prennent position vers Chasselay- Montluzin. Ils résistent puis succombent. Les survivants sont massacrés. À 13 h, l’armée allemande est à Neuville puis entre à Lyon.

Le 22 juin
L’armistice est signé avec l’Allemagne. Les Lyonnais voient arriver sur les places publiques, matériel militaire et drapeaux à croix gammée. Lyon vit à l’heure allemande jusqu’au 7 juillet. L’occupant se retire au nord de la ligne de démarcation. Il reviendra en novembre 1942.

« L’idée est d’interpeller les jeunes »

Nicolas Andry, l’auteur  d' "Objectif Lyon !"   Photo Progrès /Aline DURET
Nicolas Andry, l’auteur d' "Objectif Lyon !" Photo Progrès /Aline DURET

Ses photos en noir et blanc en main, Nicolas Andry s’est transformé en guide ou plutôt en enquêteur et se balade à Lyon, mais aussi dans plusieurs communes de l’agglomération ou du département, comme Villefranche-sur-Saône, Chasselay, Caluire ou Villeurbanne.

« J’ai essayé de retrouver les mêmes endroits où chaque cliché a été pris, avec mon scooter pour comparer ». Puis il accompagne le tout de dessins et d’un commentaire succinct sous forme de question-réponse.

« L’idée est de faire un clin d’œil aux historiens et d’interpeller les jeunes. Je leur dis, regardez comment on peut envisager l’histoire autrement. Regardez à quoi peut mener un système autoritaire, en montrant ce qui s’est passé à Lyon ».

Aline DURET

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