Vie municipale Ecrans numériques: à Lyon, Bellecour peut-il devenir Broadway ?

Times Square à New York. « Avec le nouveau règlement local de publicité, Bellecour ou la Croix-Rousse vont devenir des places publicitaires. Ce sera bientôt Broadway », craint Marie-Agnès Cabot, conseillère dans le 4e arrondissement. Photo Progrès /iStockphoto
Times Square à New York. « Avec le nouveau règlement local de publicité, Bellecour ou la Croix-Rousse vont devenir des places publicitaires. Ce sera bientôt Broadway », craint Marie-Agnès Cabot, conseillère dans le 4e arrondissement. Photo Progrès /iStockphoto

Au détour d’une délibération en conseil du 4e arrondissement, David Kimelfeld, maire croix-roussien et président de la Métropole, a réaffirmé sa position sur les écrans vidéo publicitaires qui pourraient être autorisés dans le prochain règlement local intercommunal.

« La caricature ne fait pas avancer le dossier. » Ce lundi soir, au détour d’une délibération à voter au conseil du 4e arrondissement, le maire croix-roussien, a troqué sa casquette d’édile de proximité pour revêtir celle de président de la Métropole. Le temps d’une réponse à Marie-Agnès Cabot, conseillère EELV, David Kimelfeld, a tenu à mettre les points sur les « I ».

Elle venait de prendre le prétexte de l’attribution de subventions complémentaires pour les illuminations 2018 afin d’aborder la question de « l’embellissement » de la ville et parler de la place de la publicité dans l’espace public.

Il y a quelques semaines, une bâche publicitaire surplombant le veilleur de pierre à Bellecour avait fait l’actualité en scandalisant les anciens combattants et amis de la Résistance. Le magistral burger dégoulinant de sauce qu’on y voyait était considéré par certains une atteinte à ce lieu de mémoire.

Prises à partie, les autorités publiques avaient fait en sorte qu’elle soit retirée avant la cérémonie aux victimes et héros de la déportation du 28 avril. « Avec le nouveau règlement local de publicité, Bellecour ou la Croix-Rousse vont devenir des places publicitaires.

Ce sera bientôt Broadway », a affirmé l’élue en faisait référence aux écrans géants de Time Square, à New York. Et d’appeler dans la foulée à la « vigilance ».

Une longue concertation

Alors que le projet de Règlement local de publicité intercommunal (RLPI) est en cours de rédaction par les services de la Métropole, il prévoit à ce jour, la possibilité d’installer des écrans vidéo publicitaires dans la ville. Ils étaient jusqu’ici interdits.

Avec la multiplication des bâches publicitaires de chantier sur les façades de la ville, c’est l’un des points d’achoppement avec les associations, comme le collectif Plein la vue , qui depuis plus d’un an et demi, mènent un travail de fond pour convaincre les élus de la Métropole de la « gabegie » que représenteraient ces écrans dans l’espace public.

En parallèle de la concertation officielle lancée par la collectivité sur le sujet, les militants anti-pub avec l’Union des Comités d’Intérêts Locaux (UCIL) de la Métropole lançaient également la leur. 8 000 personnes répondaient à leur enquête  : 97 % d’entre eux se disaient défavorables à voir des écrans numériques publicitaires fleurir dans les rues.

« On a lancé une longue concertation. Dans le 4e arrondissement, il y a eu zéro contribution », a souligné le maire de la Croix-Rousse. En président, il a ajouté : « On a beaucoup progressé, écouté les associations sur ce dossier même si on peut toujours considérer que l’on ne va pas assez loin. Notre règlement sera un de ceux qui auront le mieux su préserver le centre et le patrimoine historique de la ville. Évidemment, des panneaux comme à Broadway ou le centre de Londres, ce n’est pas ce qu’on veut pour cette ville. »

Le projet de Règlement local de publicité intercommunal sera arrêté au mois de juin pour un vote définitif en 2020.

Juste avant les élections municipales et métropolitaines.

« La Métropole peut encore interdire ces écrans et doit le faire »

« Depuis plus d’un an, nous expliquons par A + B que ces écrans vidéo publicitaires sont nocifs : pollution lumineuse, gaspillage énergétique, dangers pour la santé, surtout celle des enfants, risque accru d’accidents… Aujourd’hui, nous ajoutons à ces arguments scientifiques et à la désapprobation des habitants, la dimension juridique. A contrario, nous attendons toujours les arguments de la Métropole nous expliquant en quoi ces écrans sont bénéfiques pour notre cadre de vie, objet premier du Règlement local de publicité. » Le président du collectif « Plein la vue », Benjamin Badouard, ne mâche pas ses mots. Son dernier communiqué est une demande expresse adressée à la Métropole qui peut « encore interdire ces écrans et doit le faire. »

Alors qu’il a demandé à rencontrer David Kimelfeld, Gérard Collomb et Jean-Paul Bret sur la question, son collectif a, dans la foulée, envoyé un courrier à chaque élu métropolitain et chaque maire pour qu’ils se prononcent contre l’interdiction de ce dispositif. Il veut rendre publique la position de l’ensemble des élus d’ici le mois de juin. « S’il s’avère que le projet de RLPi n’acte pas la demande d’interdiction exprimée de manière massive par les habitants, dit-il, nous appelons par ailleurs chaque élu communautaire à voter contre l’arrêt du projet de RLPi en l’état et chaque maire à prononcer un avis défavorable à ce projet dans le cadre des consultations obligatoires. »

Tatiana VAZQUEZ

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