Patrimoine Un luthier lyonnais restaure un exceptionnel  Stradivarius

Le luthier lyonnais Alexandre Snitkovski, au travail dans son atelier. / Photo Progrès   /DR
Le luthier lyonnais Alexandre Snitkovski, au travail dans son atelier. / Photo Progrès /DR

Alexandre Snitkovski vient d’achever la restauration d’une pièce unique : un violon fabriqué au XVIIIe  siècle par le maître Antonio Stradivari. L’instrument a été remis à son propriétaire, l’orchestre philharmonique d’Israël.

Il est rare de pouvoir admirer en 2019 un violon fabriqué par Antonio Stradivari (1644-1737), dit Stradivarius. Sur le millier d’instruments, violons et violoncelles, sortis de ses mains, environ 300 seulement sont encore conservés. Et certains, la moitié à peu près, le sont dans des vitrines ou des musées. C’est dire si les quelques invités triés sur le volet et grands mélomanes étaient, lundi 6 mai, heureux d’avoir été conviés par Alexandre Snitkovski à venir admirer et entendre une pièce unique dans son atelier.

« Il s’agit d’un Stradivarius dont le nom est Herkules Ysaÿe. Il a été fabriqué en 1732, volé en Russie en 1908, et est actuellement la propriété de l’orchestre philharmonique d’Israël. » De quoi, avec cette présentation, faire briller les yeux du petit cercle d’auditeurs.

Deux mois de restauration

La restauration de ce bijou d’instrument a pris deux mois. « J’espère que mon client, le violon solo de l’orchestre israélien, appréciera la sonorité, car nous avons beaucoup travaillé dessus », explique Alexandre Snitkovski, en connaisseur. Car s’il a choisi la profession de luthier, lui-même est violoniste. « J’ai toujours baigné dans l’univers de la musique, précise-t-il. Mon père était un grand violoniste. »

Réservé au « premier violon de l’orchestre philharmonique d’Israël »

Chaque Stradivarius a un nom. Le nom d’Eugène Auguste Ysaÿe (1858-1931), violoniste, compositeur et chef d’orchestre belge, a été accolé à Herkules. « L’histoire raconte que l’Herkules a été volé à Ysaÿe lors d’un concert à Saint-Pétersbourg en 1908 ; il l’avait laissé dans le vestiaire sans surveillance, détaille le luthier. Il réapparut dans un magasin parisien en 1925. En 1972, Szeryng, violoniste juif polonais naturalisé mexicain, fit don de l’instrument en tant que “Kinor David” (violon de David) à la ville de Jérusalem. Selon son souhait, l’instrument doit être joué par le premier violon de l’orchestre philharmonique d’Israël. »

Autant d’anecdotes propres à enchanter les invités, qui ont eu la joie de savourer l’exceptionnelle sonorité de l’instrument lors du miniconcert donné par le premier violon de l’orchestre de l’Opéra de Lyon, Nicolas Gourbeix.

Le luthier Alexandre Snitkovski : « Un équilibre parfait dans les proportions »

Alexandre Snitkovski présente le Stradivarius Herkules Ysaÿe.        Photo Progrès   /DR
Alexandre Snitkovski présente le Stradivarius Herkules Ysaÿe. Photo Progrès /DR

Pouvez-vous reconnaître un Stradivarius ?

« Quand j’ai l’occasion d’avoir en mains un Stradivarius, l’expérience que j’ai de ma profession fait que je me doute que c’en est un. Mais pour en être certain, il faut envoyer une photographie à un expert, puis éventuellement avoir recours à la dendrochronologie, qui est la méthode de datation par l’étude des anneaux de croissance des troncs d’arbres. On peut alors déterminer l’année de fabrication et voir si cela correspond à la période durant laquelle Stradivarius fabriquait ses instruments. »

En quoi un Stradivarius est-il exceptionnel ?

« Stradivarius est parvenu à trouver un équilibre parfait dans les proportions de l’instrument. De même, il utilise le bois de sapin et un vernis spécial qui multiplient la qualité sonore de ses violons. Dès 1700, il en produit une grande quantité qui traversent les frontières et les siècles. Des centaines d’années plus tard, ses violons sont toujours très recherchés par tous les grands musiciens. »

Combien en avez-vous restauré ?

« Plusieurs, depuis toutes ces années. Et j’en suis fier. »

Les jeunes sont-ils attirés par le métier de luthier ?

« Oui, trois d’entre eux travaillent avec moi. Il y a Rémi, qui est ingénieur aéronautique mais qui, à l’issue d’une rencontre, a décidé d’entreprendre des études de luthier. Ensuite, Victor, le deuxième, est un passionné de musique, diplômé de l’école Mirecourt dans les Vosges. Et Oliver, le troisième, diplômé d’une école à la frontière de l’Allemagne et de la République Tchèque. Tous trois sont enthousiastes et c’est une très bonne équipe. »

Gisèle LOMBARD

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