Transports Déclassement de l'A6 : plaidoyer pour les transports en commun dans l'Ouest lyonnais

Le nouveau boulevard urbain serait composé d’une double voie pour les voitures et une voie express pour les bus et le covoiturage.  Photo Progrès /Métropole de Lyon
Le nouveau boulevard urbain serait composé d’une double voie pour les voitures et une voie express pour les bus et le covoiturage.  Photo Progrès /Métropole de Lyon

Pendant un an, des étudiants de l’école Centrale ont mis à jour une simulation sur l’évolution du trafic à la suite du déclassement de l’autoroute A6 en boulevard urbain. Elle montre clairement un report des problèmes liés au trafic auto sur des axes parallèles, mais pas de diminution globale. Réactions.

Le déclassement de l’A6 peut être une chance pour les communes concernées : c’est l’opportunité de réduire les nuisances générées par cette infrastructure, telles que la pollution et le bruit. Oui mais… L’opportunité des uns peut se révéler être un cauchemar pour les autres.

Le principal enseignement de l’étude réalisée par les étudiants en première année de Centrale est de confirmer le risque de report de trafic sur des voies parallèles encore relativement fluides aujourd’hui : c’est le cas de la route de Paris (D307), qui traverse Charbonnières-les-Bains jusqu’à Tassin-la-Demi-Lune, et de la D306 qui passe par le centre de Champagne-au-Mont-d’Or en direction de Vaise.

Sur ces deux axes, la qualité de l’air serait inévitablement dégradée. L’étude indique une hausse pouvant aller jusqu’à près de 25 % de la pollution du dioxyde d’azote (NO2), par exemple dans le centre-ville de Champagne.

La pollution sonore restera élevée

Rien n’est figé heureusement : il existe plusieurs scénarios, plus ou moins optimistes, notamment en fonction des orientations que prendront les déplacements dans la Métropole. Si la baisse de l’usage de la voiture individuelle se poursuit, voire s’accélère, on pourrait voir le trafic diminuer dans l’ensemble de l’ouest lyonnais, permettant ainsi de stabiliser une qualité de l’air satisfaisante. Il faudra cependant des mesures fortes en faveur d’alternatives à la voiture individuelle – transports en commun, covoiturage et mobilités actives (marche et vélo).

La pollution sonore restera de toute façon élevée : d’après l’étude, la baisse d’intensité de la source sonore n’entraîne pas une baisse identique de sa perception… Diviser le trafic routier par deux n’entraîne pas une division par deux du bruit, mais une baisse de trois décibels seulement.

L’étude préconise donc la réalisation d’ouvrages antibruit, comme des couvertures, des murs végétalisés, ou même des damiers phoniques, plus innovants. Idem pour la pollution de l’air : la végétalisation du terre-plein central de l’infrastructure et de ses bas-côtés devrait avoir un effet non négligeable sur la présence de gaz toxiques.

A lire aussi ==> Écully : une vaste étude et 10 propositions de la commune pour le déclassement de l’A6

Une étude réalisée par des élèves ingénieurs

Le campus de l’école Centrale à Ecully.  Photo Progrès  /Coralie DESMARESCAUX
Le campus de l’école Centrale à Ecully. Photo Progrès /Coralie DESMARESCAUX

Pendant un an, les étudiants en première année de l’école Centrale de Lyon ont conduit une étude d’impact du projet de requalification de l’autoroute A6-A7. Si elle n’a pas de valeur scientifique en soi, elle a quand même le mérite de poser un diagnostic sur lequel s’appuie largement la municipalité d’Écully pour construire ses propres propositions.

Une première étude sur les déplacements avait déjà été réalisée, en 2006, mais Écully a demandé de la mettre à jour : "La Ville nous a re-sollicités au vu des éléments nouveaux comme le déclassement", rappelle Lionel Soulhac, professeur à l’Insa, qui a encadré les jeunes étudiants à l’époque.

Ils ont utilisé un logiciel de simulation qui fonctionne sur la base de deux jeux de données : le réseau connu des routes et le résultat des enquêtes de déplacements réalisées par la Métropole ; elles permettent de savoir combien de personnes veulent se déplacer pour aller de leur domicile au travail et quel chemin elles empruntent. "Le logiciel émet des hypothèses à partir du postulat qui dit que les gens cherchent toujours à économiser au maximum leur temps de trajet", explique le professeur Soulhac.

Les étudiants de Centrale ont travaillé sur plusieurs scénarios, en fonction de l’évolution de la voirie, de la demande et surtout de l’offre de transports en commun. Selon l’étude, la forte augmentation d’environ 25 % de la pollution au NO2 sur des axes parallèles comme la D306 est logique : "Le trafic actuel sur l’A6, qui est un axe majeur d’entrée dans l’agglo pour tout l’ouest lyonnais, est de 115 000 véhicules par jour, souligne le directeur de l’étude. Si on réduit ce trafic, on les retrouvera forcément ailleurs."

Yves-Marie Uhlrich, maire d'Ecully: "A la Métropole de se saisir du dossier"

Le maire d'Ecully, Yves-Marie Uhlrich. Photo d'archives Progrès/Jean DESFONDS
Le maire d'Ecully, Yves-Marie Uhlrich. Photo d'archives Progrès/Jean DESFONDS

A quoi va servir le Livre blanc sur le déclassement de l’A6 ?

"J’ai pensé qu’il fallait travailler en amont et en dehors d’une période électorale sur cette problématique. Le Livre blanc synthétise la démarche pour notre engagement à préserver la qualité de vie de notre commune et de ses habitants. Mais il est pour tout le monde, pour tous les élus de l’ouest lyonnais et de la Métropole. Le travail n’est pas terminé mais on a lancé le débat, il faudra bien s’y intéresser."

N’avez-vous pas fait le boulot à la place de la Métropole ?

"C’est surprenant qu’on ait été la seule commune à faire ce genre de travail… J’ai dit à Gérard Collomb que ce n’est pas normal qu’on commence par verrouiller la Confluence avant de voir la problématique du contournement. Nous, élus, on a tendance à d’abord s’occuper de notre chapelle. Pourtant, le transport est une problématique globale, c’est à la Métropole de se saisir de ce dossier."

Quelles conclusions en tirez-vous ?

"Le contournement ouest ne fait pas l’unanimité, la décision n’est pas prise. Une des priorités, c’est plutôt les transports en commun. On est tous d’accord là-dessus alors pourquoi ça n’avance pas ? Il faut de la force dans la Métropole pour prendre ce dossier à bras-le-corps. [Parmi les 10 propositions d’Écully, on trouve aussi notamment la volonté de faire mieux respecter la réglementation, de réduire le bruit en construisant des murs antibruit, de végétaliser le futur boulevard urbain, de créer des itinéraires cyclables, de réaliser en priorité le tronçon Valvert-Trois Renards de l’Anneau des sciences, Ndlr.]"

Frédéric Guillon

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