Rhône Lyon 2e: au Musée de l’imprimerie, la belle histoire des livres sauvés de l’oubli

Alberto Guttierez ? Un éboueur colombien qui, à la fin des années 1990, a récupéré des milliers de livres jetés dans les poubelles de Bogota. Le voilà, ici, représenté par l’illustrateur lyonnais Yann Damezin. Photo DR
Alberto Guttierez ? Un éboueur colombien qui, à la fin des années 1990, a récupéré des milliers de livres jetés dans les poubelles de Bogota. Le voilà, ici, représenté par l’illustrateur lyonnais Yann Damezin. Photo DR

Jusqu’au 22 septembre, une expo célèbre des ouvrages qui ont échappé à la destruction, à la censure, à l’oubli. Elle met aussi en lumière des figures de leur sauvetage grâce au talent d’un jeune illustrateur lyonnais, Yann Damezin. A découvrir.

La réapparition

Tout commence en 2016, au Musée de l’imprimerie d’Anvers… Un manuscrit que l’on croyait perdu à jamais venait de réapparaître. De quoi inspirer Joseph Belletante, directeur du Musée de l’imprimerie de Lyon. Et s’il racontait les histoires de ces livres, qui, malgré tous les périls, ont échappé à l’oubli, à la destruction, à la censure ?

C’est la genèse de l’exposition L’Odyssée des livres sauvés, à découvrir jusqu’au 22 septembre, au 13, rue de la Poulaillerie, Lyon 2e. Là, une cinquantaine d’exemples, avec des récits qui commencent souvent mal et se terminent, parfois, bien.

Le Seigneur des livres

On y retrouve des livres détruits par les éléments (foudre et inondations), ou inachevés, comme celui de Marguerite de Navarre, ou tout simplement jetés…

À Bogota, à la fin des années 1990, l’éboueur José Alberto Gutierrez a ainsi récupéré des milliers de bouquins dans les poubelles de la ville. Le premier à avoir attiré son attention était une édition usée d’Anna Karénine. Avec ses trouvailles, il a constitué une bibliothèque solidaire ouverte à tous. Elle comprend aujourd’hui 25 000 ouvrages. Elle lui a valu le surnom de "Seigneur des livres".

La visite de l’exposition L’Odyssée des livres sauvés avec l’écrivain Raphaël Jérusalmy, devant une vue de Bogota. Photo Progrès /Isabelle BRIONE
La visite de l’exposition L’Odyssée des livres sauvés avec l’écrivain Raphaël Jérusalmy, devant une vue de Bogota. Photo Progrès /Isabelle BRIONE

Censeurs d’hier et d’aujourd’hui

De tout temps, les censeurs n’ont jamais manqué : états, religions… Au XVIe siècle, les écrits d’Étienne Dolet, auteur et imprimeur, lui ont attiré les foudres royales.

Quatre siècles plus tard, la municipalité frontiste d’Orange expurge la bibliothèque municipale, rayant même de l’inventaire des ouvrages techniques comme Le métier de bibliothécaire.

En 2017, l’artiste argentine Marta Minujin a créé, à Kassel (Allemagne), une imposante réplique du Parthénon, avec des milliers de volumes censurés dans le monde entier, dont on peut voir une grande photo dans l’exposition.

L’artiste argentine Marta Minujin a créé à Kassel (Allemagne) une imposante réplique du Parthénon avec des milliers de volumes censurés. Photo DR
L’artiste argentine Marta Minujin a créé à Kassel (Allemagne) une imposante réplique du Parthénon avec des milliers de volumes censurés. Photo DR

Pages en exil

Certains ouvrages ont disparu, d’autres ont été mis à l’abri, tous n’ont pas retrouvé la lumière du jour. Une bibliothécaire parisienne, Jenny Delsaux, a contribué à exhumer, après la Seconde Guerre mondiale, des milliers d’ouvrages menacés par les autorités allemandes et cachés en divers endroits.

Le riche fonds de l’Institut franco-chinois de Lyon, créé en 1921, a été déplacé plusieurs fois avant de trouver refuge à la bibliothèque municipale. Arrêté à Lyon, en 1944, le scientifique Émile Terroine, racontera sa captivité à Montluc, rendant hommage à l’humanité de ses codétenus.

Des milliers d’ouvrages de l’Institut Franco-Chinois de Lyon, créé en 1921, ont déménagé plusieurs fois avant de trouver un asile sûr à la Bibliothèque municipale de Lyon. Photo Bibliothèque municipale de Lyon
Des milliers d’ouvrages de l’Institut Franco-Chinois de Lyon, créé en 1921, ont déménagé plusieurs fois avant de trouver un asile sûr à la Bibliothèque municipale de Lyon. Photo Bibliothèque municipale de Lyon

Les écrits qui sauvent

Dans Imperial Bedrooms, Bret Easton Elis raconte comment les livres l’ont sauvé du suicide. Quels titres emporter sur une île déserte ou dans une cabane sibérienne, comment constituer une bibliothèque idéale ? Hemingway, Aragon, André Breton, Siri Hustvedt, Sylvain Tesson, entre autres, ont répondu. C’est le moment de venir prendre des idées de lecture. L’opus favori de Trump ? A l’Ouest rien de nouveau.

La bibliothécaire parisienne Jenny Delsaux imaginée par Yann Damezin car on ne connaît pas ses traits. Photo Progrès /DR
La bibliothécaire parisienne Jenny Delsaux imaginée par Yann Damezin car on ne connaît pas ses traits. Photo Progrès /DR

Le visage des sauveurs

La bonne idée de l’exposition justement, c’est d’avoir confié la réalisation graphique à Yann Damezin, un jeune Lyonnais, talentueux auteur de bande dessinée, issu de l’école Émile-Cohl (Lyon 3e). Ses quatorze flamboyantes illustrations apportent une note colorée et attractive dans le parcours. Elles immortalisent les visages des sauveteurs, véritables héros de cette odyssée.

> L’Odyssée des livres sauvés, jusqu’au 22 septembre, au Musée de l’imprimerie et de la communication graphique, 13 rue de la Poulaillerie, Lyon 2e.

> Catalogue : recueil de Bibliodyssées, 50 histoires de livres sauvés, 224 pages. 29 €. Éditions Actes Sud.

> Les illustrations de Yann Damezin sont disponibles en reproduction formats A3 et A4 à la boutique : 10 € et 7 €.

> En pratique : musée ouvert du mercredi au dimanche, de 10 h 30 à 18 h. Plein tarif : 6 € - 8 € (en période d’exposition) Tarif réduit : 4 € - 6 € pour les 18-25 ans. Gratuit pour les moins de 18 ans. Tél. 04.78.37.65.98.

Isabelle BRIONE

Votre opinion ?

Connectez-vous pour commenter

Vous n’avez pas encore de compte ?