Santé Lyon 3e: le Dr Garrigou-Grandchamp quitte ses patients après 37 ans d'exercice

Le Dr Marcel Garrigou-Grandchamp s’était installé en 1982.  Photo Progrès /DR
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Le Dr Marcel Garrigou-Grandchamp s’était installé en 1982.  Photo Progrès /DR Photo Progrès /DR Photo Progrès /DR

À 66 ans, le Dr Marcel Garrigou-Grandchamp (Lyon 3e), très impliqué auprès de ses patients et de la défense de ses collègues, a décidé de prendre sa retraite… ou presque. S’il a trouvé in extremis un successeur, ce généraliste continuera de soigner ses patients les plus fragiles.

Pendant les quinze derniers jours, le docteur Marcel Garrigou-Grandchamp a été gâté de cadeaux, champagne et chocolats, puis les remerciements - parmi lesquels ce petit mot glissé dans une enveloppe par cette patiente parce qu’elle n’aurait « pas pu le dire sans pleurer » - et enfin, cette photo que lui tend une professeure d’université, qu’il soigne depuis qu’elle est bébé, en lui déclarant : « Tiens, voilà les quatre générations que tu as soignées ! ». « Ça file un coup de vieux, quand même ! », raconte le Dr Marcel Garrigou-Grandchamp, en s’efforçant de rire.

« Je travaillais 80-90 heures par semaine. Ce n’était plus possible »

À 66 ans, ce médecin généraliste, exerçant dans le 3e arrondissement de Lyon, a décidé de décrocher sa plaque, après 37 ans d’exercice. Il a pris sa décision il y a six mois. Outre son exercice à temps plein, le Dr Garrigou-Grandchamp est responsable de la cellule juridique de la Fédération des médecins de France (FMF), élu à l’Union régionale des professionnels de santé (URPS) et au Conseil départemental de l’Ordre des médecins. Sans compter le temps qu’il consacre à sa passion pour les projets en e-santé… Bref, « je n’y arrivais plus. Je travaillais entre 80 et 90 heures. Ce n’était plus possible ! », reconnaît cet hyperactif, qui s’est résolu à prendre sa retraite.

Toujours prêt pour les patients “orphelins” en Ehpad

Enfin, presque… Car il a découvert le « cumul emploi-retraite », qui va lui permettre, notamment, de continuer à exercer à l’établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) “Saison Doréee” dans le 8e arrondissement, au grand soulagement de la directrice, au bord des larmes à l’annonce de son (faux) départ. « Souvent, les médecins arrêtent de suivre leurs patients à l’entrée en Ehpad. Quand j’arrive et qu’on me propose de venir boire un café, je sais que le personnel va encore me demander de prendre en charge un patient "orphelin" de médecin traitant ! », confie le Dr Garrigou-Grandchamp.

Aujourd’hui, les “déserts médicaux” ne touchent plus seulement les zones rurales ou les banlieues. En plein centre de Lyon non plus, la relève n’est plus assurée. Ainsi, ce médecin de famille a bien cru qu’il allait partir sans laisser de successeur aux 1 200 patients dont il est le médecin traitant (1). « J’ai déposé une annonce à l’Ordre et à l’URPS mais au bout de quatre mois, je n’avais toujours aucune réponse. » C’est à deux mois de la date fatidique que « le miracle s’est produit ! ». Il est arrivé par le biais d’un praticien hospitalier que le Dr Garrigou-Grandchamp avait aidé alors qu’il était harcelé dans l’hôpital où il exerçait. Dans sa nouvelle structure, ce dernier pense à un collègue gériatre qui s’ennuie… Celui-ci passe une semaine avec le généraliste. Et décide, à sa grande surprise, d’accepter. « Quelque part, j’ai été récompensé de mes bonnes actions », glisse le militant souvent sollicité par des confrères en difficulté.

« On a quand même l’impression de les laisser tomber ! »

Marcel Garrigou-Grandchamp commence alors à en parler à ses patients. « Là, ça a été terrible. Je pensais être préparé dans ma tête… mais bon, on a quand même l’impression de les laisser tomber ! Je ne m’attendais pas autant d’émotions. Ils ont beaucoup pleuré ! », explique-t-il, touché. « Les patients remercient rarement ou alors quand il y a des compliments, souvent, on sent que ce n’est pas sincère », estime le généraliste, déçu par une expérience passée. Contraint de s’arrêter subitement à plusieurs reprises pour des problèmes ophtalmologiques, il avait vu des patients partir sans un mot. « J’avais trouvé ça difficile. Je me disais alors qu’il n’y avait peut-être que 10 % des patients qui étaient reconnaissants. En fait, je crois que c’est beaucoup plus quand même maintenant ! », rigole-t-il. Il a ainsi été particulièrement ému par cette « dame très timide qui m’a presque sauté au cou ».

Mais, grâce à Orange, le Dr Garrigou-Grandchamp n’a pas complètement coupé le contact avec ses patients ! Malgré des demandes répétées, l’opérateur n’a, en effet, toujours pas réussi à arrêter le transfert automatique de la ligne du cabinet sur sa ligne personnelle. Le "retraité" continue donc à être réveillé à 7 heures par des appels de patients. Et il se transforme alors en secrétaire de son successeur… Qu’il avait de toute façon prévu d’aider à ses débuts. « Le premier jour, il s’est mélangé dans les codes, a planté l’informatique et n’a pas trouvé les feuilles de soins papier, rapporte Marcel Garrigou-Grandchamp. À la fin, il était épuisé… »

(1) Sa patientèle s’élève à 1 500 patients avec les patients occasionnels.

« On règle la télé, on change l’ampoule »

Âgé de 34 ans, le successeur du Dr Garrigou-Grandchamp ne pensait pas, au départ, faire de visites à domicile. Du coup, il a commencé à prendre de nouveaux patients, ce que ne pouvait plus faire Marcel Garrigou-Grandchamp depuis deux-trois ans, arrivé à “saturation”, en raison de sa forte activité à domicile.

« Mais d’ici deux mois, il sera lui aussi saturé », prédit le sexagénaire qui essaie de convaincre son successeur de réaliser quelques visites. En revanche, il l’a dissuadé de travailler tous les jours “même le dimanche” comme il en avait l’intention. « Il faut se ménager au minimum un jour de récupération », commente le semi-retraité hyperactif, qui n’a pu se résoudre à abandonner la trentaine de patients les plus fragiles qu’il suivait à domicile.

« Ils sont pour l’essentiel para ou tétraplégiques. Il faudrait une ambulance pour les amener au cabinet », souligne le Dr Garrigou-Grandchamp. Pour ces personnes, le médecin est parfois le seul lien social, la seule visite : « On règle la télé, on change une ampoule, raconte-t-il. On sert à quelque chose… »

Sylvie MONTARON

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