ECONOMIE Le mythique Café de la Cloche cherche un repreneur, rue de la Charité

Photo Progrès /Marion SAIVE
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Philippe Bitat gère le café la Cloche depuis 35 ans. Photo Progrès /Marion SAIVE
Philippe Bitat gère le café la Cloche depuis 35 ans. Photo Progrès /Marion SAIVE
Photo Progrès /Marion SAIVE Philippe Bitat gère le café la Cloche depuis 35 ans. Photo Progrès /Marion SAIVE

Après trente-cinq ans de service, Philippe Bitat veut s’accorder une trêve. Depuis peu, il cherche un repreneur pour prendre la suite de ce troquet qui avait ouvert ses portes pour la première fois en 1804. Un lieu devenu au fil du temps, pour tous les Lyonnais, incontournable du quartier.

Philippe Bitat est un des doyens de la rue de la Charité. "Même à 47 ans." Le gérant du mythique Café de la Cloche, au numéro 4 de la rue, a repris le bistrot en 2002, après l’avoir partagé avec son père pendant une dizaine d’années. Lui-même avait racheté le troquet en 1989.

Par deux fois, en 2009 puis en 2016, le Café de la Cloche avait failli fermer, frappé par la hausse des loyers infligée par les fonds de pension propriétaires des murs. Par deux fois, l’établissement a résisté. Grâce à la ténacité de Philippe, qui a fait avorter la majoration des loyers. Mais aussi grâce à son réseau de clients fidèles, qui ont fait bloc derrière lui pour faire perdurer ce lieu créé dans les années 1930, devenu incontournable pour bon nombre de Lyonnais.

"C’est très prenant, il faut être régulier, toujours souriant et accueillant, même quand cela va mal"

Mais après trente-cinq ans de service, le gérant natif de Tassin, marié à une enseignante et père d’un petit garçon, veut s’accorder une trêve. Depuis peu, il cherche un repreneur pour prendre la suite de ce troquet double centenaire (il a ouvert en 1804).

Quitter le café est un crève-cœur pour cet amoureux des lieux - il évoque la dernière Coupe du monde : "C’était pire qu’en 1998, de la pure folie, plus personne ne pouvait rentrer tellement on était serrés"-, mais Philippe souhaite profiter de sa famille. "Je suis debout de 7 à 21 heures, six jours sur sept, parfois sept sur sept les jours de matchs le dimanche. Je ne pars quasiment jamais en vacances. C’est très prenant, il faut être régulier, toujours souriant et accueillant, même quand cela va mal", raconte Philippe, crâne clairsemé et lunettes fines aux branches noires et rouges entremêlées. Il n’a aucune idée de sa reconversion.

La Coupe du monde au café de la Cloche est un événement qu’il faut vivre. "La dernière était pire qu’en 1998, de la pure folie, plus personne ne pouvait rentrer tellement on était serrés", raconte Philippe Bitat. Photo archives Progrès /Pierre AUGROS
La Coupe du monde au café de la Cloche est un événement qu’il faut vivre. "La dernière était pire qu’en 1998, de la pure folie, plus personne ne pouvait rentrer tellement on était serrés", raconte Philippe Bitat. Photo archives Progrès /Pierre AUGROS

Une nouvelle vie

Une chose est sûre : "Ce ne sera pas dans la restauration. A 47 ans, j’entame une nouvelle vie."

Avant de laisser son zinc, il veut s’assurer que le futur acquéreur conservera l’âme, l’authenticité du lieu. Ses banquettes en cuir carmin, ses tables rectangulaires aux plateaux de marbre et pieds en laiton, ses miroirs piqués de tâches noires, sa frise peinte et ses luminaires néons au plafond, sa mosaïque granito au sol… Et ses multiples cloches, emblèmes du lieu, cachées dans ce décor des années 1930.

Un lieu de vie et d’histoire

"La Cloche, ce n’est pas le café des riches, c’est celui de monsieur et madame tout-le-monde", confie Philippe Bitat. Photo Progrès /Joël PHILIPPON
"La Cloche, ce n’est pas le café des riches, c’est celui de monsieur et madame tout-le-monde", confie Philippe Bitat. Photo Progrès /Joël PHILIPPON

A son arrivée, au début des années 1990, Philippe Bitat a donné une nouvelle impulsion à ce café du XIXe siècle. En a fait un lieu de débats et conférences, sur des thèmes variés, en lien avec diverses infrastructures et associations lyonnaises. Ainsi, plusieurs fois par semaine, les curieux se regroupent à la Cloche, débattent économie, philosophie, astrologie, statistique, amour, santé, environnement, autour d’une bière ou d’un café. L’après-midi, des "cafés-tricots" s’organisent.

"La Cloche, ce n’est pas le café des riches, c’est celui de monsieur et madame tout-le-monde", maintient l’homme à la chemise fleurie, en servant une pression. Dans ce café d’antan, les fonctionnaires de la Poste et des Finances publiques partagent une table ou une banquette aux côtés d’étudiants et d’ouvriers, de passage pour un demi ou un café. Touristes et habitués viennent à l’heure du déjeuner, manger une "vraie quenelle", une part de quiche ou une bonne andouillette. "Simple, mais fait-maison."

Parfois, des guides touristiques font irruption. Se pressent en bande organisée au fond du troquet. Il faut montrer la "fameuse fresque de la Charité". Une peinture de 4 mètres de long réalisée par Vincent Gallo, un "gone d’origine italienne" au début des années 1990, d’après des cartes postales du début du XXe siècle mises bout à bout. La seule vue panoramique du quartier représentant en son centre l’hôpital de la Charité.

L’occasion pour les guides de s’attarder sur un élément de la fresque, et de conter un bout d’histoire lyonnaise. Incrusté dans la façade de l’église, à gauche de l’entrée, on aperçoit un tourniquet. Au XIXe siècle, les Lyonnais dans le besoin abandonnaient là les enfants dont ils ne pouvaient s’occuper. Le poupon était déposé dans l’habitacle. Une cloche était actionnée pour alerter les sœurs hospitalières de la présence de l’enfant. On raconte que les sœurs couraient agiter un tissu blanc à la fenêtre de l’aumônerie pour alerter les médecins, attablés au café de la Cloche, de l’arrivée d’un nouveau-né abandonné.

A la Cloche, tout rappelle l’hôpital de la Charité, construit en 1617 et détruit en 1934, qui accueillait les gens désœuvrés. Récemment, Philippe a mis en place dans son troquet le "café suspendu" : les clients peuvent payer en avance un café, destiné à une personne dans le besoin qui ne peut le régler. Clin d’œil à l’histoire.

Marion SAIVE

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