Lyon Réduire la lumière en ville pour faire revenir les animaux

Vue de la place Bellecour. Au fond, les panneaux publicitaires lumineux au-dessus des immeubles que Gérard Collomb trouve « absolument hideux ».  Photo Progrès/Maxime CARON.
Vue de la place Bellecour. Au fond, les panneaux publicitaires lumineux au-dessus des immeubles que Gérard Collomb trouve « absolument hideux ».  Photo Progrès/Maxime CARON.

La Métropole de Lyon réfléchit à la mise en place d’une trame noire sur le territoire des 59 communes à l’image de la trame verte. L’idée est d’en réduire l’impact sur la biodiversité. Et aussi de faire des économies d’énergie.

Des chauves-souris qui disparaissent, des insectes qui se brûlent les ailes, des déplacements migratoires d’oiseaux perturbés, un impact sur la flore ou encore des sommeils troublés…

La lumière ou plutôt l’excès de lumière dans les villes serait à ce point « dangereuse » et « pour tout le monde » selon certaines associations environnementales, que l’on parle de pollution lumineuse. Que l’on souhaite réduire.

Un arrêté pris le 27 décembre 2018 va dans ce sens, et fixe de nouvelles normes en matière d’éclairage sur la voirie, sur les bâtiments, dans les parcs, près des commerces ou des immeubles de bureaux.

L’objectif affiché ? Réduire l’intensité lumineuse afin d’en limiter l’impact sur la biodiversité, retrouver la couleur du ciel, sans pour autant remettre en cause la sécurité des piétons. L’équation n’est pas facile. Mais sans doute pas impossible. Car il est question aussi de faire des économies d’énergie.

La biodiversité devra attendre

Le sujet a été évoqué il y a peu dans le cadre du futur règlement local de publicité métropolitain où il est question de « limiter les dispositifs publicitaires lumineux ».

À cette occasion, les termes de trame noire et de protection nocturne ont été utilisés. Une proposition, « qui n’est pas une obligation légale », assurent les services métropolitains, devrait être soumise aux élus.

La Métropole n’a pas la compétence en matière d’éclairage - c’est à la charge des communes - mais elle peut favoriser l’émergence d’une démarche vertueuse. L’idée serait d’identifier une trame noire, à l’image d’une trame verte et bleue, à l’échelle des 59 communes, puis proposer des actions de restauration de la trame nocturne. Mais sans doute pas avant le prochain mandat.

La biodiversité devra encore attendre.

Un hibou petit Duc. Photo Progrès/Alexandre ROUX
Un hibou petit Duc. Photo Progrès/Alexandre ROUX

Le retour du petit Duc à la Guillotière

La trame noire est là pour rappeler aux Lyonnais qu’il y a une voûte céleste et qu’il n’est pas nécessaire d’aller loin pour l’observer, avance-t-on du côté de la Ville de Lyon. Elle permet aussi de respecter la reproduction des oiseaux et de faire des économies d’énergie. Lyon a déjà un embryon de trame noire à travers ses cimetières, soit 42 hectares qui restent sans éclairage dès la nuit tombée. Et il y a un vrai impact sur la biodiversité, avec par exemple le retour du hibou petit Duc au cimetière de la Guillotière.

C’est un peu l’exception. Car en général, les avis sont partagés. Comme à Montchat où est mené un test. La lumière se déclenche au passage d’un piéton ou d’une voiture. Il n’est pas question de couper l’éclairage mais de diminuer le niveau d’éclairement. Certains demandent à voir.

La réduction de l’éclairage ne se fera qu’au cas par cas, tant les situations sont diverses. Mais de toute façon, aux dires des élus, c’est la sécurité qui prime.

«Il est extrêmement difficile d’avoir un ciel obscur»

Vingt-sept chercheurs travaillent depuis trois ans sur la pollution lumineuse, « c’est unique en France », explique Thierry Lengagne, chercheur au CNRS et membre de la LPO Ain, mais c’est un sujet d’actualité.

« Le constat est simple, dit-il, aujourd’hui, il est extrêmement difficile d’avoir un ciel obscur. Les activités générées par l’homme entraînent un énorme halo lumineux ».

Celui de Lyon, est visible à 50 kilomètres, il touche les villes de Vienne et de Valence.

Le territoire est complètement mité ». Et cela, indique le chercheur a des effets sur les animaux comme sur les hommes. Face à cela, « il faut arriver à comprendre les usages de la lumière et s’interroger : est-elle toujours nécessaire ? Il n’est pas facile de remettre en cause les mises en lumière. Mais des efforts ont été faits pour faire disparaître, par exemple les lampes qui, à défaut d’éclairer les routes étaient orientées vers le ciel. Il y a une loi, il faut l’appliquer et probablement cela changera beaucoup de choses… »

Aline DURET

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