Rhône Lyon 3e - 7e: la police met la pression pour sécuriser la place Gabriel-Péri

Les policiers ont procédé à des contrôles d’identité et saisi des cigarettes de contrebande. Photo Progrès/Christine MERIGOT
Les policiers ont procédé à des contrôles d’identité et saisi des cigarettes de contrebande. Photo Progrès/Christine MERIGOT

La lutte contre la délinquance dans ce quartier passe par une présence accrue, le démantèlement de réseaux et, comme ce mercredi après-midi, une opération de contrôle qui a permis de saisir des cigarettes de contrebande.

15 heures ce mercredi à Lyon, la place Gabriel-Péri est calme. Des joueurs d’échecs se sont installés du côté de la rue de Marseille, et les passants vont et viennent.

Au même moment, dans les locaux du commissariat de la Saint-Jacques, des policiers des 3e et 7e arrondissements et de la PAF (police aux frontières) reçoivent les dernières consignes. Ils s’apprêtent à procéder à une opération sur la place Gabriel-Péri, où des contrôles sont également en cours dans les transports en commun pour lutter contre les vols à la tire.

Trafics, vente à la sauvette, séjour irrégulier, prostitution, le secteur est connu depuis longtemps comme un des points névralgiques de l’agglomération.

Occuper l’espace pour ne pas le laisser aux délinquants

« Cette place a la réputation d’être l’endroit où l’on peut écouler tout ce qu’on veut, et une zone de chalandise pour les gens qui viennent acheter », explique le commissaire divisionnaire Sébastien Sarti, chef de la Division Centre. Alors, à situation particulière, réponse particulière, qui se décline sur plusieurs modes pour reconquérir l’espace public et répondre aux doléances des habitants et des commerçants.

Ce quartier communautaire, dont certains secteurs sont en cours de gentrification, souffre d’une délinquance liée notamment à la précarité d’une partie des habitants, à l’insalubrité de certains bâtiments et, depuis environ deux ans, à la présence de jeunes étrangers en situation irrégulière qui survivent grâce à des trafics.

La police doit donc s’adapter, occuper l’espace pour ne pas le laisser aux délinquants. « On fait ça parce qu’on sait que c’est important pour la population locale », indique le commissaire Sarti, mais une présence policière visible ne suffit pas à sécuriser durablement le quartier.

Débusquer du travail dissimulé

Elle constitue néanmoins l’un des axes de lutte contre l’économie souterraine. Ainsi, la police municipale intervient-elle entre le milieu de la matinée et le début de soirée, pour dissuader les vendeurs à la sauvette et autres petites trafiquants d’investir les lieux. La police nationale effectue en parallèle des interpellations, des opérations comme celle de ce mercredi et un travail judiciaire de fond.

Des actions en profondeur ont permis de démanteler des réseaux, d’identifier des complicités dans la population. C’est ainsi qu’un trafic de vélos volés, un garage clandestin de démontage de motos et un trafic de drogue ont été démantelés dernièrement avec, à la clé, plusieurs incarcérations.

Les policiers de l’arrondissement travaillent aussi sur les commerces, pour y débusquer du travail dissimulé, notamment l’emploi de sans papiers dans des débits de boissons, ou le recel d’objets volés.

Lors de l’opération de ce mercredi, les policiers ont saisi des cigarettes de contrebande vendues à la sauvette, et contrôlé avec la PAF les titres de séjour de plusieurs jeunes gens. Avec des réactions parfois surprenantes, comme celle de ce jeune homme, pourtant détenteur d’un visa en règle, qui a commencé par décliner une fausse identité, avant de revenir sur sa première déclaration.

« Quand la police est là, tout est calme, mais dès qu’elle est partie la vie des trafics reprend »

Dès la descente du Tram T1, station Guillotière Gabriel-Péri, le passant est accueilli. « Boro-Boro », lui susurre-t-on à l’oreille pour lui signifier qu’ici, il trouvera en vente, sous le manteau des cigarettes et s’il le souhaite, aussi d’autres substances. C’est le quotidien de ce quartier de Lyon, dans le 7e  arrondissement. De la place du Pont à la place Gabriel-Péri. Le nom a changé mais les riverains, eux, racontent que la vie, ici, avec ses trafics n’a pas vraiment changé. « Cela se fait aux yeux de tous et en plus il y a une caméra de surveillance. Pourquoi faire ? Pour réguler la circulation ? », interroge ce commerçant alors qu’à l’intérieur des bureaux de tabac de la place, on trouve cette concurrence illégale qui dure depuis plusieurs années « anormale ».

De là où ils sont, ils assistent au manège régulier des vendeurs à la sauvette et des trafiquants. Ils disent voir les visages changer très régulièrement. « Il y en a même qui trafiquent entre eux. » Ils assistent aussi aux descentes de la police nationale, aux contrôles inopinés et au travail de terrain entrepris par la police municipale. « Quand la police est présente, tout est calme, tranquille, mais dès qu’elle est partie la vie des trafics reprend. »

Un autre s’installe, en soirée. A l’heure où ils songent à baisser leur rideau de fer, c’est la prostitution, racontent-ils qui prend son quartier et se déplace souvent vers l’autre partie de la place G.Péri au niveau du mur des Lumières.

Prostitution affichée, trafic de drogue et cigarettes, incivilités, insécurité, nuisances sonores et nocturnes et hausse de la dégradation du cadre de vie… Les résidents de la place en ont assez. Leur ras-le-bol, les habitants de l’immeuble du 4 place G.Péri, l’écrivent régulièrement à Gérard Collomb, via leur conseil de syndic. Mais pour l’instant ils ne voient rien avancer. Et tous ceux qui sont de passage, semblent vouloir éviter le coin. À l’image de ces trois jeunes femmes qui se sentent ici en insécurité. Presque tous les matins entre 7 h 30 et 8 heures, quand elles sortent du métro et doivent emprunter le tram T1, elles craignent de se faire « embêter ». C’est la même hantise au retour le soir tant et si bien que « nous évitons au maximum la station tram ou métro de Guillotière. Quitte à rallonger le parcours ou à de descendre à la station métro Saxe Gambetta ou Bellecour ».

De notre correspondant Jean-Marc MANIFICAT

Christine Mérigot

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