LYON- Chantier Cathédrale Saint-Jean: «Les matériaux dangereux ne doivent pas être stockés à l’intérieur de l’édifice»

François Botton, architecte en chef des monuments historiques.  Photo Progrès /Aline DURET
François Botton, architecte en chef des monuments historiques.  Photo Progrès /Aline DURET
Le chantier est dissimulé derrière une bâche blanche. Photo Progrès /Aline DURET
Le chantier est dissimulé derrière une bâche blanche. Photo Progrès /Aline DURET
Restauration en cours d'une partie de la nef. Photo Progrès /Aline DURET
Restauration en cours d'une partie de la nef. Photo Progrès /Aline DURET
Les travaux sont conduits avec beaucoup de précaution. Photo Progrès /Aline DURET
Les travaux sont conduits avec beaucoup de précaution. Photo Progrès /Aline DURET
Façade principale.  A l'emplacement de la rose, des échafaudages. Photo Progrès /Aline DURET
Façade principale. A l'emplacement de la rose, des échafaudages. Photo Progrès /Aline DURET
Pour toiletter les pierres, les artisans utilisent du latex.Photo Progrès /Aline DURET
Pour toiletter les pierres, les artisans utilisent du latex.Photo Progrès /Aline DURET
François Botton, architecte en chef des monuments historiques.  Photo Progrès /Aline DURET Le chantier est dissimulé derrière une bâche blanche. Photo Progrès /Aline DURET Restauration en cours d'une partie de la nef. Photo Progrès /Aline DURET Les travaux sont conduits avec beaucoup de précaution. Photo Progrès /Aline DURET Façade principale.  A l'emplacement de la rose, des échafaudages. Photo Progrès /Aline DURET Pour toiletter les pierres, les artisans utilisent du latex.Photo Progrès /Aline DURET

Architecte des monuments historiques, François Botton est aux commandes d'un chantier très imposant réalisé à l'intérieur de la cathédrale Saint-Jean.

Vous intervenez sur la restauration de la cathédrale, quelle est aujourd’hui votre principale crainte ?


«Faire une erreur. Quand on travaille sur un monument historique, on n’a qu’une chance, il faut que ce soit juste et réversible, que la méthode soit adaptée sans faire de définitif. Le chef c’est le monument, ce n’est pas nous, il faut rester modeste. Quand la restauration est réussie, ça ne se voit pas.»

Ces chantiers sont exceptionnels à engager, les contraintes sont importantes…


«On a un travail très responsable. Il est important que tout soit clair dans l’organisation du chantier. Ce qui prime, c’est la sécurité des personnes, d’où la séparation qui a été mise en place. Côté sécurité, il y a des protocoles pour sécuriser l’environnement. La base, c’est le chantier propre. Les matériaux dangereux ne doivent pas être stockés à l’intérieur de l’édifice. Dans l’hypothèse d’un travail par points chauds - travail utilisant une flamme - la procédure de permis de feu s’applique nous obligeant d’avoir un moyen d’extinction à proximité. L’activité sur le chantier doit cesser deux heures avant de partir, le temps pour les entreprises concernées de surveiller de près le point chaud.»

Y aura-t-il selon vous, un avant et un après « Notre-Dame » ?


«Je ne vous cache pas que depuis, on rappelle à tous ceux qui travaillent sur le chantier, les règles et les consignes. On vérifie tout ce qui est électrique. Les installations mécaniques nécessaires à la ventilation sont placées à l’extérieur de la cathédrale. Aucun matériel susceptible de prendre feu n’est à l’intérieur. Après, faut-il changer les choses ? Appliquer les règles me paraît suffisant. Il faut des choses claires, simples et bien appliquées.»

À votre avis, y a-t-il des savoir-faire qui, au fil des décennies, sont en train de disparaître ?


«En période de pénurie de moyens, le risque est que l’on se concentre sur l’essentiel, les travaux lourds, considérant le reste comme superflu. Au contraire, il faut continuer à faire des sculptures, des ouvrages d’art, autrement on peut vite perdre des savoirs faire, c’est le risque.»

Ces disparitions pourraient-elles empêcher les concepteurs de restaurer à l’identique ?


«Conserver l’existant c’est notre métier de base. Mais quand un élément disparaît, ça ne me choque pas du tout, d’utiliser des méthodes contemporaines. À Reims, l’utilisation d’une charpente en béton pour remplacer le bois disparu me paraît d’une modernité absolue et c’est intellectuellement pertinent.»

Quel est le principal risque à Saint-Jean ?


«Cette cathédrale est en bon état et est à peu près à jour en matière d’entretien. Elle a fait l’objet de beaucoup de travaux en gros depuis les années 1930. Jean-Gabriel Mortamet a engagé la campagne de restauration extérieure, Didier Repellin a pris la suite en conduisant les travaux sur la façade principale et les intérieurs. C’est un bon exemple.»

Des travaux millimétrés et sous haute précaution dans la nef

Photo le Progrès /Aline DURET
Photo le Progrès /Aline DURET

l a fallu créer une ouverture spéciale sur le côté. Et pour entrer directement hors sol dans une partie de la cathédrale aujourd’hui en travaux, il faut gravir quelques marches.

À partir de là, tout est dissimulé, empaqueté sous une énorme bâche blanche. Travailler sur le patrimoine et plus encore s’il est classé suppose de nombreuses précautions que les derniers événements survenus à la cathédrale Notre-Dame-de-Paris ont dramatiquement exhumé.

Direction, la nef et ses échafaudages. Hauteur maximum, une trentaine de mètres environ. C’est dans ce secteur placé presque à l’entrée de la cathédrale que l’on s’active pour restaurer les murs et les voûtes.

Ici, point de gros travaux qui engagent la structure. Plutôt une intervention cosmétique sur les épidermes. Presque de la dentelle. « On travaille beaucoup sur le dernier millimètre », confirme François Botton, architecte en chef des monuments historiques. Celui qui se voit. Les enduits entre les pierres sont refaits, avant les badigeons qui redonnent à l’ensemble un peu de couleur.

Un nettoyage sans poussière



Classique ? Non pas vraiment. L’opération est assortie d’un certain nombre de contraintes qu’il convient de prendre en charge. « Il y a plus de travail sur l’organisation du chantier que sur le chantier lui-même. Ou en tout cas presque autant. Et cela nous a pris beaucoup de temps ».

Principal challenge ? Parvenir à isoler le chantier des espaces qui restent ouverts au public. « On travaille dans une bulle installée à l’intérieur de l’édifice totalement hermétique et équipée d’un système de ventilation », indique l’architecte.

L’idée est « de séparer la zone de chantier du reste pour assurer la sécurité des personnes et des biens ».

Les œuvres d’art ne sont pas loin. Une logique qui a conduit aussi les techniciens à utiliser une technique de nettoyage douce qui n’engendre aucune poussière. Latex ou compresse d’argile permettent de toiletter les pierres sans incidence sur l’édifice.

Parallèlement, d’autres études sont en cours afin d’engager la suite des travaux qui concerneront les chapelles latérales, les vitraux ainsi que la rose occidentale, placée sur la façade principale, dont les parties plus anciennes très fragiles datent du XIVe siècle.

À l’issue de ce travail, c’est une autre phase de travaux qui est projetée en 2020. Imposant ensemble dont la construction s’est étalée sur trois siècles (1175-1480), la cathédrale Saint-Jean « est toujours en travaux », note l’architecte. Elle est classée monument historique depuis 1862.

Propos recueillis par Aline DURET

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