Mobilité Trottinettes à Lyon : six questions et un premier bilan en demi-teinte

Trottinettes, vélos, mais aussi voitures, tramway... circuler dans Lyon est devenu très compliqué. Le plus difficile étant que chacun trouve sa place.  Photo Progrès  /David TAPISSIER
Trottinettes, vélos, mais aussi voitures, tramway... circuler dans Lyon est devenu très compliqué. Le plus difficile étant que chacun trouve sa place.  Photo Progrès  /David TAPISSIER

Depuis sept mois, des centaines de trottinettes en libre-service ont envahi les trottoirs, mais aussi les routes et les parcs de Lyon. Un service répondant à un vrai besoin mais continue d’agacer les Lyonnais, lassés de voir ces nouveaux véhicules électriques individuels partout… et n’importe où. Premier bilan.

1. Un service qui fonctionne ?

OUI 

Électriques, peu onéreuses, adaptées à de courts trajets et flexibles… l’arrivée depuis septembre dernier des trottinettes en free-floating (NDLR : libre service) s’est rapidement imposée comme une alternative à la circulation automobile devenue si compliquée dans le centre de Lyon. Les touristes et les familles se les sont rapidement appropriées. Ce n’est pas étonnant que selon le PDG de Lime, Lyon est même dans le top 5 des marchés mondiaux.

2. Une saturation du marché ?

OUI 

On en dénombre environ entre 2 000 et 3 000 selon la Ville de Lyon avec une forme majorité de Lime. Six opérateurs ont tenté en sept mois leur chance à Lyon, le dernier venu, Bird ayant débarqué dans la capitale rhodanienne mi-avril. Résultat, elles sont partout, et les beaux jours arrivant, elles vont être de plus en plus nombreuses. Pour Jean-Yves Sécheresse, élu en charge des déplacements à Lyon, une régulation progressive devrait se faire et seuls ceux dont les services seront les plus satisfaisants resteront.

3. Un effet sur la circulation ?

OUI 

Si les premières semaines ont été assez difficiles avec pas mal d’abus, peu à peu, les trottinettes semblent peu à peu prendre leur place. La difficulté, c’est qu’elles n’en n’ont pas vraiment, de place définie, et qu’officiellement elles ne peuvent circuler nulle part : l’arrivée de ces nouveaux véhicules électriques individuels -NVEI- n’a toutefois pas été véritablement anticipée, ni par les législateurs ni par la municipalité lyonnaise qui tente aujourd’hui, tant bien que mal, de faire contre mauvaise fortune bon cœur avec une charte et une prochaine taxation des opérateurs.

4. Une gêne sur les trottoirs ?

OUI 

C’est le gros point noir. Les n’ont pas vraiment d’emplacement réservé et un coup de vent et patatras. La petite béquille ne résiste pas et même si elles sont garées de manières satisfaisantes au départ, elles s’étalent de tout leur long sur les bandes réservées aux piétons. « J’ai fait remonter ce besoin de double béquille » rajoute l’élu et en attendant la future loi, la ville de Lyon propose aux opérateurs une charte de bonne conduite. Parmi les points évoqués, l’opérateur doit s’engage à éviter que ses trottinettes stationnées ne causent de gêne aux piétons et aux véhicules. Dans le cas contraire, la police municipale peut être amenée à les emmener aux objets trouvés… les opérateurs pouvant venir les récupérer. Avec 130 véhicules la première semaine, force est de constater que la route risque d’être longue…

5. Un recyclage transparent ?

NON

Il règne une vraie opacité autour du recyclage de tous les véhicules. Seul Lime avoue travailler avec un acteur local… sans donner son nom. Pour les autres, silence radio. Que deviennent les trottinettes cassées, détériorées ? Où et comment sont-elles recyclées ? Mystère… 

6. Un impact polluant ?

OUI et NON 

Logiquement, ce sont des véhicules électriques, dont l’impact polluant est moindre. Mais que dire de l ’incivilité et des trottinettes qui terminent leur vie dans le lac du Parc de la Tête-d’Or, de la Saône ou du Rhône  ? Si Lime élimine cette information d’un revers de main « C’est un phénomène isolé et nous n’avons pas de données à ce sujet », force est de constater que le problème existe et que la pollution est réelle. Ce sont des dizaines qui ont déjà été retirées de l’eau. La dégradation progressive des batteries peut être un risque potentiel si la structure de l’emballage cède : les réactions avec l’eau forment des gaz d’hydrogène hautement inflammable et des fumées corrosives d’hydroxyde de lithium. Heureusement, le Rhône comme la Saône ont de gros débits, l’eau n’est donc pas directement affectée et les polluants transitent. Mais les effets toxiques liés aux empoisonnements par le lithium existent réellement…

La Loi d’Orientation sur les Mobilités attendue pour résoudre tous les maux...

Une loi qui devrait permettre aux nouveaux véhicules électriques individuels (NVEI) d’être enfin pris en compte.  Photo Progrès /David TAPISSIER
Une loi qui devrait permettre aux nouveaux véhicules électriques individuels (NVEI) d’être enfin pris en compte. Photo Progrès /David TAPISSIER

Derrière ce nom barbare, aucune idée sexiste. La loi LOM, c’est la Loi d’Orientation sur les Mobilités, soumise au Conseil des Ministres du 26 novembre 2018 et qui vient d’être acceptée à une très grande majorité par le Sénat. Pour autant, elle n’entrera en vigueur qu’après promulgation par le Président de la République.

Son objectif est simple : améliorer concrètement la mobilité de tous les citoyens et dans tous les territoires, grâce à des solutions de transports plus efficaces, plus propres et accessibles.

La loi s’articule autour de quatre objectifs :

- Apporter à tous et partout des solutions alternatives à la dépendance à l’usage individuel de la voiture.

- Développer l’innovation et les nouvelles solutions de mobilité qui doivent être mises au service de tous.

- Réduire l’empreinte environnementale des transports, en réussissant la transition écologique dans notre façon de se déplacer.

- Investir davantage dans les infrastructures qui améliorent les déplacements du quotidien.

La problématique de la circulation et de la place des NVEI devrait y être évidemment évoquée.

David TAPISSIER

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