Mobilité Trottinettes Lime : «Lyon est dans le top 5 de nos marchés mondiaux»

Toby Sun est PDG et co-fondateur de Lime, société de location de trottinette en libre service sans borne. Photo Progrès /Maxime JEGAT
Toby Sun est PDG et co-fondateur de Lime, société de location de trottinette en libre service sans borne. Photo Progrès /Maxime JEGAT

En six mois, Lime s’est emparé de Lyon. Leader du marché des trottinettes électriques en libre-service, la société américaine ne compte pas s’arrêter là. Le point avec son PDG et cofondateur Toby Sun, en visite à Lyon.

Marseille, Lyon, Paris. Tout droit venu de la baie de San Francisco, Toby Sun effectuait fin mars un court passage en France. Le PDG et cofondateur de Lime, l’entreprise leader de la location de trottinettes électriques en libre-service, la première à s’être implantée à Lyon, venait faire le point sur ce marché avec ses équipes (une trentaine de personnes à Lyon). Attablé avec Brad Bao, l’autre businessman à l’origine de la start-up valorisée à 2,4 milliards de dollars, l’homme de 36 ans a répondu à nos questions un dimanche après-midi, à la terrasse de L’Est, devant la gare des Brotteaux.

Toby Sun, quelle est la raison de votre visite à Lyon ?

« C’est mon premier voyage européen cette année. J’étais venu à Paris l’an dernier. J’ai eu l’opportunité, non seulement d’aller à Paris, mais aussi à Lyon et Marseille. La France est notre deuxième plus gros marché, après les Etats-Unis. Alors nous sommes très motivés par ces opportunités pour offrir aux gens une alternative propre et verte. Lyon est dans le top 5 de nos marchés mondiaux et le deuxième en Europe (après Paris). Nous sommes là pour faire le point avec l’équipe locale, rencontrer les utilisateurs, avoir leur sentiment, voir aussi les Juicers (1) pour voir ce que nous pouvons améliorer. Car nous sommes très attachés à ce marché.

« Lyon est un marché fantastique pour nous »

Pourquoi ?

Lyon est un marché fantastique pour nous, l’un des premiers en Europe. Nous avons appris beaucoup ici. Comment fonctionner avec la ville, comme travailler avec les utilisateurs, comment faire en sorte que tout se déroule parfaitement dans l’opérationnel.

C’est une ville stratégique ?

Une ville très importante. Je vais vous dire pourquoi. D’abord, le temps est agréable, la ville aussi. Ensuite, il y a les infrastructures, les pistes cyclables. Beaucoup de gens ne prennent pas leur voiture et préfèrent le vélo. J’ai vu aussi beaucoup de gens avec des trottinettes, des trottinettes classiques, pas électriques. Il y a déjà une culture établie, plus qu’aux États-Unis. Ce sont des bons indicateurs pour le futur, pour une ville intelligente et verte. Ensuite, Lyon épouse vraiment les nouvelles mobilités et de manière très rapide. Et puis Lyon est la première ville au monde à avoir eu le vélo en libre-service, même avant Paris. C’est un signe.

Nous nous sommes lancés ici il y a six mois, le 28 septembre. Selon nous, plus de 20 % (2) de la population de Lyon a testé une de nos trottinettes. C’est énorme. On veut que tout le monde y ait accès.

« Entre 1 000 et 2 000 trottinettes »

De combien de trottinettes disposez-vous à Lyon ?

Cela varie car on utilise les données pour ajuster notre présence. Chaque jour, c’est entre 1 000 et 2 000 trottinettes. Et nous collectons des centaines de milliers de données tous les jours. Nous savons ainsi où les trottinettes sont les plus utilisées, où elles doivent être plus présentes. Nous pouvons, comme nous le faisons à Lyon, remettre des trottinettes pendant la journée.

Lime était la première société à venir à Lyon. Maintenant, il y en a quatre autres, avec les mêmes tarifs. Comment se différencier ?

D’abord, on est heureux d’avoir des concurrents. Cela nous pousse à nous améliorer. Mais nous sommes aussi confiants car on peut se différencier. Par le produit en lui-même. Nos trottinettes en sont à la troisième génération, on a fait dix améliorations en seulement 12 mois. Nous prenons les retours clients et nous faisons évoluer le produit. Peu d’autres compagnies sont capables de le faire aussi vite. Les autres en sont à la première ou deuxième version de leur produit.

Ensuite, je pense que le fait d’être présent partout nous aide beaucoup. Nous sommes présents sur cinq continents, 21 pays, plus de 100 marchés. Nous sommes le plus gros opérateur au monde. Nous apprenons ainsi de différents scénarios : Paris, Brisbane, LA, Auckland… Enfin, je pense que l’expérience client nous aide beaucoup. Nous voyons comment les utilisateurs ou les villes appréhendent les trottinettes. Certaines villes sont plus progressistes et savent comment faire, d’autres non. La relation avec les villes est importante.

Bordeaux, par exemple, a suspendu votre arrivée…

Oui. Nous en avons tiré des leçons. Certains marchés sont prêts, d’autres ne le sont pas encore, ont une approche plus conservatrice. C’est normal. Nous faisons beaucoup de sensibilisation sur ce que nous proposons.

Photo Progrès Maxime JEGAT
Photo Progrès Maxime JEGAT

« Il y aura des règles. Sinon, cela sera chaotique »

Pour en revenir à la concurrence, aux nombreuses trottinettes que nous voyons en ville, pensez-vous qu’un jour, il y aura une régulation ?

La régulation est inévitable et nous pensons que c’est une bonne chose. Nous avons à gérer ça dans de nombreux marchés, nous adaptons notre modèle suivant les villes. Donc, il y aura régulation mais beaucoup de villes ont une approche progressiste. À Lyon, c’est parfait. Nous travaillons avec la mairie, nous augmentons le nombre de trottinettes seulement quand nous voyons qu’il y a de la demande, qu’il y a les équipes pour le faire. On ne veut pas surcharger la ville et tuer le modèle. Lyon est un bon exemple : il y a des règles mais pas trop. Ainsi, on peut tous apprendre et avancer ensemble. Quelques règles pour commencer, c’est bien, mais il n’en faut pas trop non plus. Et après, nous pouvons adapter. C’est comme pour les voitures. Quand elles sont arrivées, il ne pouvait pas y avoir de règles parfaites dès le premier jour. Pour les trottinettes, c’est la même chose. Il faut des règles. Sinon, cela sera chaotique.

(Quelqu’un de son équipe précise) A Lyon, nous avons établi avec la ville une charte de bonne conduite, après de longs échanges.

Revenons un peu en arrière. Parlez-nous des débuts de Lime…

Nous avons créé Lime il y a environ deux ans. Nous sommes une compagnie très jeune mais nous sommes heureux de faire partie de cette révolution des mobilités. Moi, j’ai passé ma vie dans de grandes villes : San Francisco, New York, des grandes villes en Chine et j’ai voyagé beaucoup en Europe. J’ai mis le doigt sur une chose. Pour faire des courtes distances, pourquoi s’asseoir dans une voiture ? Pourquoi rester coincé dans les bouchons pendant 20 minutes ? Pour le dernier kilomètre…

Puis, j’ai été inspiré par ce qui se faisait : les vélos partagés à Lyon, à Paris, à New York aussi le free-floating en Chine. Il y a des choses qui ont été faites correctement, d’autres pas du tout. On a pris les bonnes choses, on essaie de tirer des leçons. Je crois en la création d’un réseau global de mobilités qui connecteront des milliers d’appareils, que vous, moi, tout le monde pourra utiliser, pour compléter les transports en commun, la voiture.

C’est votre vision de la mobilité de demain ?

La vie urbaine à travers la mobilité, c’est le projet. À la fin de la journée, on espère que les gens ne sont pas restés coincés derrière leur ordinateur, mais aillent dehors, se déplacent, qu’ils rencontrent des gens, sortent manger… De manière plus intelligente, plus verte, plus saine. Selon nous, l’utilisation de Lime à Lyon en six mois a permis d’économiser 100 000 l d’essence, la quantité nécessaire pour faire autant de km en voiture que ceux effectués par les Limes. Si on cumule le temps passé de tous les trajets en Lime dans les six derniers mois, cela représente au total 8 000 jours passés par les Lyonnaises et Lyonnais sur des Limes à Lyon.

« L’objectif, c’est le premier et le dernier kilomètre »

Dans d’autres villes, vous avez développé les vélos électriques. Mais pas à Lyon, ni en France d’ailleurs. Pourquoi ?

L’objectif, c’est le premier et le dernier kilomètre. Pour certains marchés, le vélo électrique convient parfaitement. Pour le moment, la trottinette, c’est ce qu’il convient le mieux pour Lyon. On garde cette option en réserve. À Seattle, c’est très vallonné, on a misé sur les vélos. On se concentre sur les utilisateurs. Si les gens ne sont pas prêts pour les trottinettes, on fait du vélo. Sinon, on fait de la trottinette. Les gens ont montré une passion pour les produits électriques et c’est important de développer plusieurs options. Ici, à Lyon, nous pensons que les trottinettes sont très complémentaires des vélos et des Vélo’v.

Quelle est la prochaine étape pour Lyon ?

Les trottinettes bien sûr. On espère développer encore la flotte dans les prochains mois en négociant avec la ville pour voir ce qui serait la bonne cadence. Nous voulons que les gens trouvent une trottinette facilement, en vingt secondes, qu’ils ne pensent même pas à la voiture. On aimerait que tout le monde puisse tester nos trottinettes.

Par ailleurs, on teste différentes choses. À Seattle, nous avons développé Limepod, un service de voitures partagées. On regarde les différentes options qui s’offrent à nous suivant les besoins.

Il y a un périmètre d’utilisation. Vous pensez le faire évoluer ?

Oui. Nous espérons l’agrandir, pour proposer des trottinettes dans les villes avoisinantes, pour créer un vrai réseau. »

(1) Les autoentrepreneurs qui rechargent les trottinettes, en les récupérant le soir et en les remettant sur les trottoirs le lendemain

(2) En évoquant la population intra-muros (513 000 personnes en 2015), cela signifierait que plus de 102 000 ont déjà utilisé une Lime.

Propos recueillis par Jean-Philippe CAVAILLEZ

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