Transports Travaux du T6 avenue Mermoz: les commerçants sont à l’agonie

Les gérants Bruno Duval (restaurant Atelier 72) et Atef Khayat (station Total Relais Lyon Mermoz) au 72 et 86, avenue Mermoz, souffrent financièrement depuis deux ans.  Photo Le Progrès /Évelyne GIUDICE
Les gérants Bruno Duval (restaurant Atelier 72) et Atef Khayat (station Total Relais Lyon Mermoz) au 72 et 86, avenue Mermoz, souffrent financièrement depuis deux ans. Photo Le Progrès /Évelyne GIUDICE
Soraya Ben-Krief, fleuriste gérante de Plane’t Flor au 99 de l’avenue souffre depuis avril 2018.  Photo Le Progrès /Nadine MICHOLIN
Soraya Ben-Krief, fleuriste gérante de Plane’t Flor au 99 de l’avenue souffre depuis avril 2018.  Photo Le Progrès /Nadine MICHOLIN
Les gérants Bruno Duval (restaurant Atelier 72) et Atef Khayat (station Total Relais Lyon Mermoz) au 72 et 86, avenue Mermoz, souffrent financièrement depuis deux ans.  Photo Le Progrès /Évelyne GIUDICE Soraya Ben-Krief, fleuriste gérante de Plane’t Flor au 99 de l’avenue souffre depuis avril 2018.  Photo Le Progrès /Nadine MICHOLIN

Depuis le début des travaux fin 2016, le chantier du tramway T6 pénalise les commerces difficiles d’accès. Quant aux bouchons, ils ont fait fuir la clientèle de passage.

Dès le démarrage du chantier avec les déviations de réseaux en octobre 2016, l’avenue Jean-Mermoz qui relie Lyon à l’accès au boulevard Pinel (Bron) est devenue un cauchemar pour les automobilistes : voies rétrécies, bouchons aux heures de pointe, peu d’échappatoires… Après deux ans de chantier, les commerçants interrogés craignent de ne pas tenir jusqu’à l’ouverture. En manque de trésorerie, le maintien de leurs activités demeure précaire d’ici à l’ouverture du T6, fin 2019. Tous affirment ne pas respecter leur prévisionnel vis-à-vis de leur banque et nourrissent l’espoir d’un geste de la part de Sytral (Syndicat mixte des transports pour le Rhône et l’agglomération lyonnaise).

« Le secteur est sinistré » (Atef Khayat, gérant de la Station Relais Lyon Mermoz, au n°86)

« Le secteur est sinistré avec des problématiques d’accès et de bouchons. La rue Joseph-Nicolas est le seul autre accès pour venir à la station. Les automobilistes arrivent chez nous tendus et excédés. Lundi, mercredi et vendredi constituent les pires journées. J’ai repris la station en 2012. Je pouvais servir jusqu’à 1200 clients par jour ! J’ai commencé à souffrir au premier semestre 2017. J’ai perdu 30% de ma clientèle. Je n’ai plus que des habitués, celle de passage a abandonné. En plus des travaux du T6, nous avons souffert des travaux du chauffage urbain avenue Général-Frère. Le chantier du T6 a rendu difficile l’approvisionnement en carburant. Je suis contraint de faire venir des petits porteurs et le planning est difficile à gérer. Je me retrouve régulièrement en rupture de stock. Au niveau stationnement, le quartier est saturé. Tous les matins à l’ouverture à 6 heures, j’appréhende de trouver des véhicules. C’est intenable. J’ai arrêté la boulangerie et les viennoiseries et j’ai baissé mon stock de 25%. Quant à mon chiffre d’affaires, il est en chute de 40%. »

« Je suis sur la corde raide » (Bruno Duval, gérant du restaurant ‘‘l’Atelier’72”, au n°72)

« Je suis sur la corde raide. J’ai ouvert en 2015 en misant sur 60 à 100 couverts, notamment le soir. Je n’ai aucune visibilité. Elle est nulle depuis trois ans. J’ai dû fermer le dimanche. Je n’ai plus aucun salarié à temps complet. Mes six employés travaillent à temps partiel, même le cuisinier. J’optimise pour avoir moins de pertes. Mes clients viennent à pied, les particuliers et sociétés plus éloignées, ne viennent plus. Certains jours, la queue va jusqu’à Santy. À l’angle de mon restaurant avec la rue Claude-Violet en sens unique, des bagarres régulières se produisent entre automobilistes excédés. Le pire c’est le soir, je ne peux pas travailler avant 20h30 en raison des bouchons et du manque de places de stationnement. »

« Je suis à l’agonie » (Soraya Ben-Krief, gérante fleuriste de Plane’t Flor, au n°99)

« J’ai repris ce magasin en juillet 2017 et j’ai engagé 35 000 euros de travaux. J’ai connu un super-démarrage avec une belle hausse de mon chiffre par rapport à mon prédécesseur. J’étais sur le point d’embaucher une salariée quand, en avril 2018, j’ai subi un coup d’arrêt. Les travaux m’ont fait perdre la clientèle de passage. Je survis. Mon chiffre d’affaires a baissé de 40%, je suis à l’agonie. Je me verse un tout petit salaire. Je n’ai plus de trésorerie, d’autant que je paie cette année le dernier bilan positif de 2018. Je ne sais pas si je vais tenir d’ici à la fin des travaux. »

« Nous avons perdu notre clientèle de passage » (salariée à la boulangerie ‘‘Maison Robin’’ au n°93)

« Mes patrons ont repris il y a huit ans. Depuis les travaux, le chiffre d’affaires a baissé d’au moins 30%. Nous avons perdu notre clientèle de passage. Les clients qui viennent en voiture ne peuvent accéder au parking que dans le sens Bron-Lyon et en coupant la piste cyclable… Nous étions huit employés, nous ne sommes plus que cinq. »

T6 : un calendrier tenu

Juin
Les essais statiques (sans circulation de tramways) débuteront afin de vérifier, contrôler et tester le fonctionnement.

Début août
Les essais dynamiques prendront le relais (avec tramways).

Mi-septembre
La marche à blanc (circulation des tramways en condition d’exploitation sans voyageurs) et les formations des conducteurs commenceront.

Pas de dossier à la commission d’indemnisation du Sytral

Le T6 circulera avenue Jean-Mermoz en décembre 2019.  Photo Le Progrès /Nadine MICHOLIN
Le T6 circulera avenue Jean-Mermoz en décembre 2019. Photo Le Progrès /Nadine MICHOLIN

La commission d’indemnisation a pour objet d’examiner, pour avis, les demandes d’indemnisation des entreprises qui subissent des préjudices économiques du fait de la réalisation des travaux engagés par le Sytral.

Depuis avril 2018, les commerçants n’ont plus à avancer de l’argent pour rémunérer un expert désigné par le tribunal administratif et les délais de traitement sont raccourcis. Le Sytral désigne des prestataires dotés d’une expertise à la fois technique, juridique et comptable pour instruire et analyser des dossiers soumis avec transmission du chiffre d’affaires sur trois ans de préférence. Dans le cas du chantier de T6, le Sytral a mis à disposition une personne référente en matière de relations avec les riverains, Sandrine Besson. À ce jour, les commerçants de Mermoz n’ont pas saisi la commission d’indemnisation à l’amiable du Sytral, lequel ne recense d’ailleurs aucun dossier d’indemnisation en cours sur Lyon.

Nadine MICHOLIN

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