Art urbain Théo Haggaï dessine comme il rêve: en grand, avec humanité…

Squat Maurice Scève à la Croix-Rousse. Photo Le Progrès /Tatiana VAZQUEZ
Squat Maurice Scève à la Croix-Rousse. Photo Le Progrès /Tatiana VAZQUEZ
Théo Haggaï a pris possession de la vitrine de l’Urban Pop Up de Superposition à la Confluence avec ses rêveurs.  Photo  Tatiana VAZQUEZ
Théo Haggaï a pris possession de la vitrine de l’Urban Pop Up de Superposition à la Confluence avec ses rêveurs. Photo Tatiana VAZQUEZ
Squat Maurice Scève à la Croix-Rousse. Photo Le Progrès /Tatiana VAZQUEZ Théo Haggaï a pris possession de la vitrine de l’Urban Pop Up de Superposition à la Confluence avec ses rêveurs.  Photo  Tatiana VAZQUEZ

Avec ses graffitis monochromes, l’artiste, Théo Haggaï, diffuse sur les murs de Lyon des valeurs humanistes. On lui doit la fresque « human moon constellation » sur le squat occupé par des jeunes réfugiés à la Croix-Rousse.

On s’approche et on pense d’abord, à Paul Fort et à sa Ronde autour du monde, « si tous les gens voulaient se donner la main ». Et puis aussi à Keith Haring, bien sûr, à ses danseurs, icônes pop des années 1980.

On s’approche encore et sur la vitrine de la galerie éphémère ouverte par Superposition au premier étage du centre commercial de la Confluence, le dessin prend vie. À coup de traits, noirs, imbriqués les uns dans les autres, comme si la ligne ne faisait qu’une, c’est la terre qui se dessine. Au centre, deux mains qui se tiennent et tout autour, des poings qui font barrière et protègent. Jeu de lumière, d’ombre et de transparence, la peinture est en cours.

Chaîne humaine

En fait, ce n’est pas du Keith Haring, ni dans les lignes, moins frénétiques, ni dans les personnages, plus ronds, comme en apesanteur. C’est singulier mais on connaît quand même. On a déjà vu ça ailleurs, dans Lyon. Sur les pentes de la Croix-Rousse, dans le 1er, à Foch, dans le 6e ou au Brotteaux. Et plus récemment, sur l’ancien collège Maurice Scève, ce squat devenu lieu de refuge pour les jeunes migrants isolés, dans le dans le 4e. Là-bas, la fresque est magistrale et la chaîne humaine, que forment les silhouettes noires sur fond blanc, raconte la solidarité qui se joue juste en dessous. Les mots « Human moon constellation » s’entrelacent dans les motifs monochromes. On s’approche encore et l’on rencontre l’artiste enfin. Théo Haggaï, 28 ans, marqueur en main. Aujourd’hui, il fait partie des « talents prometteurs émergents, qui montent, à suivre absolument », encourage un site spécialisé dans l’art contemporain et urbain. Pour l’origine de l’histoire, il faut remonter dix ans plus tôt.

Le bac en poche, il fait une mise à niveau en art appliqué pour un BTS de communication visuelle, option pub et édition. « J’avais 5. Ce n’était pas pour moi, en fait je ne sais pas dessiner… » Son truc, c’est davantage le graffiti. Il peint sur tout ce qui lui tombe sous la main, même des cailloux. Quand il travaillait comme caissier dans un supermarché de quartier, il dessinait sur les fadettes. Au stylo-bille noir, il composait des petits mondes minutieux, loin d’être aussi enfantins qu’ils voulaient bien en avoir l’air. C’est cet univers qu’il transpose dans la rue à Lyon depuis cinq ans. « Je n’ai jamais vraiment aimé peindre sur les toiles, répond-il. Mais la rue n’est pas une fin en soi, je ne cherche absolument pas à braver l’interdit. Ce que j’aime, c’est rencontrer les gens pendant que je peins et échanger sur mon travail. Je veux surprendre et interpeller. La rue permet de sortir l’art des galeries… »

Il dit aussi qu’il est davantage « axé sur le message à faire passer que sur la technique ou la beauté. » Il dit enfin qu’il veut multiplier les projets pour véhiculer les idées. « Quand on me dit que je fais du Keith Haring, cela me fait sourire. Je le prends comme un compliment d’autant que je me revendique d’une école Keith Haring. Mes dessins diffusent les mêmes valeurs, humanistes et solidaires. » Il parle de ses bonhommes, qu’ils appellent des rêveurs, connectés à des planètes. Des poings qui défendent les mains liées. De la lune que l’on peut atteindre si l’on s’entraide. Son rêve à lui, parcourir le monde et dessiner partout pour porter ce message.

Tatiana VAZQUEZ

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