SOCIAL Patricia S. et Titou, son chien, Gilets jaunes avant l’heure

«Changer la société, c’est devenu ma raison de vivre», affirme Patricia S.  Photo Le Progrès/Tatiana VAZQUEZ
«Changer la société, c’est devenu ma raison de vivre», affirme Patricia S. Photo Le Progrès/Tatiana VAZQUEZ

Depuis plus de vingt ans, Patricia S., Lyonnaise, est de toutes les mobilisations. Celle qui n’a pas attendu les Gilets jaunes pour lutter pour plus de « justice sociale » rejoint chaque samedi le rang des manifestants à Lyon, avec son chien. Une figure devenue incontournable.

On la repère de loin, au milieu des Gilets jaunes. En fait, c’est son chien que l’on remarque surtout. Il s’appelle Titou, il est de toutes les manifestations à Lyon ces derniers temps, celles des Gilets jaunes comme celle pour le climat. À chaque fois, il porte haut sur le dos les revendications de sa maîtresse, Patricia S.

« La première fois que j’ai eu l’idée de l’emmener, c’était pour les manifestations contre la réforme des retraites de Sarkozy en janvier 2009. C’est là que j’ai compris qu’il était très utile en porte-drapeau », raconte cette Lyonnaise. À presque 64 ans, la dame n’a pas attendu les Gilets jaunes pour enfiler une chasuble jaune, déjà à l’époque, et descendre dans la rue. Ses premiers cortèges remontent à 1997. Un peu trop critique à l’égard de sa direction, elle venait d’être licenciée de son poste d’assistante export dans une entreprise qui a fini par faire faillite.

500 euros par mois

Après une grosse période de remise en cause personnelle, elle se rapproche de l’association Agir ensemble contre le chômage, comprend que « le problème, ce n’est pas [elle], mais la société qui produit le chômage », et devient militante. Militante et manifestante. « Changer la société, c’est devenu ma raison de vivre », dit-elle. Les années passent, les mouvements de protestation aussi. Chaque fois, elle descend dans la rue et écrit sur sa chasuble jaune ses slogans, ici, contre la réforme des retraites, là, contre la loi travail. « Comme Stéphane Hessel, je m’indigne. Je m’indigne, devant la casse du droit du travail, déjà exécutée. Je m’indigne devant les casses en cours, de l’éducation nationale, de la santé, des communautés territoriales, des services publics. »

Quand les premiers ronds-points de Gilets jaunes éclosent en novembre dernier, on la retrouve sur celui de Saint-Priest, près du centre commercial Auchan. Comme bon nombre de personnes qu’elle retrouve là, elle sait à quoi ressemble la vie avec 500 euros par mois. Sans emploi fixe depuis près de vingt ans, elle touche l’ASS, l’Allocation de solidarité spécifique versée aux chômeurs en fin de droits. Socialiste, dans les années 1980, « du temps où l’on croyait que Mitterrand pouvait changer les choses », elle rejoint ensuite le rang des écologistes, puis ceux de la France insoumise.

Mais son combat, n’a pas dévié depuis vingt ans. « Cela fait des années que je me bats pour plus de justice sociale, la seule option, au passage, pour lutter contre le réchauffement climatique. Cela fait des années que l’on dit que la France est coupée en deux, entre ceux qui ont tout, et les ultras-riches qui n’ont rien. Les Gilets jaunes sont plus qu’une indignation sur les carburants, c’est une révolte populaire contre Macron. Ce mouvement, c’est cette soupape de sécurité qui lâche enfin. La révolte avait besoin de sortir. »

Depuis quatorze semaines, Patricia rejoint chaque samedi les rangs des manifestants à Lyon. Ces derniers temps, elle se tient un peu en retrait du cortège, des violences et des gaz lacrymogènes. Elle se positionne, même seule, rue de la République, et brandit ses pancartes pour « faire passer le message ». Sur le dos de Titou, on peut lire : « Rends l’ISF d’abord, tous en grève des achats. »

Le mouvement des Gilets jaunes, c’est cette soupape de sécurité qui lâche enfin Patricia S.

«La violence nous dessert, mais marcher ne suffit pas : il faut bloquer l’économie»

Patricia S. appelle à la grève des achats.  Photo Le Progrès/T. VAZQUEZ
Patricia S. appelle à la grève des achats. Photo Le Progrès/T. VAZQUEZ

Patricia ne cautionne pas, mais elle explique la violence qui, depuis quelques semaines, va crescendo en marge des manifestations de Gilets jaunes à Lyon. « Pour certains, c’est l’occasion de se défouler physiquement, de laisser sortir la colère. Ils n’ont pas d’autre exutoire et pensent que c’est la seule solution pour se faire entendre », dit-elle, avant d’ajouter : « La violence nous dessert, mais marcher, comme on marche pour le climat, ne suffit pas. Ce qu’il faut, c’est bloquer l’économie. »

Sa stratégie, elle la peaufine depuis des années maintenant et l’a théorisée sur son blog “Pour l’avenir”. Bloquer l’économie, c’est « faire la grève des achats » : « C’est par leur poids économique de consommateurs que les citoyens peuvent agir. Donc c’est par leurs actions de consommation que la révolte actuelle doit continuer. » Pour rendre visible sa grève, elle appelle à ne plus fréquenter les enseignes de la grande distribution, tous les jeudis. Sa pétition sur change.org “Pour 1 référendum sur les réformes de Macron par la grève de la consommation” a recueilli jusque-là 2 261 signataires.

Tatiana VAZQUEZ

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