Vandalimse Gilets jaunes: chaque samedi, le quai Perrache concentre les actes de violence

Des barrières de chantier, colmatant une brèche du grillage séparant l’autoroute du quai Perrache, ont été quasiment toutes arrachées. Les pieds en béton ont servi de projectiles.  Photo Le Progrès/Jean Alain GARAVEL
Des barrières de chantier, colmatant une brèche du grillage séparant l’autoroute du quai Perrache, ont été quasiment toutes arrachées. Les pieds en béton ont servi de projectiles. Photo Le Progrès/Jean Alain GARAVEL
Vitrines brisées, barrières arrachées, mobilier urbain saccagé... Photo Le Progrès/Jean-Alain GARAVEL
Vitrines brisées, barrières arrachées, mobilier urbain saccagé... Photo Le Progrès/Jean-Alain GARAVEL
Des barrières de chantier, colmatant une brèche du grillage séparant l’autoroute du quai Perrache, ont été quasiment toutes arrachées. Les pieds en béton ont servi de projectiles.  Photo Le Progrès/Jean Alain GARAVEL Vitrines brisées, barrières arrachées, mobilier urbain saccagé... Photo Le Progrès/Jean-Alain GARAVEL

De semaine en semaine, le quai Perrache est le théâtre d’actes de vandalisme perpétrés par des casseurs en marge de la mobilisation des Gilets jaunes. Dans le quartier, qui porte les stigmates de ces violences, l’ambiance est devenue anxiogène.

« Partez vite, les Gilets jaunes arrivent ! » Samedi 16 février, cet habitant de Perrache s’est laissé surprendre. D’habitude, il ne sort plus de chez lui dès qu’il entend l’hélicoptère dans le ciel, mais ce jour-là, il était dehors en milieu d’après-midi, alors que la mobilisation des Gilets jaunes avait déjà basculé dans une autre dimension. Les CRS qui stationnaient dans le quartier étaient là pour le rappeler à la réalité. Il faut dire que chaque semaine, le scénario semble se répéter. Comme joué d’avance.

Dès les premiers débordements, les manifestants sont ainsi contraints de quitter le secteur de Bellecour, sanctuarisé, par la place Antonin-Poncet. Ils se retrouvent quai Gailleton. Remonter vers le nord, en direction de la Guillotière est impossible à cause d’un “mur” de CRS et la seule option, dès lors, est de se rabattre vers le sud et l’autoroute A7. Bienvenue sur le quai Perrache, il est près de 16 heures.

Le lieu cristallise, chaque samedi, les débordements de violence et actes de vandalisme. C’est dans ce secteur qu’a eu lieu la semaine dernière, l’agression contre le véhicule de policiers dont la vidéo, diffusée sur Internet, a ému l’opinion. Au-delà de ces images choquantes, le spectacle qui s’offre à la vue, une fois que la vague de fureur s’est retirée, est désolant. Il y a les voitures brûlées ou aux vitres cassées. Il y a l’agence d’intérim à la porte brisée et la borne du parking souterrain du marché gare saccagée. Il y a les tentatives de cambriolage et de pillage, les containers à verre renversés, l’éclairage public, les panneaux et les feux de signalisation vandalisés, le matériel de chantier et les outils volés…

« J’avais de la sympathie pour les Gilets jaunes mais je ne tolère plus tout ce qui se passe les samedis »

Trois jours plus tard, le quartier pansait encore ses plaies. Au parking LPA qui continue de fonctionner, des barrières en bois ont été installées pour remplacer les vitres cassées. Un peu plus loin, les agents du Grand Lyon ont renforcé la solidité des tronçons de barrières qui séparent encore l’autoroute du quai Perrache et enlevé tous matériels pouvant servir de projectiles.

Un témoin raconte : « J’ai vu les casseurs démonter les pieds en béton des barrières de chantier qui se trouvent entre le quai et l’autoroute pour ensuite jeter les pavés sur les voitures. » Ancien gendarme, il n’a pas réellement eu peur mais, dans le quartier, chaque samedi, c’est le sentiment d’insécurité qui domine. Mathilde habite Perrache depuis 1960. Elle a 85 ans, affirme ne pas être « peureuse de nature ». Mais samedi 16 février, sous la voûte de Perrache, en se retrouvant « entourée de faux Gilets jaunes cagoulés et vociférant », elle avoue s’être sentie « stressée ».

« Désormais, je resterai chez moi les samedis après-midi. C’est malheureux d’en arriver là », dit-elle avant d’ajouter : « Au départ, j’avais de la sympathie pour les Gilets jaunes mais je ne tolère plus tout ce qui se passe tous les samedis. »

« Le droit de manifester, pas de casser »

Alors que l’acte XV se prépare sur les réseaux sociaux, des voix continuent de s’élever pour dire “stop”. Parmi eux, Marcel, employé dans une société de location de véhicules. Samedi 16 février, il a dû mettre à l’abri une mère de famille et ses enfants qui s’étaient retrouvés au milieu des échauffourées. « Personne n’est venu restituer les véhicules loués, d’où une perte de chiffre d’affaires pour nous. Maintenant je ne sais pas trop pourquoi ils manifestent. Ils ont le droit de le faire mais non de casser et d’empêcher les gens de travailler. »

Et même ceux qui « par principe » étaient « d’accord avec les Gilets jaunes », comme André, responsable d’un commerce, désapprouvent « la violence de certaines personnes ». « Dès leur passage, confie-t-il, nous devons fermer le magasin car il y a trop de risques. Vers 16 heures, les clients ne peuvent plus faire leurs courses, la journée est foutue. Le samedi nous perdons entre 20 et 30 % du chiffre d’affaires. »

Denis Broliquier, maire du 2e : « Ras-le-bol »

Denis Broliquier. Photo d'archives  Richard Mouillaud
Denis Broliquier. Photo d'archives Richard Mouillaud

« Heureusement que les policiers sont là », commence Denis Broliquier, maire du 2e arrondissement de Lyon, qui chaque samedi, est sur le terrain pour mesurer les dégâts et entendre l’agacement des habitants de la presqu’île. Il dit : « Ce qui s’exprime, c’est le ras-le-bol. Les gens ne comprennent plus le sens de ce mouvement, même ceux qui partageaient les revendications du départ en ont marre. Et beaucoup me demandent « qui va payer ? » Il suffit de les voir avec leurs cagoules, leurs marteaux, leurs masques et tout leur équipement pour comprendre ce qu’ils veulent : casser. Il y a quelques semaines, le mot d’ordre qui circulait était de mettre le feu à la grande poste, place Antonin-Poncet. C’est le symbole de l’entreprise d’État que l’on veut détruire. Samedi après samedi, c’est un mouvement qui coûte cher à tout le monde. En presqu’île, les commerçants sont en première ligne avec des pertes de chiffres d’affaires entre 15 et 50 %. Certains ont dû se séparer de salariés. J’ai rencontré la directrice du centre commercial de la Confluence, elle me dit que la situation est anxiogène pour tout le monde. L’image de la presqu’île est abîmée. »

Tatiana VAZQUEZ avec Jean-Alain GARAVEL, correspondant local

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