Théâtre Laurent Gutmann, l’artiste qui veut rendre l’Ensatt plus sexy

Avec Laurent Gutmann, c’est la première fois qu’un artiste dirige l’École nationale supérieure d’arts et techniques du théâtre (Ensatt).  Photo Benjamin BOURGEOIS
Avec Laurent Gutmann, c’est la première fois qu’un artiste dirige l’École nationale supérieure d’arts et techniques du théâtre (Ensatt).  Photo Benjamin BOURGEOIS

Élu à la tête de cette école de théâtre unique en Europe, Laurent Gutmann souhaite redonner un coup de peps à ce lieu qui a formé, entre autres, Cécile de France.

Avant son transfert à Lyon, il y a vingt ans, l’ex-école de la rue Blanche faisait rêver. Il semble que ce ne soit plus le cas. Comment rendre plus sexy le seul établissement européen à former à une dizaine de métiers qui permettent la réalisation d’un spectacle, de l’écriture dramatique jusqu’à l’administration ? C’est le défi qu’entend relever Laurent Gutmann, nouveau directeur de l’École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre (Ensatt). Intervenant régulier dans les grandes écoles de théâtre de l’Hexagone, ce metteur en scène de 52 ans, qui signe ou cosigne ses scénographies, veut remettre le théâtre et les étudiants au cœur du projet. « Nous devons développer la transversalité, accompagner les processus de fonds qui traversent le théâtre d’aujourd’hui comme l’irruption des collectifs, des auteurs/metteurs en scène, tels Joël Pommerat et Wajdi Mouawad, et des scénographes/metteurs en scène comme Stéphane Braunschweig ou Éric Ruff », explique ce Parisien qui a fait ses gammes avec Antoine Vitez.

Bientôt des parcours publics

Il a aussi reporté la limite d’âge de 25 à 27 ans, pour diversifier les profils sociaux des étudiants, et introduit un parcours libre dans les épreuves du concours d’entrée. « Je n’attends pas que les étudiants s’insèrent dans le milieu du théâtre mais qu’ils le façonnent. » Élu pour un mandat de cinq ans, renouvelable une fois, l’ancien étudiant en philosophie (il a préparé un doctorat sans le conclure) prend ses marques pour l’instant. Mais à la rentrée prochaine, il mettra les « mains dans le cambouis » en signant l’un des ateliers-spectacles ouverts au public. « Pour briser notre isolement, nous allons multiplier les propositions, donner l’impression d’une ruche où il se passe toujours quelque chose. » Cette politique d’ouverture commencera par une décoration plus séduisante des parties publiques, et surtout, la recherche d’un nom plus évocateur d’une école de théâtre que l’acronyme d’Ensatt. Si vous avez des idées, n’hésitez pas, Laurent Gutmann saura les mettre en scène.

Résistance ou lâcheté ?

Révélée lors du festival Sens interdit, l’artiste russe Tatiana Frolova récidive à l’Ensatt en mettant en scène le premier atelier-spectacle de la 78e promotion. Depuis que nous sommes arrivés, il pleut. Inspiré de Denise Domenach-Lallich, il renvoie à notre propre histoire, celle d’une Occupation qui a divisé les Français entre résistants et collaborateurs. Où est la frontière entre résistance et lâcheté ? Pourquoi nous révoltons-nous ou acceptons-nous notre sort ? Pas de réponse à ces questions, mais un parcours presque ludique et stimulant qui fait appel à toutes les ressources du théâtre.

> Jusqu’au 15 février. Ensatt 4, rue Sœur-Bouvier (Lyon 5e). Tél. 04.78.15.05.07.

Antonio MAFRA

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