Rhône - Économie Brexit: un véritable casse-tête pour les PME de la région

David Buffelard Pdg du groupe lyonnais Upergy (ex VDI), spécialisé dans le commerce de gros de matériel électrique. Photo Joël PHILIPPON
David Buffelard Pdg du groupe lyonnais Upergy (ex VDI), spécialisé dans le commerce de gros de matériel électrique. Photo Joël PHILIPPON

Les entreprises de la région qui travaillent avec la Grande Bretagne sont confrontées aux incertitudes du Brexit. Tandis que certaines préfèrent attendre le dernier moment, d’autres anticipent.

« C’est notre quotidien de s’adapter quand on est entrepreneur mais là, on est tous dans le grand flou », observe David Buffelard. Malgré tout serein, le Pdg du groupe lyonnais Upergy (ex VDI) cherche à trouver les meilleures solutions pour limiter la casse liée à la mise en place du Brexit. Son groupe réalise 20 % de son chiffre d’affaires (44 millions d’euros) en Grande Bretagne.

Spécialisé dans la distribution de piles, batteries et chargeurs, Upergy compte 35 personnes au sein de sa filiale basée près de Birmingham. Jusqu’à maintenant, des camions partaient tous les jours à destination de la Grande Bretagne. « Dès que le Brexit sera mis en place, les camions vont être bloqués à la frontière avec des délais sans doute très longs et bien sûr des droits de douane à payer, voire des retards de livraisons », nous explique le dirigeant.

Un stock pour tenir six à neuf mois

Face à ces risques de déstabilisation de son marché dans les mois à venir, David Buffelard a décidé de créer un stock de produits d’une durée de six à neuf mois à proximité de sa filiale. « Ce stock va nous permettre de vivre en autarcie en Angleterre sans être pénalisé par ces retards. »

Privilégiant la carte de la prudence « face à cette période d’incertitude », l’entrepreneur a dû consentir à un effort financier important. « Ce sont ainsi 2 millions d’euros qui sont mobilisés, détaille le dirigeant, c’est un effort exceptionnel que nous pouvons assumer grâce à notre trésorerie et l’appui de nos banques. »

Parmi les autres effets attendus du Brexit figure le changement de logiciel avec ses clients britanniques et la réorganisation des effectifs attachés à la logistique. Mais ce qui contraint le plus David Buffelard, c’est le statut de ses salariés qui travaillent outre-Manche. Qu’en sera-t-il des cotisations, des retraites ? Autant de questions que le Pdg lyonnais, comme tant d’autres, se pose sans connaître de réponse, à ce jour.

Malgré tout, ces perspectives forcément compliquées n’entament pas la volonté du dirigeant de travailler avec les Britanniques. Il vient d’ailleurs d’acquérir Hawk-Woods, une société anglaise spécialisée dans la fabrication de systèmes de batteries avancés pour l’industrie mondiale du cinéma et de la télévision (CA de 2,8 millions d’euros et 20 collaborateurs).

« Il est encore temps de s’organiser »

Depuis des semaines, les spécialistes des douanes et des transports sont sollicités par les entreprises qui travaillent avec la Grande Bretagne.

À l’image de David Canard-Volland, qui anime, pour le compte du groupe lyonnais Clasquin, des “Matinales du Brexit” un peu partout en France. « Les entreprises concernées doivent mettre en place un plan Brexit, assure-t-il. Elles doivent s’interroger sur la nature de leurs contrats avec leurs clients ou fournisseurs britanniques, et voir notamment s’il existe des clauses concernant les respects de délais de livraison. Il faut aussi s’appuyer sur des compétences douanières pour les nouvelles démarches incontournables. De plus, les entreprises doivent se poser la question de leurs nouveaux tarifs. Ces démarches nouvelles entraînent un surcoût de façon pérenne et elles auront un impact sur le prix final du produit ou du service. Tout est à réinventer. Il est encore temps de s’organiser mais certaines solutions sont déjà barrées. Les zones d’entrepôt au sud de Londres sont déjà saturées. »

Du côté de la CCI métropolitaine, les spécialistes du marché britannique organisent aussi des réunions d’information auprès des entreprises. La prochaine se déroule ce vendredi 8 février, à Lyon. « On ne sent pas de panique chez les entreprises », note Elisabeth Ducomet, juriste au sein du Pôle développement international, « mais certaines s’interrogent sur le fait de poursuivre leur activité ou de décaler des projets. Les questions liées à la logistique et aux contrats sont nombreuses. Beaucoup doivent aussi prendre en compte le nouveau paramétrage de leur système informatique. »

Pour Carole Tissandier, également juriste au sein du Pôle développement international, « les entreprises doivent surtout se concentrer sur leurs contrats en cours et vérifier les clauses existantes de révision des prix ».

Vincent ROCKEN

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