Littérature Paul Fournel : «La popularité de Guignol est un miracle!»

Paul Fournel, auteur de Faire Guignol.  Photo Sophie BASSOULS
Paul Fournel, auteur de Faire Guignol.  Photo Sophie BASSOULS

Dans son roman "Faire Guignol", Paul Fournel fait du créateur de la plus connue des marionnettes, Laurent Mourguet, un héros inoubliable. Entretien.

Comment est venue l’envie d’écrire sur Guignol, ou plutôt sur son créateur ?

« Ça fait plus de cinquante ans que je travaille sur Guignol et les marionnettes populaires. J’ai fait ma thèse de doctorat sur Guignol, dans les années 70, ainsi que d’autres livres de recherches historiques. Depuis longtemps j’avais envie d’écrire ce roman sur son créateur dont on sait finalement peu de chose. »

Quelle a été votre documentation pour retracer l’histoire de Laurent Mourguet ?

« Je me suis basé sur toutes les recherches que j’ai pu faire dans les registres paroissiaux, les documents de police, les marionnettes du musée Gadagne, mes archives personnelles aussi bien que sur tout ce qui a pu être écrit sur lui. Il reste des zones d’ombre… C’est pour ça que j’ai choisi la forme romanesque. »

Justement, quelle est la part d’imaginaire dans le livre ?

« Mourguet n’écrivait pas lui-même. Je m’appuie sur des témoignages d’époque, des pièces du répertoire… Mais j’ai inventé des dialogues, des situations. Le mouvement de sa vie, c’est moi qui le dessine. Mais dans l’esprit de Mourguet, de Guignol. Je parle aussi de l’époque incroyable qu’il a traversée : la Révolution, le Consulat, l’Empire… »

Comment avez-vous recréé le langage populaire de l’époque ?

« Même si je suis Stéphanois, je pratique depuis toujours le “parler lyonnais”. Je me suis toujours intéressé aux différents patois des environs de Lyon. C’était important de recréer cette langue, elle est liée à la nature même de Guignol. »

Pourquoi Guignol est-il encore si populaire, alors que son créateur est oublié ?

« La popularité de Guignol est un miracle ! Dans le théâtre français il n’y a que deux personnages qui sont devenus des noms communs, Guignol et Dom Juan. Après la mort de Mourguet, Guignol n’a cessé d’être représenté partout en France. Il a eu cette capacité à toucher les enfants, alors qu’il a été inventé pour être joué aussi bien devant des adultes. Il a surpassé en notoriété toutes les marionnettes populaires. Ce succès incroyable est un phénomène mystérieux. Mon roman est fait pour rendre justice à Mourguet, au talent qu’il a eu d’inventer ce personnage. »

Faire Guignol, Paul Fournel, éditions P.O.L. Prix : 19,50 €. Paul Fournel sera à la librairie Passage(s) pour une rencontre dédicace, le jeudi 14 février, à 19 heures, 11, rue de Brest, Lyon 2e. Entrée libre.

Un amour de Mourguet

Avant d’inventer Guignol, la célèbre marionnette, Laurent Mourguet était… arracheur de dents. C’est l’un des nombreux épisodes de la vie de Mourguet (né en 1769 et mort 1844) que Paul Fournel retrace dans Faire Guignol. Il relate aussi, bien sûr, comment ce père d’une famille si nombreuse – il se demandait parfois combien de rejetons il avait (dix en réalité) –, créa Guignol.

Comment il le fit vivre de marché en marché, d’estaminet en estaminet, de place en place, posant partout où il le pouvait son castelet. Et comment il donna à Guignol son premier compagnon de jeu, Gnafron, puis tant d’autres. Et surtout, comment il le dota de son premier répertoire, inspiré de farces populaires et d’observations ironiques et politiques de son époque. Bref, comment il en fit la plus célèbre des marionnettes au monde.

Propos recueillis par Nicolas BLONDEAU

Votre opinion ?

Connectez-vous pour commenter

Vous n’avez pas encore de compte ?